Interview tRioL
1- Et si vous me racontiez votre première fois ?
La première fois que j’ai respiré, je ne m’en souviens plus mais on m’a raconté : j’ai crié. Ma première angoisse existentielle ? Je devais avoir quatre ans, je regardais un gros arbre en me demandant à quoi il pouvait bien penser. La première fois que j’ai fait l’amour ? J’étais très jeune. J’étais ravie. Ce fut très beau.
2- Vaut-il mieux parler la même langue ou savoir jouer de la langue ?
Comment veux-tu pouvoir jouer avec ce que tu ne parles pas ?
3- Que préférez-vous goûter ?
À cette heure, je veux bien une orange pressée (avec glace pilée si tu as, et quelques grains de sucre).
4- Selon vous, coucher, ce n’est pas jouer ?
Coucher, c’est jouer, bien sûr. Qu’il s’agisse de corps, de mots ou d’images, coucher c’est jouer. Jouer ou… [se] reposer.
5- Est-il plus difficile de regarder sans toucher que de toucher sans voir ?
Oui.
Pour toucher sans voir il faudrait être aveugle.
Ou très fatigué(e) – sourire.
Et puis voir et regarder ne sont pas exactement la même chose.
6- Un bon coup pour vous, qu’est-ce que c’est ?
Faisons une petite partie d’échecs ou de cartes et je t’explique.
Un bon coup, c’est un état de grâce.
En émerger torpillée de plaisir, la tête et le corps en phase parfaite, tremblants de bien-être, rires en écho au bord des lèvres, des myriades d’étoiles dans le cœur et une grosse faim d’un petit truc super bon à manger.
7- Etre amoureux et aimer. La différence réside-t-elle dans l’expression ?
Une expression n’est jamais qu’une tentative de capture d’une réalité. L’état amoureux est une chimie. Aimer est une leçon de vie. Et ce n’est que lorsque le premier se retire, que l’on peut estimer l’authenticité du second. Ce cap primal (dont la durée excède rarement deux ou trois ans) non franchi, l’illusion sait se faire redoutable.
Cette chimie s’appelle désir et les scientifiques l’ont (en partie) expliquée.
Lorsqu’on aime, alors elle ne s’éteint pas mais se calme un peu, laissant s’ouvrir d’autres champs de découverte…
8- Est-il plus facile d’être regardé sans être touché que d’être touché sans être vu ?
Être regardée sans être touchée ? J’ai l’habitude de me faire draguer depuis mes premières formes, soit depuis près de vingt-cinq ans. J’ai toujours vécu avec ça, le regard des mâles sur moi. Donc oui, c’est facile. C’est une façon de respirer. Être touchée sans être vue, je ne sais pas. Je n’ai jamais pratiqué le colin-maillard entre adultes. Cette expérience m’échappe…
9- Vous mettez-vous plus aisément à nu que nu ?
Montrer mon cul ne me pose aucun problème. En revanche, je suis pudique avec mon cœur.
10- Quel est le comble du cru ?
La fine membrane qui sépare le sublime du glauque est extrêmement subtile. Il suffit parfois d’une fraction de seconde de déviation de la pensée pour basculer d’un bord à l’autre et vice et versa. De la même façon qu’un homme surexcité peut débander d’un coup parce qu’un truc est passé très vite dans sa tête (en dehors de périodes récessives normales pendant l’amour si celui-ci dure des heures), une femme peut tout aussi bien se sentir honorée que souillée, sous des ébats de même nature.
C’est l’état d’esprit qui fait tout.
11- Plus on éclaire, plus il fait sombre. Cela vous gêne ?
Tu veux qu’on parle du clair-obscur ? Du jour et de la nuit ? Du chaud et du froid ? Du secret lové dans l’exhibe et du grand éclat porté sur tout ce que l’on cache ? C’est bien cela que tu veux… ?
12- « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand. Je montrais ma lune à tous les passants. Maman me disait « Veux-tu la cacher ! » Je lui répondais « Veux-tu l’embrasser ? » Cette comptine de cour d’écoles qui évoque des choses interdites vous choque-t-elle aujourd’hui plus qu’hier ?
Alors, moi je me souviens surtout du « Quand j’étais petit je n’étais pas grand je montrais mon cul à tous les passants ». Ta version doit être plusse originelle donque. Ou c’est moi qui suit trop jeune. J’ai trente-sept ans dans quelques jours et d’ailleurs j’en suis malade.
Choquée ? J’en baille plutôt.
13- Qu’évoque pour vous le mot couple ?
Une recherche mutuelle.
14- Quel(s) souvenir(s) évoque(nt) pour vous le mot « lit » ?
Des milliards de rêves…
15- Si j’écris le mot « sexe » au pluriel, il devient un palindrome : « sexes ». La lettre « x » en devient le centre. Qu’y voyez-vous ?
Un carrefour.
Merci Cali.
tRioL
Questions de vues © Copyright Cali Rise











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