Interview Travis Bürki
1- Et si vous me racontiez votre première fois ?
Elle était plus âgée que moi et parlait de se baigner nue chaque nuit dans le lac au bord duquel nous séjournions un été du vingtième siècle.
Cette nuit là, je l’accompagnais, la vis ôter sa robe et descendre vers la rive. Je me déshabillais pour la rejoindre. L’eau qui nous enveloppa d’abord se confondait avec la noirceur du ciel et celle de sa peau d’ébène.
Nous nous embrassions, le désir montait en moi comme un feu de forêt. Nous regagnâmes la rive et là, dans la moiteur tropicale du clair de lune, elle prit mon sexe dans sa bouche tandis que je caressais sa vulve généreusement offerte.
Elle guidait chacun de mes gestes et je m’étonnais de découvrir l’intense échange de plaisir que nous nous procurions.
J’agrippais alors ces petits seins pointus et mon sexe, guidé par sa main, entra dans le luxuriant palais de sa chatte frémissante.
Je pénétrai d’abord doucement, non point trop en profondeur, puis de plus en plus rapidement, sous les secousses des mouvements de la princesse qui m’offrait ma première nuit d’amour. De plus en plus profondément et de plus en plus fort, mon pénis en érection maximale allait et venait dans son vagin qui m’enrobait, me happait.
J’étais au dessus d’elle, je la tenais maintenant par les hanches, ses deux jambes écartées m’entouraient, elle haletaient et commençait à gémir de plus en plus fort.
Le lac était un miroir sombre ou se miraient les milliards d’étoiles du ciel.
Je senti soudain un frisson torride me parcourir le ventre, une prodigieuse montée de plaisir me traverser, ma princesse mis ses bras autour de mon dos et m’attira contre elle.
Je venais de jouir. Pour la première fois de ma vie, je venais de faire l’amour. Je collais mes lèvres contre celles de ma princesse et nous restâmes endormis jusqu’au petit matin.
2- Vaut-il mieux parler la même langue ou savoir jouer de la langue ?
La langue se joue d’elle même. S’enroule et parle avec ou sans mot. La langue dans le baiser sous-entend le langage de l’amour. Ainsi parler la même langue pour deux étrangers qui s’aiment, c’est embrasser l’étendue des sentiments. C’est s’alanguir dans la gangue de l’amour. La langue est le calice du verbe, le chant du regard, le joyau de la bouche.
3- Que préférez-vous goûter ?
J’aime goûter ta langue avec ma langue, tes lèvres avec mes lèvres. Ma langue avec tes lèvres, ton vagin avec mon nez.
4- Selon vous, coucher, ce n’est pas jouer ?
Coucher, faire l’amour est sans doute au delà du jeu. L’amour dépasse toutes les jouissances, toutes les réjouissances. Les jeux, et en particulier les jeux érotiques préparent, abordent et stimulent Le Jeu des Je.
5- Est-il plus difficile de regarder sans toucher que de toucher sans voir ?
Peut-être est-ce plus une question d’opportunité que de difficulté. Si l’amour est aveugle, ne nous touche t-il pas? Savoir regarder, savoir voir dépend aussi de celui ou celle qui est regardé, qui est touché, selon l’alchimie créée par les amoureux qui se regardent et se touchent. N’y a t-il pas un temps pour regarder et un temps pour toucher? Et quand bien même on peut toucher et regarder en même temps, l’amour reste invisible et Impalpable.
6- Un bon coup pour vous, qu’est-ce que c’est ?
Lorsque mon pic à glace vient frapper ta châtaigne d’eau.
7- Etre amoureux et aimer. La différence réside-t-elle dans l’expression ?
Ce ne sont que des mots. Nous ne pouvons pas indéfiniment chercher le sens de ce qui n’existe pas. Il s’agit du chant de l’humanité. Aimer est l’essentiel, tout comme le reste. Être amoureux conduit à l’illusion. L’illusion trouve sa réponse dans l’amour.
8- Est-il plus facile d’être regardé sans être touché que d’être touché sans être vu ?
Être regardé sans être touché est classique.
Pourquoi pas essayer l’inverse.
9- Vous mettez-vous plus aisément à nu que nu ?
Se mettre à nu peut signifier se dévoiler au point d’être soi-même. C’est en cela plus difficile que se déshabiller et de parader dans la tenue d’Adam et Eve. D’autant que sous nos vêtement nous sommes toujours nus.
Je ne suis pas très à l’aise avec la nudité que ce soit la première évoquée ou la seconde.
Je dirais que se mettre à nu est le travail d’une vie et se mettre nu n’est aisé qu’en rapport avec le nombre d’habits que l’on porte.
10- Quel est le comble du cru ?
Salò ou les 120 journées de Sodome de [Pier Paolo Pasolini->http://fr.wikipedia.org/wiki/Pier_Paolo_Pasolini]
11- Plus on éclaire, plus il fait sombre. Cela vous gêne ?
Les économies d’énergie nous enjoignent la plus intime pénombre…
12- « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand. Je montrais ma lune à tous les passants. Maman me disait « Veux-tu la cacher ! » Je lui répondais « Veux-tu l’embrasser ? » Cette comptine de cour d’écoles qui évoque des choses interdites vous choque-t-elle aujourd’hui plus qu’hier ?
J’ai entendu plus choquant.
13- Qu’évoque pour vous le mot couple ?
Une entité familiale, sociologique, religieuse.
La rencontre de l’instinct et de la tradition.
A la fois humain et animal, le couple cherche la pacification de l’amour, le couple veut relativiser les conflits intersexuels et lutte pour faire exister quelque chose au delà de la rencontre de deux personnes. Un couple se fonde peut-être pour donner une chance supplémentaire à chacun de se dépasser.
14- Quel(s) souvenir(s) évoque(nt) pour vous le mot « lit » ?
Le lit à baldaquin du dernier étage de la maison du Roc, Le lit du torrent, l’extrait de la maladie d’amour “Qui unit dans son lit
Les cheveux blonds, les cheveux gris.”
15- Si j’écris le mot « sexe » au pluriel, il devient un palindrome : « sexes ». La lettre « x » en devient le centre. Qu’y voyez-vous ?
L’opportunité d’un graphisme à double sens, l’interpénétration du passé et du futur, l’avenir de l’origine, l’atterrissage du câlin sur le calindrome.
Travis Bürki
Questions de vues © Copyright Cali Rise
Ce garçon, Travis Bürki, Universal Music
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