Effeuillage en rouge mineur

 photographie de Stefan Gesell

 

Elle souriait. Il ne le voyait pas ce sourire limite niais, limite triomphe d’elle, limite hors-limite. De derrière son bout de tissu, elle souriait. Elle souriait de ce qu’ils s’étaient dit chacun assis en face de l’autre. Je vais sucer tes doigts pendant que ton sexe suce le mien.

D’abord, ils s’étaient bouffés des yeux. Chacun assis dans un fauteuil club, la lumière au mur et le feu au cul, ils se regardaient craignant d’être impalpables. Et c’était bien cette peur, car ils avaient indubitablement envie que leurs doigts trouvent leurs corps. Chacun tenant son verre posé sur l’accoudoir, ils se dévoraient en silence avec cette peur d’être trop transparents l’un pour l’autre. Et c’était bon cette peur, car ils redoutaient de voir bien au-delà d’eux-mêmes, sans arriver à se faire rougir. Et il rêvait de la troubler au-delà de tout. Et elle désirait le faire et rugir et grogner et gémir.

La jeune femme songeait à le sucer sans emballage. L’homme, dans sa tête, ouvrait déjà son pantalon, imaginant la chaleur de sa bouche ou celle de sa main ou celle de son sexe ou celle de ses fesses.

Elle blasphémerait au nom de tous les saints, insultant et les dieux et le diable. Crevant d’envie. Ça se dit pas ces choses. Ça se touche, ça se colle, ça s’enfonce. Il insulterait les anges, juste pour la baiser de la plus inacceptable des façons. Aux yeux des prudes.

Elle glisserait au sol, là, juste là, sur ce tapis qu’ils foulaient de leurs pieds nus. Leurs chaussures gisaient déjà, abandonnées dans l’entrée, en face à face et mêlées. Il la contemplerait encore en terminant son alcool. Juste le temps de se remplir les yeux de cette vision indécente, obscène, à croquer, cette vision d’elle à quatre pattes, les reins cambrés. Tellement désirable. Il voudrait que son sexe soit douloureux de l’avoir trop prise, trop longuement, trop fort, trop profondément.

Elle désirerait sentir son souffle sur sa nuque alors qu’il s’approcherait le sexe tendu, jurerait que c’est possible de mouiller et de bander, le prierait de venir vérifier. Il voudrait alors lui écarter les fesses pour disposer pleinement d’elle. Oui, il voudrait lui caresser, lui griffer, lui saisir la croupe pendant qu’il la posséderait entièrement. Jusqu’à l’âme. Tout cela, ils se le diraient, chacun assis dans son fauteuil club. Ce serait toujours un peu plus. Si facile et si déroutant. Les mots viendraient plus tard.

Oui, l’homme souriait. Ils allaient véritablement se bouffer de toutes les façons.

 

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Cali Rise

9 Responses to “Effeuillage en rouge mineur”

  1. Un jour vient où vous manque une seule chose et ce n’est pas l’objet de votre désir, c’est le désir.
    Marcel Jouhandeau

    Encore un beau texte qui me rend rouge majeur…

  2. Citer Jouhandeau aux relents antisémites, homosexuel reconnu mais marié tardivement à une danseuse qui marquera sa vie et son oeuvre, sous un texte qui évoque le désir hétérosexuel, pourquoi pas ? sourire.

    Ceux qui contrôlent leur désir, c’est que leur désir est assez faible pour être contrôlé ; et la raison qui contrôle prend la place du désir et commande à l’insoumis. William Blake

    Mais qu’est-ce que le désir si ce n’est rendre l’autre beau parce que notre désir se pose sur lui ?

  3. oui, qu’en ‘41 marcel accepte l’invit’ de paul joseph passe encore, mais qu’il adopte une fillette pour l’appeler céline personnellement je dis halte là !

  4. Je tenais à féliciter la talentueuse adversaire que vous êtes…Torrides messages érotiques que vos écrits …

  5. Mademoiselle Mystérieuse, vous ici. ;-) Peut-être aurons-nous l’occasion de nous rencontrer à Romans ? Je serais ravie de faire votre connaissance.

    Merci pour ces félicitations qui, venant d’une adversaire m’ayant talonnée de près (ce qui prouve que vos écrits sont eux aussi très appréciés), témoignent de votre fair play.

  6. Doit-on en conclure qu’il vaut mieux accepter une invitation de Goebbels que d’appeler sa fille Céline ?
    Pardon de semer le trouble en ne citant pas politiquecorrectement. J’ai le tort d’écouter ce que disent les gens même s’il ne partagent pas ma vision des choses.
    Votre définition du désir me plaît, chère Cali, même si je ne renie pas celle de Marcel…

  7. Vous permettrez que je ne réponde pas à votre question ? Nikki y répondra peut-être…

  8. Vous permettez que je ne réponde pas à votre question ? Je laisse à Niki le choix de le faire. Ou pas…

  9. « Pour ma part, je me suis senti instinctivement mille fois plus près de nos ex-ennemis allemands que de toute cette racaille juive prétendument française et bien que je n’éprouve aucune sympathie personnelle pour M. Hitler, M. Blum m’inspire une bien autrement profonde répugnance. »

    signé Marcel

    alors… c’est qui le on de votre doit-on, vieux ?

    dans l’attente, et (éventuellement) pour info :

    Helga Susanne [modifier]
    Douze ans à sa mort. Des bleus trouvés sur ses bras pendant son post mortem menèrent à des théories selon laquelle elle aurait résisté aux injections de morphine données aux enfants pour les mettre sous sédatif avant de les tuer en leur mettant des capsules de cyanure dans la bouche.

    Hildegard Traudel [modifier]
    Surnommée « Hilde ». En 1939, Joseph la décrira en tant que « petite souris » dans son journal intime. Onze ans à sa mort.

    Helmut Christian [modifier]
    Né le 2 octobre 1935, Helmut était considéré sensible et rêveur. Il portait un appareil dentaire. Neuf ans à sa mort.

    Holdine Kathrin [modifier]
    Née prématurément le 19 février 1937. Holde avait huit ans à sa mort.

    Hedwig Johanna [modifier]
    Née le 1er mai 1938, on la surnomma « Hedda ». En 1944, elle insista qu’elle allait épouser l’adjudant SS Günther Schwägermann, captivée par le fait qu’il avait un œil en verre.

    [source->http://fr.wikipedia.org/wiki/Enfants_Goebbels ]

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