Orgasme prolongé

photographie de Aerice Meredith-Goujon

Elle le regarde déposer son single malt sur la table basse de ce petit salon. Ses yeux croisent son demi-sourire limite insolent, repartent sur sa main qui caresse le verre de haut en bas et de bas en haut, se posent sur sa bouche et une envie violente de lui la submerge. Se pourrait-il qu’elle ait rougi ? Avec un peu de chance, la lumière sombre n’aura pas laissé apparaître son trouble. Elle remue les glaçons qui flottent dans son whisky avec son index, avant de le sucer. Il la trouble, c’est indéniable. Et il le sait, c’est indéniable. Et il sait qu’elle le sait, c’est indéniable aussi. Il suffit de regarder l’éclat de ses yeux et celui de son sourire qui s’ouvre maintenant sur ses canines. Ce face à face les amuse.

Elle a envie de lécher sa salive, de se faire mordre la langue. Il porte à nouveau son verre à sa bouche, alors elle s’approche, saisit le verre qu’il tient encore et boit une gorgée de son Tennessey whiskey tout en s’asseyant à califourchon sur lui. Il reste assis, finit son breuvage au plus près de sa bouche et place ses mains sur son cul pour la presser contre son désir. Dans cette posture, à quel moment ne va-t-il plus pouvoir se retenir de visiter ses dessous ? Derrière eux, une cigarette succombe dans un cendrier noir. Avec une lenteur exagérée, il lui retire ce mince morceau de dentelle. Elle exhibe son torse masculin à ses yeux et à ses doigts. Leurs bouches se dégustent. Ses mains à lui parcourent ses courbes, effleurent ses bas, sans plus de frein. Avec un malin plaisir, ils prennent tout leur temps, savourant leurs regards et leurs souffles.
Ils se palpent. Ils s’observent. Ils savent déjà. Elle caresse son buste jusqu’à son ventre et remonte pour ne pas être tentée de déjà libérer son sexe. Pourtant, pourtant, tout en passant une main sur sa nuque, elle va déboucler sa ceinture. Elle mange toujours sa bouche. Elle le salive. Elle aime qu’il lui enfonce sa langue pendant que ses mains s’offrent des voyages humides et chauds sur son corps qui se braise. Alors surtout, elle fait durer cet instant où son sexe baise le sien de ses lèvres mouillées. Elle glisse sur sa chaleur bandée et aime terriblement le sentir palpiter. Et cet éclat dans ces yeux.

Il crève d’envie de la pénétrer. Elle le voit, il se mord l’intérieur de la joue. Elle lui retire sa ceinture, se recule de sa chaleur juste le temps de passer ce morceau de cuir autour de ses poignets alors que ses belles mains enserrent sa queue. Il ose et c’est elle qui crève d’envie qu’il la pénètre maintenant. Il le voit, elle se mord l’intérieur de la joue de plaisir quand elle ressent son sexe brûlant et raide glisser dans son humidité. Et ces doigts si vivants.

Il grogne. Elle râle. Mais ils attendent encore occupés qu’ils sont à se baiser la bouche. Ils se baisent, se baisent et vont bientôt se baiser. Leur jeu les sexcite. Il plongera bientôt profondément en elle, oui, et ce ne sera qu’un début, une éjaculation d’émotions intenses pendant laquelle ils retiendront leur souffle. Elle sera bientôt à lui, oui. Juste à lui. Pour un moment, un long moment. « Des flashes de luxure complice envahissent mon crâne. Il ne faut pas qu’il y ait de fin. J’ai vraiment faim. De nous. » « Envie de te respirer, de te lécher partout. Envie de te toucher, de te bouffer de partout. Envie que tu grognes encore, que tu gémisses, que tu supplies. Envie que tu me bascules. Envie de râler encore sous tes supplices délicieux. Envie de me perdre dans cet ailleurs parfumé de stupre. Viens… Viens nous perdre… J’en mouille jusque sous mon crâne. J’en bande aussi. C’est une faim sans fin.» Et ils s’approchent un peu plus encore. Lequel des deux ressortira de cette transe le plus abusé ?

 

 

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Cali Rise

No Responses to “Orgasme prolongé”

  1. ” C’est une fain sans fin. ”

    Joli… !

  2. Moi je n’aime pas, c’est le premier sur lequel je n’accroche pas. Il faut le dire puisque chacun pose des commentaires sur chaque texte, comme quoi l’écriture est magnifique, la pensée n’en est que plus belle. Ici, je n’ai rien ressenti, peut-être parce qu’il n’y a pas besoin de mots, je ne sais, c’est ainsi, je te le dis.

  3. «Je préfère au constance, à l’opium, au nuits,
    L’élixir de ta bouche où l’amour se pavane;
    Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
    Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.»
    Ch.Baudelaire

    Merci pour ce beau texte qui fait bien bander l’intellect…

  4. Si chacun posait un commentaire sous chaque texte, j’aurais un travail fou. (sourire)

    Vous me tutoyez en restant anonyme, je n’aime pas vraiment.

    Merci pour votre ressenti.

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