Georges Moustaki, le Solitaire
En mai 68, Georges Moustaki était à la Sorbonne, il constestait.
En mai 2008, Georges Moustaki était à l’Olympia, il chantait.
Les gens qui connaissent mal Moustaki l’imaginent oisif. Or, il n’en est rien. Georges Moustaki est tout le temps sur les routes.
« Je suis né dans un monde où les religions et les cultures se mélangeaient, le microcosme alexandrin. Lorsque je me suis mis à courir le monde, je me suis senti partout chez moi. Je ne sais pas si je voyage pour chanter ou si je chante pour voyager mais les deux sont liés… La musique est universelle et j’ai la chance de composer des mélodies qui s’exportent : partout dans le monde, des gens viennent m’applaudir qui ne comprennent pas forcément les paroles, mais en captent le son et le sens ; ils savent ce que je pense. »
En mai 2008, Georges Moustaki publie un nouvel album, Solitaire, réalisé par Vincent Ségal, enregistré et mixé par Djoum à Bruxelles.
« C’est à Bruxelles que pour la première fois j’ai été payé pour ce que j’aimais vraiment : faire de la musique. Cela se passait au milieu des années 1950. Je me suis trouvé coincé deux mois dans la capitale belge, n’ayant plus d’argent pour le voyage que j’avais projeté de faire jusqu’en Hollande, plus d’argent non plus pour rentrer à Paris… Il a fallu que je cherche du travail : ne sachant rien faire d’autre que la vaisselle et jouer de la musique, je suis entré dans un restaurant à proximité de la Grand-Place et j’ai proposé mes services. On m’a engagé sur le champ et ce fut un bonheur – j’étais sans doute un piètre pianiste, mais je devais y mettre tant de plaisir que je faisais illusion. Celle-ci me donnait une aura, j’avais un public de jolies femmes qui venaient m’écouter et m’encourager. J’ai découvert Bruxelles le monde de la nuit, de la pègre, de la prostitution, de la drogue ; mes nuits s’achevaient dans une cave où l’on jouait un jazz très moderne… De cette brève expérience, j’ai tiré un livre, une sorte de polar, Petite rue des Bouchers, paru il y a quelques années… J’aime cette ville, je m’y sens chez moi, j’ai eu le temps de m’y faire des amis, d’apprendre des expériences bruxelloises, d’en savourer l’accent. Je suis par exemple l’un des seuls non-Bruxellois à savoir que Djoum, qui est le surnom de l’ingénieur du son du studio I.C.P. est la contraction de djoum-djoum qui veut dire zinzin, fêlé, un peu timbré… »
C’est donc Vincent Segal, la moitié de Bumcello, le violoniste de M qui a réalisé l’album. Vincent Segal habite tout près d’une amie de Georges Moustaki. Une fois présentés l’un à l’autre, Georges s’est aperçu qu’il avait en face de lui un vrai musicien. Il lui a confié ses chansons et Solitaire est né.
L’album commence par une chanson, Le temps de nos guitares, où Moustaki rend hommage à ceux qui armé de leur guitare ont changé notre vie : Dylan, Brassens, Brel, Aufray, Salvador et même Gainsbourg et Coluche. Outre les musiciens de talents ( Toninho Do Carmo aux guitares, Luiz Augusto Cavani à la batterie, Francis Jauvain à l’accordéon) qui l’ont entouré sur Solitaire, se sont retrouvés des invités tels que Marcel Azzola à l’accordéon, Marco Arietas à la guitare ou encore Sarah Murcia à la contrebasse mais aussi d’autres chanteurs. Ainsi, Moustaki revisite la chanson Sans la nommer en compagnie de Cali, Une fille à bicyclette avec Vincent Delerm. Avec Stacey Kent, il adapte Chico Buarque, Partager les restes. Avec China Forbes (Pink Martini), il présente deux titres Ma solitude et Donne du rhum à ton homme. Passés ses duos étonnants, Solitaire offre à l’auditeur attentif de très beaux instants d’émotion comme lorsque Moustaki chante Sorellina, chanson dédiée à sa sœur qu’il a enregistré au creux de la nuit en une seule prise, ou Mélanie faisait l’amour ou encore La jeune fille.
Léo Ferré lui avait dit un jour : « Tu murmures ce que je hurle ». Et pourtant les chansons murmures de Georges Moustaki sont entrées dans la mémoire collective. Solitaire offre l’occasion d’en apprendre de nouvelles et de redécouvrir celles que vous connaissez déjà.
Solitaire, Georges Moustaki, Odéon
Site officiel de Georges Moustaki















Leave a Reply