Interview : Emmanuelle de Boysson
Ne comptez pas sur moi pour vous révéler des secrets, genre : qui sera le prochain élu à l’Académie française ou qui est réellement celui ou celle qui écrit tel ou tel roman tant attendu par le public ! Rencontrer Emmanuelle de Boisson, c’est avant tout, échanger des mots de femme en passant un délicieux moment dans un joli petit bistrot, quelque part dans Paris.
Journaliste à Marie-Claire et critique littéraire, auteur de plusieurs romans dont les déjà célèbres Le secret des couples qui durent (Presses de la Renaissance, J’ai lu) et Les grandes bourgeoises (J-C Lattès), Emmanuelle de Boysson vient de publier son dernier roman chez JC Lattès, Les nouvelles provinciales. Si l’histoire est le prétexte à une chronique de mœurs savoureuse où se croisent une journaliste parisienne originaire de Mulhouse et une bande de quadra loufoques alsaciennes, Les nouvelles provinciales est avant tout un roman autobiographique drôle et profond.
Comment avez-vous créé tous ces personnages ?
En m’inspirant principalement de mes amies. Les nouvelles provinciales, c’est mon histoire. Je suis Alsacienne. J’ai découvert le journal intime de mon père peu de temps avant de commencer l’écriture de mon roman. Ma mère était vraiment une femme extraordinaire qui s’est beaucoup investie dans des associations, notamment pour venir en aide aux immigrés.
Je regarde cette femme très chic qui ne cache pas aimer les mondanités, qui réclame des crudités servies avec la sauce vinaigrette à part. Aurais-je moi aussi cet a priori : la vie ne se déroule qu’à Paris, la province, c’est mort, ses habitants sont de pauvres ploucs totalement incultes ? Emmanuelle me sourit et propose de me tutoyer. La glace est rompue. Nous parlons de la position de la littérature française par rapport à la littérature américaine, des auteurs français, de leur ego, du copinage qui existe entre les membres des jurys littéraires et les écrivains qui en reçoivent les prix. Elle s’anime. Elle est belle.
Quels sont tes projets ?
Je m’investis beaucoup dans le Prix de la Closerie des Lilas. Au départ, ce n’était qu’une envie entre amies, une histoire de filles. C’est devenu réalité le jour où la Closerie des Lilas nous a proposé de la rendre réelle. Depuis le 7 mars 2007 date à laquelle le premier prix a été décerné à une romancière de langue française à l’occasion des 160 ans de la Closerie et de la Journée de la femme, le Prix Lilas s’est étoffé. Nous tenons à ce que cela reste sans copinage. J’y veillerai en rappelant la ligne directrice. Les femmes récompensées sont des inconnues. Le jury permanent est composé d’amies : Tatiana de Rosnay, Jessica Nelson, Carole Chrétiennot et Stéphanie Janicot. Pour le jury tournant de 2008, nous avions Christine Ferniot, Amanda Sthers, Audrey Diwan, Eliette Abécassis, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Michèle Fitoussi, Noëlle Châtelet et Isabelle Alonso. Cette année, c’est Cécile Reyboz qui a obtenu le prix pour Chanson pour bestioles paru chez Actes Sud. Héloïse d’Ormesson a reçu le Lilas de l’éditrice, Anne Procureur celui de l’attachée de presse et Laetitia Coq et Magali Garnero celui de la librairie. La fête était magnifique ! Je tiens beaucoup à ce prix littéraire exclusivement féminin. Il existe assez de prix littéraires masculins ! C’est un peu une revanche, oui. Côté écriture, j’ai un projet de livre avec Claude-Henry du Bord. D’ailleurs, je t’ai apporté son livre, On ne choisit pas d’aimer (Zurfluh, collection Les romans d’Auguste). Tu le liras, tu me donneras ton avis*. C’est une très belle histoire.
La conversation prend ensuite une toute autre tournure, devient plus personnelle. Intime. Emmanuelle me pose des questions. C’est à mon tour de lui sourire tout en pensant qu’elle inverse la situation. Nous nous racontons des anecdotes, échangeons quelques propos sur le couple. Elle évoque sa collaboration à un autre festival qui l’a fortement déçue, à d’autres journaux comme Votre Journal. Je la regarde en songeant à son roman, Les nouvelles provinciales. Et si Emmanuelle de Boysson était tout simplement une nouvelle parisienne, hors de ce côté m’as-tu-vu, hors de ce côté individualiste ? Et si Emmanuelle était tout simplement une femme bouillonnante et libre qui privilégie l’amitié à toutes ces fioritures de salon ? Et si son ambition était tout simplement de s’investir un peu plus encore dans l’écriture, d’écrire des romans plus littéraires ? En réalité, j’ai l’un des personnages de son roman en chair et en os devant moi et quel personnage : une nouvelle parisienne !
*C’est effectivement, un véritable petit bijou dont je parlerai plus longuement dans une prochaine chronique.
Les nouvelles provinciales, Emmanuelle de Boysson, JC Lattès 16 €
On ne choisit pas d’aimer, Claude-Henry du Bord, Zurfluh 10 €










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