Sauna Hôtel
Elle reconnaît la voix sensuelle de Gérald Toto, sa soul métissée. Leurs peignoirs blancs maculent déjà le carrelage fumant du sauna. L’air est forêt tropicale. Il est tard le soir. L’ouvreur a soigneusement refermé la porte derrière eux en leur souhaitant un bon bain. L’endroit est profond, plongé dans l’ombre vacillante de bougies éparses. Elle avance, seule, et se retourne.
Alexandre vole jusqu’à elle après avoir pris une coupe de champagne sur une table. Dans son empressement à la faire boire, il choque le verre contre ses dents. Le liquide inonde son menton. Aussitôt, il revoit une cabine de douche. Sa pisse qui lui coulait dans la bouche. Sa pisseuse est là. Elle est là et il va la baiser. Il va la faire jouir. Ses lèvres suivent l’alcool fuyant. Elle frissonne.
- Chut ! Chut !
Il la renifle. Jamais il ne se lassera de la sentir. Jamais ! Même si d’autres l’ont prise avant lui. Surtout ? Peu importe comment et pourquoi elle est là. Là n’existe pas. Seul son corps qui se détend et s’ouvre sous sa bouche lui importe. Elle est toujours aussi réceptive à ses caresses. Il n’a jamais eu autant envie d’elle. Son nez s’enfouit entre ses lèvres.
- Tu sens le foutre et la mouille.
Elle rit en agrippant ses cheveux. Alors il la bouffe. Il adore la lécher, saliver dans cet endroit si humide et si chaud, promener son chewing-gum mouillé sur son clitoris. Sa langue s’enfonce. Elle gémit. Alexandre la boit comme on boit à un calice. Il a levé son con à hauteur de sa bouche, ses mains sous son cul magnifique. « Tu as un cul de black » lui a-t-il dit un jour. Elle a une manière de le cambrer en réclamant sa queue ! Et ce dos de nageuse… Pris d’une envie frénétique d’entrer totalement en elle, il lui relève les jambes et la pénètre jusqu’à la garde, s’affale sur elle, lui parle au creux du rythme lent. Elle se mordille les lèvres. Un geste qu’il connaît si bien. Ses joues sont rouges. De ce rouge si… Elle va jouir. Et soudain, il lui en veut. Bordel ! Pourquoi était-elle là ? Elle…
- Tu jouis. Je le sais… Je te sens. Tu n’as pas joui de la soirée encore… Je t’ai maté… Beaucoup. Je vais t’abandonner maintenant. Peut-être à jamais… Peut-être à demain.
Avec douceur, il l’installe dans un fauteuil. Il faut à tout prix qu’elle mange. « J’ai faim ! Quand tu me fais jouir comme ça, j’ai une faim de loup ! » « De louve ! » la corrige-t-il. Sa louve apprivoisée. Bon Dieu ! C’était incroyable qu’elle ait ce don de le mettre hors de lui et de l’attirer avec autant de… « J’aime ton visage… » Oui, il aimait son visage. Il lui caresse la pommette de son pouce, lui agace les lèvres. Elle le mord.
- Axel ! Ta beauté est carnassière. Ne l’as-tu pas dressée ?
Comment avait-il retenu le prénom de ce type ? Qu’est-ce qu’elle pouvait faire avec un gars pareil ? Et de quel droit pensait-il à cela ? Mais bordel ! Alors qu’il allait réussir à l’oublier, elle était à nouveau devant lui ! Enfin, l’oublier. Elle serait toujours en lui. Dans une de leurs chambres rouges. Ces offensives cramoisies dont ils avaient été les porte-drapeaux. Leurs côtés instinctifs qui s’équilibraient si parfaitement. Tout cela devenait trop dangereux ! Ils étaient si semblables. Il avait eu raison. Il ricane en avalant une nouvelle gorgée du whisky posé là. A l’allure où il descend la bouteille, il faudra que la soubrette en ramène un wagon pour qu’il tienne le reste de la nuit. Dieu de Dieu ! C’est une sorcière ! Mon éveilleuse. Si intelligente. Si intuitive. Si adorable. Si… Salope !
Sur le moment, il est tellement en colère qu’il ne comprend pas ce que sa phrase va engendrer. Les coups de fouet le ramènent sur terre. Doit-il intervenir maintenant ou attendre ? A vrai dire, la regarder se faire prendre l’excite. Il imagine des photos, des tableaux, des couleurs rouge écarlate, noires et blanches. Foudroyantes. Quand il voit qu’elle demande grâce et que ces chiens ne cessent pas, il intervient.
- Tu… Pourquoi acceptes-tu cela ? Pourquoi ?
Il l’emporte dans une autre pièce, loin de ces fous, de ces bêtes. Elle ne pouvait pas l’attendre. Il était libre. Libre. Il avait toujours été libre. Et elle aussi. C’est ce qui lui avait plu. Cette façon de se déplacer dans la vie sans se soucier du monde extérieur. Une ballerine. Une panthère chaussée de chaussons roses. Rouges plutôt. La façon dont sa voix cassait quand elle haletait sous ses caresses. Ses yeux qui contemplaient les alentours comme un enfant découvre le monde. Et sa façon de lui appartenir sans jamais rien réclamer. Sans le retenir. Sans le demander en mariage. Il fallait qu’il… Ses lèvres se posent sur celles de la jeune femme. Bande de salauds !
- Ne dis rien ! Chut ! Ne dis rien ! Demain, je t’appelle… Et surtout, surtout, ne m’attends jamais…
Il sort sans se retourner. De l’air ! Il lui faut de l’air ! S’il reste, il est capable d’en balancer un par la fenêtre. Son paquet de cigarettes à la main, il prend la porte après s’être rhabillé. Dehors, tout lui paraît plus clair. La fumée de sa Marlboro sprinte vers les étoiles. Oui. Demain, il l’appellera. Il lui dira.
Elle reconnaît la voix sensuelle de Gérald Toto, sa soul métissée. Leurs peignoirs blancs maculent déjà le carrelage fumant du sauna. L’air est forêt tropicale. Il est tard le soir. L’ouvreur a soigneusement refermé la porte en leur souhaitant un bon bain. Il y a quelqu’un qui s’agite derrière un panneau de verre grumeleux. Une shemale les attend.
La jeune femme lèche la bouche d’Alexandre et le pousse vers la cabine. Dans un instant, elle guidera ses lèvres sur cette queue lourde et molle. Le voir la sucer va la rendre folle. Peut-être l’est-elle déjà ? Peut-être le sont-ils déjà ? Où est la vérité ?





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