Pets de nonne et paix de putain
Les roues jaunes des pissenlits ont cédé la place aux têtes blanches et plumeuses qui s’envolent, légères, en une multitude de petits parachutes à la moindre brise. L’un d’eux vient se poser sur sa peau nue. Entre son pouce et son index, Scribe le saisit par la queue, le lâche face à sa bouche et souffle pour qu’il poursuive sa course intrépide. Elle reprend sa lecture. Si la corneille perchée dans le bouleau savait lire, elle reconnaîtrait un des romans d’Oscar Wilde. « Tu m’as donné envie de le relire… » lui a-t-elle écrit. Plus Scribe tourne les pages, plus elle songe à certaines similitudes étincelantes. Elles la font sourire.
A côté, le vieux et la vieille grattent leurs plates-bandes, évinçant la moindre mauvaise herbe. A côté d’elle, quelques véroniques de perse aguichent de leur bleu vif la pelouse qui n’a rien d’un green. Il avait décidé de distendre un peu la corde entre eux. Elle avait accepté. Non pas par soumission, il n’avait jamais été question de cela entre eux. Nul ne savait ce qu’il adviendrait à l’avenir. Ils s’étaient retournés comme deux gants de peau, se mirant l’un dans l’autre. Ils avaient vu ce que peu verront, sans aucun doute.
Au milieu de ce grand jardin, Scribe ressent une immense paix. « J’ai enfin vu la putain. La valkyrie plutôt. » Maintenant assise, ses doigts enserrent une cigarette dont la fumée tournoie au gré des tapotements qu’elle exerce sur le clavier de son Samsung. « A quoi tu joues ? » « Au poker, au rami, à la canasta. A tous les jeux qui existent et qui sont sympas. » Un nouveau sourire lui échappe. Est-ce vraiment elle qui a écrit plus tôt « je me sens comme une nonne qui aurait perdu la foi. » ? Demain, il faudra qu’elle coure pour rattraper les erreurs commises. Demain, il faudra qu’elle téléphone, agence ses rendez-vous, prépare l’été si proche. « J’ai mordu l’auteur du thriller. Et tant pis pour toi. »
Le virtuel commençait à lui plaire. L’heure était venue de ressortir son cahier et ses stylos.





mai 13th, 2008 at 7:26
“Je puis tout pardonner aux hommes, excepté l’injustice, l’ingratitude et l’inhumanité.”
Denis Diderot La religieuse
mai 13th, 2008 at 11:14
“Les gens fidèles ne connaissent de l’amour que son côté banal : seuls les infidèles en connaissent les tragédies.” Wilde, Le portrait de Dorian Gray