Interview Charles Bolduc

1- Et si vous me racontiez votre première fois ?

« La première fois, on ouvre une porte qui laisse fuir les symboles, qui les aspire avidement comme un trou noir et qui nous précipite vers l’avant dans le mouvement accéléré de l’expérience. On quitte alors notre peau d’enfant, pour toujours, pratiquement sans y penser, tels des vêtements qui ne vont plus et qu’on entasse dans un sac à ordures pour les donner à un organisme de charité. »

2 - Vaut-il mieux parler la même langue ou savoir jouer de la langue ?

Il vaut surtout mieux ne pas la garder dans sa poche.

3 - Que préférez-vous goûter ?

Bon ou mauvais : ce qui a du goût, ce qui saisit les papilles. La fadeur est un crime contre l’humanité.

4 - Selon vous, coucher, ce n’est pas jouer ?

C’est toujours jouer ! Les amants sont les pires enfants, regardez-les s’aimer !

5 - Est-il plus difficile de regarder sans toucher que de toucher sans voir ?

Le toucher est pour moi un sens primordial. Le regard, dans tout ce qu’il permet de fonctionnel, de trivial ou de spectaculaire, n’offre qu’un intérêt consensuel là où le toucher ouvre la porte à diverses caresses, pincements et torsions capables de sensations autrement riches et diversifiées.

6 - Un bon coup pour vous, qu’est-ce que c’est ?

Un trou d’un coup.

7 - Etre amoureux et aimer. La différence réside-t-elle dans l’expression ?

On use beaucoup, au Québec, de l’expression calquée de l’anglais : « tomber en amour ». L’idée de chute rend bien, je trouve, la perte de contrôle liée à l’état amoureux.

8 - Est-il plus facile d’être regardé sans être touché que d’être touché sans être vu ?

Touché, touché, touché. Mais si ça peut être les deux…

9 - Vous mettez-vous plus aisément à nu que nu ?

Il faudrait surtout apprendre à enlever les masques et la peau, apprendre à se dépouiller des mots et de la communication, car soit-on nu ou à nu (ce qui est bien naturel, après tout), il y a toujours quelque chose sous la nudité qui s’appelle l’écorché et qui hurle son langage informe vers le monde extérieur.

10 - Quel est le comble du cru ?

Les perruches crues.

11 - Plus on éclaire, plus il fait sombre. Cela vous gêne ?

Au contraire, cela m’allume.

12 - « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand. Je montrais ma lune à tous les passants. Maman me disait « Veux-tu la cacher ! » Je lui répondais « Veux-tu l’embrasser ? » Cette comptine de cour d’écoles qui évoque des choses interdites vous choque-t-elle aujourd’hui plus qu’hier ?

Ha ha ! Je l’entends pour la première fois. Elle ne me choque donc pas plus aujourd’hui que hier. J’y vois surtout un éveil amusé et badin à certains interdits.

13 - Qu’évoque pour vous le mot couple ?

Deux mammifères en processus de civilisation.

14 - Quel(s) souvenir(s) évoque(nt) pour vous le mot « lit » ?

La cosmogonie.

15 - Si j’écris le mot « sexe » au pluriel, il devient un palindrome : « sexes ». La lettre « x » en devient le centre. Qu’y voyez-vous ?

Deux ego, deux soi, deux « se » qui s’unissent.

Charles Bolduc

Les perruches sont cuites, Charles Bolduc, Leméac

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