La vierge sodomisée
photographie de Aeric Meredith-Goujon
Vierge de tout. Une vierge à trous. Des trous comme ceux de la fine dentelle d’une voilette en tulle. Oui, elle se sentait vierge en pénétrant dans le hall de l’hôtel. Vierge en gravissant les marches jusqu’à la chambre aux murs rouges. Vierge en frappant à la porte de la chambre chinoise.
Quelques jours auparavant, la jeune femme avait envoyé une lettre à son amant. Une de ces lettres virtuelles qu’elle aurait pu taper à toute allure mais qu’elle avait mûrement réfléchie.
Je ne suis pas tes deux amants.
Je dis cela juste pour.
Quoique j’ose t’imaginer en leur compagnie.
Oui, je suis joueuse. Et tant que je ne suis pas dans la même pièce que vous trois, je peux me le permettre.
Non, parce que, vraiment, je ne suis pas certaine de ne pas venir les écarter de toi, histoire de m’empaler sur toi. Pour bien indiquer qui est à qui. Pour autant, je ne te tiens pas pour acquis.
Ne le crois pas non plus de moi.
Si tu m’attends dans cette chambre, assis dans un fauteuil, un verre à la main, je serai plus que troublée. Parce que là, rien ne sera encore joué. Parce que je me sentirai gauche à ne plus savoir où poser mes mains. Ou au contraire à trop savoir où les poser. Je pourrais même en devenir vite agaçante. Comme cette mouche du coche.
Je veux. Je peux ? Je veux cette chambre. Chinoise ou pas. Chinoise et rouge pourquoi pas ? Je veux cette chambre avec toi dedans avant que je n’y mette une première fois les pieds. Ensuite, tu pourras revenir comme bon te semble. Je pourrais même oublier d’en sortir visiter les rues. Je pourrais oublier jusqu’à l’idée même d’en partir pour courir dans d’autres bras.
Alors, oui, j’ose. Donne-nous cette chambre. S’il te plaît.
PS : j’aurais besoin que tu me confirmes cette chambre très vite. Sinon, il est inutile que je vienne à Paname. L’envie ne sera pas assez grande sans toi au bout. Ou moi au bout de toi. Ce sera Toi. Ou rien.
Elle avait écrit cela, oui. Et un baiser aussi.
Avait-elle vraiment attendu sa réponse ? Avait-elle vraiment ressemblé à ces femmes au regard fébrile, assise sur des bites d’amarrage ? Non. Elle espérait que non. C’était impossible. Ridicule.
Les secondes étaient devenues des minutes qui s’étaient enfuies dans des heures allongées de jours et de nuits. Et puis. Et plus clang ! Tel un boomerang ralenti par la chaleur du désert de Namibie, le mail de l’amant avait surgi.
Je me suis endormi avec l’envie de toi.
Je me suis réveillé avec l’envie de toi.
Je crois t’avoir pénétrée toute la nuit.
De bien des façons.
Au cinquième étage. Une chambre chinoise. Et une terrasse.
(sourire)
Sans rire, elle l’aurait mordu. Et de bien belles façons ! Sur le gras de l’épaule, elle aurait planté ses crocs. Ses dents auraient déchiré une de ses lèvres aussi. Les deux peut-être. Elle aurait barbouillé sa bouche de sang, avec son pouce, avant d’y enfoncer ses doigts et sa langue. Na !
Bon sang, cet homme la rendait folle ! Ses rêves crevaient de lui toutes les nuits. Dans la journée, si elle ne se concentrait pas sur son travail, son esprit s’envolait pour le retrouver. A en salir les draps. A en faire rougir la putain du coin. Et comme par miracle, d’un coup, c’était le jour du rendons-nous.
Ses talons aiguilles résonnaient dans la rue qui courait entre les murs. Des gens la croisaient. Elle ne les voyait pas. A peine aperçut-elle le sourire du portier. Depuis lui, elle se voulait vierge. Vierge de ses autres amants. Vierge de l’homme à la lampe. Ou presque. Elle se voulait vierge de tout. Une vierge à trous. Des trous comme ceux de la fine dentelle d’une voilette en tulle. Pour mieux le respirer de tous les pores. Oui, elle se sentait vierge en pénétrant dans le hall de l’hôtel. Vierge en gravissant les marches jusqu’à la chambre aux murs rouges. Vierge en frappant à la porte de la chambre chinoise.
Sa voix lui répondit d’entrer. Ce qu’elle fit, le cœur battant tambour et chamade, les jambes légèrement tremblantes. Il était là, à droite du lit, assis dans un fauteuil. Un coude sur l’accoudoir, la tête appuyée sur cette main, l’autre tenant un verre. Elle rougit. Pas autant que les murs mais pas loin. Ridicule. Il lui sourit. De ce sourire de mâle qui fait comprendre à la femme son retard. De ce sourire de mâle qui promet des revanches aux senteurs de luxure. Alors, elle s’approcha jusqu’à se glisser entre ses jambes écartées et de ses deux mains, elle lui ouvrit sa chemise blanche en arrachant les boutons. Le geste était vif, la caresse le fut beaucoup moins. Plus tard, elle boirait dans son verre avant de manger sa bouche. Plus tard, encore plus tard, il râlerait de plaisir. Avant elle. « Et ces deux amants qui te harcèlent ? Tu sauras leur dire maintenant que ce n’est pas d’eux dont tu as envie ? » lui murmura-t-elle à l’oreille. « Je rêve de te marquer autant que lui. » lui répondit-il, tout contre sa bouche. « Regarde ! Regarde… »







juin 21st, 2008 at 6:42
Wow. Du très très très grand Vous. Bravo !
juin 21st, 2008 at 9:31
Euhhh merci…