Interview Alex Taylor

Alex Taylor, homme aussi distingué que cultivé et auteur du Journal d’un apprenti pervers a accepté de répondre à mes questions sans jamais se départir de son humour.

Parfois, il est bon de dire des choses tout haut alors que certaines personnes préféreraient ne jamais les entendre. Que celles et ceux qui veulent rester dans leur petite zone de confort passent leur chemin ! Les esprits ouverts peuvent rester et lire l’interview :

Vous avez écrit Journal d’un apprenti pervers à l’aube de vos 50 ans. Pourquoi avoir attendu toutes ces années ? Ou, pourquoi ne pas avoir attendu plus longtemps afin d’avoir plus de choses à raconter ?

Parce que je devais écrire un livre sur l’identité nationale en Europe….. Mon éditrice m’a dit très gentiment que cela ne risquait pas de déchaîner des embouteillages devant les librairies et m’a plutôt conseillé de dire tout sur mon parcours sexuel, parce qu’elle semblait penser que celui-ci présentait des éléments peu orthodoxes ! Ce n’est pas tous les jours qu’on vous demande de raconter votre histoire, et j’ai appris beaucoup de choses sur moi en l’écrivant.

Tenez-vous encore un journal intime ?

Et comment ! Depuis l’âge de 18 ans – j’écris tous les dix jours à peu près mes expériences les plus sympathiques – et depuis l’ère numérique, même avec photos !!

Selon certaine définition, l’adulte est dit pervers s’il impose au dépend de l’autre, une situation qui le satisfait lui. Donnez-moi votre définition du mot pervers, s’il vous plaît.

Il m’a fallu 300 pages et une année d’écriture pour arriver à la conclusion de savoir si je suis pervers ou pas. Si j’avais pu faire la version courte, le jeu n’aurait pas valu la chandelle.

Stéphane Clerget prétend qu’on ne naît pas homosexuel mais qu’on le devient. Or, tout petit, vous saviez déjà que vous étiez homosexuel sans toutefois connaître ce mot. Que pensez-vous de l’affirmation de ce psychiatre ?

Est-ce que l’on devient hétérosexuel ? Devenir dans la bouche de certains « devient » vite synonyme de choisir – et c’est une ânerie de dire que l’on choisit sa sexualité. Comme si un enfant de 4 ans s’avisait à prendre le temps (une matinée ? une journée ?) à déterminer la sexualité qu’il veut avoir pour le restant de ses jours. C’est une sottise, et le mot « devenir » lorsqu’il est appliqué à la seule homosexualité me gêne énormément. Personne n’a jamais suggéré que l’on « devient » hétéro ! Pourquoi cela tombe sur nous ?

Hétérosexuels, homosexuels, bisexuels. Sur le Net, de plus en plus de personnes annoncent leur orientation sexuelle. Croyez-vous qu’un jour, elle figurera sur nos cartes de visites ?

Il vaut mieux lorsqu’on est sur des sites de rencontres annoncer la couleur, non ? Sinon je rêve de la journée où il sera aussi naturel d’être homo qu’hétéro – ce jour-là on n’aura pas besoin d’annoncer la couleur.

Le fait d’avoir dit clairement que vous étiez homosexuel a-t-il changé quelque chose dans votre parcours professionnel ?

A croire que oui, car je n’en ai plus à la télé. On m’a dit clairement en 1990 que c’était « une erreur stratégique » pour ma carrière. Erreur que j’assume pleinement car je n’aurais pas pu faire autrement.

A une époque, le sexe était quelque chose de privé. Or, actuellement il est partout, des sex toys sont même vendus avec des livres. Est-ce que cela vous choque ?

Je suis pas du tout sex toys mais cela ne me choque pas. Leur banalisation les rendra sans doute caducs, puis on en trouvera d’autres.

Mark Simpson qui est à l’origine du terme metrosexuel en donnait cette définition : “The metrosexual, is an urban male of any sexual orientation who has a strong aesthetic sense and spends a great deal of time and money on his appearance and lifestyle.” Vous êtes bel homme et très séduisant. Si je vous qualifie de metrosexuel, cela vous peine ?

Ce n’est pas ma définition du tout – du moins dans le sens où ce terme est employé aujourd’hui. Je pense par exemple à la jeune génération qui se définit comme « métrosexuelle » et que je côtoie dans les boites de nuit à Berlin ou à Londres. Ils n’ont pas les mêmes étiquettes sexuelles – hétéro, bi, homos – que nous avions à notre époque – justement parce que la société extérieure nous en imposait.

Plusieurs fois dans votre livre, vous évoquez des jeux sexuels auxquels n’oseraient pas penser la plupart de nos contemporains. Ou si certains y pensent, peu osent passer à l’acte. Jouer avec votre vie comme il vous arrive parfois de le faire lors de séance SM, qu’est-ce que cela vous apporte ?

Suis pas sûr que je joue avec ma vie car je le fais toujours avec des partenaires de confiance et qui gardent le deuxième degré, et puis il y a toujours le mot « Stop » ! qui est un mot terriblement érotique.

Après avoir connu un amour tel que celui que vous avez connu, se laisse-t-on le droit d’aimer à nouveau ?

On a tous les droits, mais c’est sûr que la mort confère un statut de privilège à la relation défunte. Ce n’est pas pour rien que l’un des mes petits amis (bien après la mort de celui que j’appelle « Toi » dans le livre) m’a dit « de toute façon Alex, tu es seulement capable d’aimer des gens en train de mourir. » Il n’avait pas tort. Je l’ai quitté le lendemain.

« Vivre est la chose la plus rare au monde. La plupart des gens se contentent d’exister. » disait Oscar Wilde. Cela pourrait-il se rapporter à vous ?

Je ne me sens jamais autant vivre que lorsque je me mets en danger – que ce soit en animant des émissions de télévision en direct ou des conventions devant mille personnes, - ou sinon, en poussant mes fantasmes au-delà de mes trop nombreuses zones de confort.

Journal d’un apprenti pervers, Alex Taylor, JC Lattès

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Cali Rise

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