Masturbations
Scribe gare sa voiture sur le parking du haut. Elle claque la portière en pestant déjà contre cette femme qu’elle ne connaît pas. Sur la terrasse de l’hôtel restaurant, deux costards discutent. Elle descend rapidement les escaliers, une centaine de mètres plus loin, d’autres apparaissent. « Vous passez le porche tout droit à gauche et vous prendrez les escaliers extérieurs à droite du bâtiment » « Comment peut-on aller tout droit à gauche ? » La conseillère avait tiqué à cette remarque acidulée.
Assises chacune d’un côté du bureau, les deux femmes s’observent. Petite cularde aux mèches blondasses, l’autre lui pose une ou deux questions, coche des cases. Scribe se sent comme un article pris sur un rayon de supermarché et décodé au microscope. Pour un peu elle verrait défiler QUE VAIS-JE FAIRE D’ELLE ? sur le front de la bonne femme. En lettres capitales rouge. La cularde administrative finit par évoquer son propre cursus. Une demi-heure plus tard, Scribe s’en va, le prochain rendez-vous au fond de son sac, la colère au bord des canines. Perte de temps ! Trop d’expériences diverses, pas assez de diplômes. Bordel ! Mais j’étais où toutes ces années ? Nagui et Manu déconnent à la radio. Elle ne change même pas de station.
Le vent frais balance les fleurs de rhubarbe. Il faudrait les couper. L’herbe est brillante de soleil. Quelques petites touffes de foin forment des taches brunâtres sur le vert franc de la pelouse. « Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais installé dans un bon fauteuil, un whisky à la main et un cendrier à portée. Et je te regardais à 3m de là, en train de baiser avec PM. Vous baisiez plutôt bien d’ailleurs. Mais ce qui me plaisait, moi, c’était ton regard souvent planté dans le mien. » Limite Scribe sourit en relisant ce mail. Elle attend toujours la réponse à sa question balancée sans réfléchir. Dam, Dam, Dam… Et une morsure dans le cou.
Chick Habit résonne. La jeune femme décroche. « J’ai besoin que tu m’aides. » lui dit le Disquaire. Allongée sur son lit, les fesses en bordure de matelas, les cuisses écartées, Scribe s’accroche à sa voix comme il s’accroche à la sienne. Deux bandes Velcro. Elle l’entend se branler. Il doit l’entendre aussi. « Lâche-toi, mon cœur. Crie… » Son rire surgit en silence alors qu’il lui assène avec un certain orgueil « Je sais que tu me veux. » Se rappelle-t-il qu’elle déteste ce « mon cœur » ? Et pourquoi pas « mon amour » aussi ?
Un coup d’œil dans le miroir. Scribe se prend en pleine gueule son image. « Dis donc toi, t’as pas l’impression que tous ces hommes te prennent pour un pot de miel ? Envoie-moi paître tout cela ! Et rapidement encore ! » Installée derrière son clavier, Uminski dans le lecteur, ses doigts cliquètent sur le clavier. « Inutile de m’appeler tous les jours pour que je t’aide à jouir. » Et d’un !






mai 8th, 2008 at 2:11
Je laisserai le soin de répondre à Porcinet, Tigrou ou Bourriquet, d’accord ?