Je passe te sucer

Toute la journée, Scribe avait écrit. Et des chroniques. Et des chroniques. La nuit précédente, elle avait très peu dormi. La nuit, son cerveau bouillait. Les idées arrivaient à grandes enjambées, bruissantes. Le réveil l’avait surprise en plein rêve apoplectique. Totalement au radar, elle s’était glissée dans la cabine de douche. Le gel moussant reniflait bon l’huile d’argan et la fleur d’oranger. La jeune femme repoussa l’image de Dam. Pas encore. Pas maintenant.

Devant son bol de thé fumant, Scribe tartinait méticuleusement ses biscuits sablés d’une pâte chocolatée écœurante. Elle but son lait fruité avec des mines gourmandes de chatte apprivoisée. Les heures suivantes seraient beaucoup trop courtes. Aujourd’hui devrait être d’une durée minimale de 50 heures. Une fois installée devant son clavier, la notion de temps disparut. Ses doigts couraient sur les touches noires alignant les mots, tressant les phrases. Mademoiselle l’entourait de sa voix troublante. Plus tard, elle écouterait Sigur Rós et Bang Gang.

Pendant une courte pose, Scribe arracha les ventouses de la vigne vierge de Virginie qui tentait désespérément de résister en s’agrippant au volet. D’un geste rapide, elle emmêla une liane d’akébia dans les jeunes sarments vigoureux. Il faudrait enterrer cette potée de lis et désherber les fuchsias. Elle inspecta le terrain arboré de derrière la maison. L’emplacement serait parfait pour un cabanon, même deux, même trois. Il suffirait de gravillonnée l’allée, d’installer ici une terrasse en bois imputrescible. Et là-bas, un petit plan d’eau avec un pont chinois ? Et ta mère ? Scribe revint sur terre, écrasa sa cigarette et rentra.

En relevant sa boîte, elle constata la présence de plusieurs mails. Quelqu’un lui demandait son adresse postale. T’es qui toi d’abord ? Un autre réclamait la chronique de son album. Hé minute, papillon ! Scribe terminait de répondre aux plus urgents quand son courriel arriva. Mais au-delà de ces basses considérations matérielles, j’ai vraiment très envie de TE baiser ! A en salir les draps. Salaud ! Salaud ! Salaud ! Qu’est-ce qu’elle racontait déjà à ce nouveau venu ? Et puis, flûte alors ! Elle saisit son téléphone. Je te déteste, je te déteste, je te déteste. C’était explicite, non ? Sauf que maintenant, Scribe n’arrivait plus du tout à se concentrer. Ah il voulait jouer à ce petit jeu ! J’ai toujours rêvé de dire à un homme : “Tu es libre à quelle heure ? Je passe te sucer.” Cet homme, c’est Toi.

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Cali Rise

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