Macareux et pas mac à rots

Le contenu du sachet de poêlée asiatique tomba dans l’huile chaude. Aussitôt, Scribe huma le parfum des légumes colorés découpés en fines lamelles. Ce soir, elle avait faim. L’un de ses voisins tondait encore sa pelouse. Le silence bruyant de la campagne commençait sérieusement à lui taper sur le système.

En fin d’après-midi, Scribe avait rencontré son médecin. Grand et sportif, Lagneau avait un langage que les personnages âgées du secteur refusaient d’entendre. Il ne pratiquait pas la médecine de complaisance, c’est surtout cela qui les répugnait. Entre deux fous rires, la jeune femme se demandait s’il fréquentait toujours la même jeune femme. Fougueux, Lagneau avait rencontré quelques difficultés à se stabiliser dans une relation amoureuse. Ils se quittèrent sans qu’elle ait pu lui montrer ses dessous. Dommage ! Rouges tatoués de roses noires, ils avaient pourtant produit un effet conséquent sur Dam quelques heures auparavant. Résultats : monsieur n’avait pas cessé de lui envoyer ses pensées lubriques. Il rêvait de saliver sur sa chute de reins, d’accompagner sa salive de sa langue et de ses doigts, de la déguster et de l’ouvrir longuement pour (enfin) se redresser et la pénétrer. Qu’elle écrive une chronique sur des moines cisterciens ou qu’elle cogite celle du film Sex and the City, monsieur Dam façon tueur à gages tiré à quatre épingles s’en moquait éperdument. Il voulait LA baiser tout de suite, maintenant. Ils se renvoyaient leurs mails comme d’autres renvoyaient leurs balles. Sans raquette mais avec une précision toute instinctive. La tête à côté, le cul en ligne de mire.

Tout en picorant dans le mélange de carottes, de pousses de bambou, de champignons noirs et autres poivrons jaunes, Scribe repensait à un de leur échange. « Cet élan naturel à mon encontre signifie-t-il que tu me vois comme un copain de régiment et qu’il va falloir que je m’entraîne à roter comme un homme ? » « Absolument pas. Je préfère que tu gémisses comme une chatte. Tu es ma complice dans cette approche des brûlures charnelles que nous offre cette vie et que peu d’entre nous s’autorisent à comprendre et accepter. » Tant mieux ! Elle se voyait mal en mac à rots. Et là, son esprit partit en vrille. Scribe visualisa parfaitement la parade amoureuse des macareux moines, ces jolis oiseaux rondouillards dont l’oeil cerclé de rouge est souligné d’un fin sourcil noir. Le bec des moines était la partie la plus remarquable : grossièrement triangulaire, il était formé de couches cornées successives où le rouge se disputait au bleu foncé entouré de jaune. Pendant la danse, les macareux se touchaient du bec et le mâle excité poussait la femelle vers l’eau, pour s’accoupler. Euh, Dam n’avait rien d’un clown de mer. Elle était conne parfois ! Surtout qu’en ripant sur How can you mend a broken heart, elle pensa macaron au lieu de macareux. Perturbée ! Et d’une, aucun des deux n’avaient le cœur brisé et de deux, si du son dans les macareux donnait des macarons, Scribe n’osait pas imaginer ce que Ubu donnerait alors qu’elle pensait à… En parlant de chanson, elle ne se rappelait pas avoir entendu Mercy hier au cinéma. Où avaient-ils caser Duffy ? Sous le chapeau de Samantha ? Dans le dressing de Carrie ? Sous le pont de Brooklyn ?

*Elisa, Elisa Elisa saute-moi au cou Elisa, Elisa Elisa cherche-moi des poux, Enfonce bien tes ongles, Et tes doigts délicats Dans la jungle De mes cheveux Lisa… Vraiment réussi ce duo Arno/ Jane Birkin ! Voyons… Luxembourg ce week-end, le salon du livre de Metz le week-end suivant. Ensuite, une fête impossible à annuler. Pffffffff ! Qui a dit que le temps passait trop vite ?

*Elisa, Serge Gainsbourg

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Cali Rise

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