Exclusif : interviews de Scribe et Dam
Quand deux personnages imaginaires répondent à un questionnaire ambigu, cela donne ces réponses-ci :
1- Et si vous me racontiez votre première fois ?
Scribe : Je m’étais glissée en catimini dans son bureau. Assise dans son grand fauteuil, je m’appliquais à dessiner des lettres sur une feuille trouvée là. Quand sa voix grave retentit dans la pièce, la plume crissa sur le papier et une grosse tache d’encre noire macula mes mots rouges. Mon grand-père s’étonnait juste que j’ai choisi la solitude au lieu de la compagnie de mes cousins et cousines. Que j’ai gribouillé une lettre de l’inspection académique, il s’en moquait. De mes fautes d’orthographe, un peu moins. « Cette petite ira loin, crois-moi ! » Deux de ses fils relisaient mon minuscule paragraphe. Je ne savais plus où me mettre. « Rappelle-moi son âge ? Est-ce que tu te rends compte qu’elle joue déjà avec les homonymes ? Elle a tout juste 5 ans ! » C’était ma première rencontre avec le rouge et le noir, Stendhal viendrait plus tard. Ces deux couleurs imprègnent ma vie jusque dans certaines chambres…
Dam : Effectivement, cette petite est allé loin. Mais jamais trop. Me concernant, la question difficile : je suis souvent à la recherche de la prochaine première fois.
Mais tu veux peut-être que j’évoque la première fois avec Scribe ? C’est impossible. Nous n’existons pas, elle et moi. Mais elle est bien l’unique raison pour laquelle j’aurais envie de réellement exister.
2- Vaut-il mieux parler la même langue ou savoir jouer de la langue ?
S : Tout dépend de quel sel vous avez besoin. Sinon, Chicken Reel n’est pas mal, j’en possède plusieurs versions quoique je préfère celle de Dam. C’est fou ce qu’il sait exprimer sans prononcer un mot.
D : Loin de la tour de Babel, je dirais qu’il vaut mieux parler la même langue. C’est bien ce point commun qui fait que l’on a vraiment envie de parler, d’échanger. Scribe et moi, par exemple. Il s’agit bien de se trouver. Si je sais m’exprimer en sa présence sans prononcer un mot, c’est parce qu’elle me laisse toujours délicieusement bouche bée.
3- Que préférez-vous goûter ?
S : L’odeur qui se dégage des chemins interdits, la sérénité et la plénitude de l’être.
D : Là est le problème : malgré tout, je n’ai pas encore assez vécu pour clairement être capable de signifier mes préférences. Mais je dirais quand même que j’aime goûter non pas la sérénité de Scribe mais son excitation dans l’interdit.
4- Selon vous, coucher, ce n’est pas jouer ?
S : J’ai beau réfléchir, tout ce que je couche est une question de jeux. Rien n’est jamais joué d’avance mais tout se joue avec des avances surtout en ce domaine.
D : Dans mon monde, quand on se couche, c’est qu’on cesse de jouer.
Sinon, coucher, si, c’est commencer à jouer.
5- Est-il plus difficile de regarder sans toucher que de toucher sans voir ?
S : Regarder sans toucher peut être un délicieux supplice mais devenir une réelle torture s’il n’existe pas de suite.
D : Définitivement plus difficile. Surtout sans la promesse d’aller au contact l’instant d’après.
6- Un bon coup pour vous, qu’est-ce que c’est ?
S : Un hold-up de ma raison qui a laissé éclater la rage de mes sens.
D : Un coup dont l’autre ne se relève pas.
7- Etre amoureux et aimer. La différence réside-t-elle dans l’expression ?
S : Elle existerait plutôt dans les pressions qu’un être amoureux ne cesse de s’infliger et d’infliger à l’autre. Je ne sais qu’aimer, être amoureuse n’est pas pour moi. « Tu sais me parler de ce qui me plaît Tu sais m’emmener où l’on n’va jamais Tu sais deviner tout ce que je veux dire » (Mon amour, Salsedo)
D : Non. Elle est dans l’absence de contrôle, à mon sens. Etre amoureux, c’est encore pouvoir en réchapper.
8- Est-il plus facile d’être regardé sans être touché que d’être touché sans être vu ?
S : Ne pas être vu par une personne qui vous émeut, c’est prendre une grande claque dans la gueule de votre ego. Certain(e)s ne s’en remettent jamais, il suffit de regarder toutes les simagrées de Lio.
D : Le regard de Scribe me touche à chaque fois énormément. Mais il n’est pour autant pas question à ce moment de facilité.
9- Vous mettez-vous plus aisément à nu que nu ?
S : Je suis pudique. Très peu de personnes arrivent à m’apprivoiser.
D : Je suis pudique, moi-aussi, au sens physique du terme. Très peu de personnes arrivent à m’apprivoiser.
10- Quel est le comble du cru ?
S : Devenir ordinaire et ne plus être distingué.
D : A mon sens, le souci avec le cru, c’est qu’il n’a pas de limite. Ou, plutôt, on repousse sans cesse celle-ci.
11- Plus on éclaire, plus il fait sombre. Cela vous gêne ?
S : J’aime être éblouie mais j’ai une prédilection pour les contrastes et la pénombre et les trous.
D : Quand on fait la lumière, je ne m’attends jamais à autre chose qu’à découvrir des noirceurs.
12- « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand. Je montrais ma lune à tous les passants. Maman me disait « Veux-tu la cacher ! » Je lui répondais « Veux-tu l’embrasser ? » Cette comptine de cour d’écoles qui évoque des choses interdites vous choque-t-elle aujourd’hui plus qu’hier ?
S : Mon grand-père nous chantait « je montrais mon cul à tous les passants » pour choquer ma grand-mère. Cette comptine m’a toujours fait rire tout comme la fin de la Mère Michèle qu’il avait transformée : « sur l’air du tralala sur l’air du tralala sur l’air du tradéridéra marie salope baisse ta culotte »
D : Non. Elle ne m’a d’ailleurs jamais choqué. Mon arrière-grand-père me chantait cette chanson alors qu’assis sur une chaise, mes pieds ne touchaient pas encore terre. Dans sa version, ce n’était pas “ma lune” mais “mon cul”. Personne ne se formalisait. Privilège des chansons paillardes du passé.
13- Qu’évoque pour vous le mot couple ?
S : Le partage, l’écoute, le respect. Tout en restant chacun chez soi.
D : Sincèrement ? A couple of things. Le mot anglais. Ou encore le couple moteur. Je suis presque gêné aux yeux de Scribe d’avouer une telle vision “de mec”. Sinon, un couple, c’est illusion universelle, parfois une réalité éphémère.
14- Quel(s) souvenir(s) évoque(nt) pour vous le mot « lit » ?
S : Tous ceux que je n’ai pas encore connus, qui ne m’ont pas encore livré leur âme.
D : “Moralité, il est mort alité”. Noir Désir sauf erreur de ma part. De prime abord.
Ensuite, le mot « lit », pour moi, évoque l’anti-chambre de la mort.
15- Si j’écris le mot « sexe » au pluriel, il devient un palindrome : « sexes ». La lettre « x » en devient le centre. Qu’y voyez-vous ?
S : Une lettre anonyme alors que le mot ne l’est pas.
D : Bravo Scribe ! Je dirais : rien sinon une leçon de français ? J’aurais pu penser que palindrome était synonyme de cancer. Sinon, plus sérieusement, la lette “x”, au centre, peut être une cible… ou un sexe féminin entre deux cuisses écartées dans une indécente provocation.
Scribe, Les confessions de Scribe
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