Le bal des couleurs
Dans un coin de mon esprit, bien à l’abri des on-dit, déambulent des images interdites. Les films avancent ou reculent au gré de mes envies ou aux vagues de mes humeurs. Parfois, il suffit d’un parfum qui fleure bon le sexe fête pour que je plonge à nouveau dans ces chambres, le cœur gang-bang et le cul bing-bang. A ces souvenirs incandescents, je mêle des secondes de scènes non-jouées où s’emmêlent des slaves blondes et des hommes infatués de leur plastique.
Forcément, il existera d’autres moments où ma peau nue se frottera à celle d’un autre. Où son regard ravagera le mien alors que ma bouche s’empalera sur son sexe dur. Où il aimera saisir ma chute de reins, cambrée, offerte, moite face à lui, mes fesses contre son bas-ventre.
Forcément, nos baisers à pleine bouche embraseront nos sens et nos êtres. Il se pourrait même que tu apparaisses de façon fugitive, ta langue s’enfonçant entre mes lèvres, tes doigts fouillant cette mouille accueillante. Forcément.
Pourtant, en contemplant ce paysage bergamote et ce ciel marine gorgé de pluie, je sais que le futur reviendra. Différent, bien sûr, mais il reviendra. Par une nuit de pleine lune, en plein jour, notre entretien avec un vampire aura lieu. Auparavant, bien avant ces heures au désir patchouli, j’aurai joué de la voix sous son corps, les jambes nouées à sa taille, le souffle rompu à ses lèvres. Auparavant, bien avant ces heures au goût vanille des îles et cuirs fauves, bien avant ces tableaux qu’aucun peintre ne saurait peindre, bien avant ces bars où nous aurons balancé nos évidences, reluquant sans vergogne le cul des uns et la raie des autres, bien avant tout cela et plus encore, il m’aura baisée et en douceur timide et en violence conquérante.
J’ai dans la tête ce sentiment de puissance suprême ressenti quand je tiens ta jouissance d’une main. J’ai dans la tête cette incertitude qui précède cette nouvelle rencontre, cette hésitation qui me fait plonger toute crue, là, maintenant, tout contre son oreille. « Avoue-moi… Dis-moi quelque chose que tu aimes particulièrement, sexuellement, avec un homme… Dis-moi. »
Et la jeune femme de s’approcher contre cet homme nouveau. Et la jeune femme de sourire ses aveux tout contre son oreille. Et l’homme de frissonner délicieusement et d’imaginer un spectacle de baise pure, des mouvements répétitifs et convulsifs, obsédés et obsédants. Et elle d’entendre dans un murmure lointain cette belle voix grave et bleue lui dire : « Tu aimes vraiment la queue, c’est bien, c’est jouissif ».






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