La marque (extrait)

 photographie de Aeric Meredith-Goujon

Guillain était aux aguets. Ces épines noires le dissimulaient parfaitement. De sa cache, il surplombait la cabane. Sa respiration dessinait des halos glacés dans l’air frais du petit matin. Encore quelques instants de patience et il allait l’apercevoir. Cela faisait plusieurs lunes qu’il attendait. Son heure était venue.

Un mince filet de fumée commençait à s’échapper du toit de chaume. Il perçut une ombre qui se dirigeait vers la porte. Enfin il allait savoir si ce que Tankrède lui avait raconté était vrai.

La porte s’ouvrit doucement et une mince silhouette s’encadra dans l’ouverture. Dieu, qu’elle était belle ! Ses vêtements de laine grossiers laissaient deviner des formes pulpeuses. La jeune femme avança devant la cabane. Elle portait un seau. Il n’était pas besoin d’être devin pour comprendre où elle allait. Cette pensée le fit sourire. Dans la région, les gens parlaient en catimini de celle qui habitait dans cette forêt. Ils la disaient sorcière. Elle portait la marque du diable. A sa naissance, la patte du grand bouc avait brûlé le mince duvet de ses cheveux noirs. Pour l’heure, Guillain ne voyait rien. D’un pas souple, la jeune femme avançait vers la rivière. Sa robe chaloupait à chaque enjambée, ses longs cheveux noirs dansaient en rythme. L’aube naissante dissimulait encore son visage. Enfin, elle arriva au bord de l’eau. D’un geste sûr, ses mains fines plongèrent le seau dans la rivière.
C’est à cet instant qu’elle le vit vraiment. Depuis quelques minutes, elle avait senti sa présence. Guillain avait bondi souplement. Instinctivement ses muscles se bandèrent.

- Que me veux-tu ?

- Je veux savoir si ce que l’on raconte est vrai.

Bathilde recula de quelques pas, s’assurant d’un endroit plus stable où ses sabots ne glisseraient pas. Un timide rayon de soleil éclaira son visage pâle. C’est alors qu’il vit la marque. Une empreinte blanche était nettement visible dans la masse soyeuse de ses cheveux d’un noir de jais.

- Ainsi c’est donc vrai.

- Qu’est-ce qui est vrai ? Ses beaux yeux verts en amande lançaient des éclairs.

- Tu sais que tu es jolie lorsque tu es en colère ? La haute silhouette de l’homme se rapprochait sensiblement de la jeune femme.

- Montre-moi ce que tu sais faire puisqu’on te dit sorcière. C’est le moment, non ?

Si Bathilde avait pris soin de reculer loin de la rivière, elle avait omis le rocher qui lui bloquait toute retraite. Elle était acculée.

Il bondit et fut sur elle. Elle lutta tant qu’elle put. Le combat était inégal. Saisissant ses poignets d’une main, il la gifla de l’autre. Le coup la sonna. Elle tenta de lui envoyer des coups de pieds. Il appuya de tout son poids sur elle. Bathilde haletait. Il se redressa, ses jambes enserraient la taille de la jeune femme. Ses mains puissantes arrachèrent le haut de sa robe. Ses seins lourds et blancs s’échappèrent. Guillain écrasa sa bouche sur la sienne. Leurs dents s’entrechoquèrent. Il tenta de pénétrer sa bouche. Elle le mordit violemment.

- Hmmmmmmm. Continue femelle, tu ne fais qu’augmenter mon désir. Je vais te prendre et tu te souviendras à jamais de moi.

Le genou de l’homme écarta ses cuisses. Il tenait ses minces poignets de part et d’autre de son visage.

- Je veux que tu me regardes, sorcière. Je veux que tes yeux plongent dans les miens à l’instant où je vais te pénétrer. Je veux voir ma victoire en contemplant ton impuissance.

Il disait cela avec hargne, son beau visage à quelques millimètres du sien. Elle se redressa et le mordit encore. Il hurla. Elle aussi. Il lui sembla qu’elle criait comme une louve.

Soudain, une ombre noire surgit sur le rocher au-dessus d’eux. Sans lâcher sa proie, il leva les yeux. Avec effroi, il regardait un noir aux yeux verts. Sur sa tête se découpait une marque blanche. La bête était prête à bondir. De ses crocs acérés s’échappait un grognement qui lui fit dresser les poils sur la peau.

photographie de Vincent Munier

 

Extrait de La marque, Cali Rise décembre 2005. Tous droits réservés.

 

About the Author

Cali Rise

Leave a Reply

Les tags XHTML sont autorisés: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <blockquote cite=""> <code> <em> <strong>