Mérovée, le flic tueur est un pédé
Mérovée est le nouveau roman de Nicolas Jones-Gorlin. Dès ces premiers romans, l’auteur a toujours choisi de traiter de sujets qui dérangent. Ainsi, en 2000 paraissait Poupées (Gallimard) où il parlait du narcissisme présent dans le milieu de la mode et en 2002, Rose bonbon (Gallimard) où le narrateur est un individu foncièrement antipathique : pédophile qui s’attaque aux petites filles, il vit sa ” passion ” sans culpabilité particulière, à peine retenu par la peur du gendarme. Cette année, voici Mérovée.
A l’origine, Mérovée est considéré dans l’Histoire comme le deuxième roi des Francs saliens. Dans le roman de Nicolas Jones-Gorlin, Mérovée est le nom d’un groupuscule de flics qui nettoie la société pour imposer la suprématie de la race blanche en éliminant froidement la racaille qu’ils n’arrivent pas à mettre sous les verrous : les dealers, les macs, les violeurs. Dirigé par Raymond, un vieux flic aux allures paternelles, ce petit groupe de chasseurs est très efficace. Jean, une jeune recrue arrive tout droit de sa campagne. Parachuté en pleine guerre urbaine, le jeune blond au visage de Petit Prince les rejoint rapidement. Après tout, Raymond a été un des rares à l’aider à refaire surface quand il a subi une attaque de jeunes mecs des cités qui n’ont pas hésité à extirper sa collègue de la voiture de police pour la tabasser au point de la laisser quasi morte. Jean devient un chasseur au sein de Mérovée et ne se pose pas trop de questions jusqu’au jour où Rachid assiste à une exécution alors que Raymond avait le visage à découvert. Rachid doit mourir.
Extrait :
“Je crois que je suis tombé amoureux de Rachid la première fois que je l’ai vu.
C’était dans le parking du bâtiment B12 de la cité des Bosquets à Montvermeil. Il était appuyé contre un mur. Ses cheveux étaient trempés de sueur. Et ses yeux ressemblaient à ceux des biches que mon père m’emmenait chasser quand j’avais 12 ans et que je vivais à la ferme.
Immédiatement, il m’a rappelé ces jeunes esclaves de films de gladiateurs devant lesquels je me branlais quand j’étais gosse. Même peau sombre. Même bouche en forme de rose. Même silhouette juvénile, mince. Généralement, ils sont là pour enduire d’huile les corps hyper-musclés des lutteurs. Le metteur en scène se tape toujours un gros plans de leurs petites mains fines qui se promènent sur les muscles puissants et saillants des combattants de l’arène.
Mais j’étais pas là pour me branler.
J’étais là pour tuer.
Pour le tuer. ”
Rachid doit mourir mais Jean en est tombé amoureux. Or, dans la brigade comme dans cette bande de flics tueurs, personne ne sait que Jean est homosexuel. Nicolas Jones-Gorlin a une puissance d’écriture phénoménale. Il décrit sans concession aucune le monde dans lequel la police doit faire face à une délinquance de plus en plus puissante, à qui on laisse de plus en plus le champ libre puisque la politique recommande aux flics d’y aller doucement, pour ne pas envenimer les choses. Quand la fatalité vous tombe dessus telle une batte de base-ball vous fracassant le nez, quelle chance avez-vous d’en réchapper ? La bonne fortune viendra peut-être de cet amour qui s’est invité dans la place et qui n’avait vraiment, mais vraiment, rien à faire là.
Mérovée, c’est une histoire à vous couper le souffle. Vous ne poserez plus le même regard sur les banlieues et sur les flics après l’avoir lu. Jamais.
Mérovée, Nicolas Jones-Gorlin, Editions Léo Scheer











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