Les fantômes impudiques

 photographie de Aeric Meredith-Goujon

 

Dans une zone où rien n’est possible, il erre, tourbillonne, va et vient, se baisse, se relève, boit et fume, les narines dilatées. Il aspire.

Il inspire. Elle écrit. Il attire. Et tire ce fil tendu entre eux.

Une chaîne d’images se déroule sans le bruit des convenances. Sans le poids des interdits. A peine murmure-t-il un « je sais maintenant que je ne pourrai pas sucer sans toi. Sans toi, aucun intérêt ». A peine répond-elle « j’ai la main myope. Qui a dit que j’étais photographe ? ». Ils savent. Se connaissent au plus profond de la chair. Au-delà des garde-fous.

Parfois, c’est elle qui frappe. En douceur. Ou en violence. Chipie. Ou reine des salopes.

Ils s’amusent. Impalpables.

« Enfant, j’arrachais les ailes des mouches. Ou les pattes des faucheux ». Il la traite de petite joueuse. Elle rit de l’apprendre petit garçon dégueulasse.

Les mots et les images qu’ils s’offrent atteignent des sommets qu’ils ne pourront jamais atteindre autrement. Leurs jeux deviennent cet onanisme géant de luxures. Ça leur titille les amygdales du cul. Ça lui vrille les tympans de la queue. Ça lui explose le cerveau du con.

Ils rient. Complices. Inaccessibles étoiles pour le commun des mortels. C’est une romance sulfureuse. Pansexuelle.

Parfois, il échappe un possessif. Elle tique.

Parfois, elle glisse un substantif. Il taque.

Le Temps les réunit au gré de leurs fantaisies. De leurs envies.

Elle dit : « il arrivera des instants où je réclamerai impérativement ton corps. Ton joli petit cul. Et ta queue. Et ta bouche. Et tes mains. Et tes yeux. »

Il dit : « un jour, nous irons dans un sauna. Envie de t’enculer sous l’eau. »

Et l’éclat de leurs désirs fait palpiter le miroir.

Dans cette zone où tout est possible, elle danse sans réclamer de tête, tout voile dehors. Auréolée de vapeurs d’Orient, piquée de fleurs du mâle, elle chante.

« Hey Man » s’élève dans leur Eglise. « C’est très très beau » susurre-t-il. Et leurs âmes se frottent. S’épicent. S’absoluent purs. Habillées de leur pudeur. Totalement impudiques.

 

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Cali Rise

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