Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l’auteur de Surhumain. La ligne de tir sort le 24 mai 2012. Extrait Un matin, alors que Jade prenait son petit déjeuner sur la terrasse, son compagnon de villégiature apparut, nu, le visage marqué par la douleur et par la peur. Un jeune homme à l’œil droit maquillé, à [...]

Regarde-moi quand je t’aime de Bruno Godard

Lequel d’entre nous, homme ou femme, n’a pas dit (ou rêvé de dire pour les plus lâches) : « Regarde-moi quand je t’aime » ? Regarde-moi quand je t’aime est le premier recueil de nouvelles de Bruno Godard. Journaliste indépendant pour la presse et ancien rédacteur en chef société du magazine Rolling Stone, Bruno Godard est aussi connu pour ses essais sur le sport. Cela, celles et ceux qui s’arrêtent simplement à la quatrième de couverture peuvent l’apprendre. Pour les autres qui, comme moi, ont la chance d’avoir reçu une biographie un peu plus complète, nous pouvons découvrir aussi que Bruno Godard n’avait jusqu’à l’âge de 12 ans que deux passions : sa mère et Platini. Et puis, une certaine Claire Belcourt est entrée dans sa vie en même temps qu’ils entraient tous les deux en 5ème B. Pourquoi est-ce que je vous raconte cela ? Simplement parce que, et d’une, certains journalistes ne lisent que la quatrième de couverture des livres qu’ils reçoivent et du coup, ils critiquent un livre qu’ils n’ont pas lu, et de deux, Claire Belcourt a tellement marqué Bruno Godard qu’elle figure comme personnage dans une des nouvelles du recueil.

Il paraîtrait aussi qu’écrire des nouvelles est désuet, que les éditeurs hésitent à publier ce genre de littérature, que ce genre de littérature est réservé aux écrivains qui ne sont pas assez doués pour écrire un livre de 200 pages. Ben voyons ! Moi, je dis que réussir à conter en quelques pages toute une histoire n’est pas donné à tout le monde. Je dis que réussir à réitérer cette prouesse pendant 20 nouvelles qui déclinent la même thématique, à savoir l’amour, c’est très culotté. Et enfin, je dis que peindre l’amour en prenant tour à tour le rôle d’un homme amoureux, d’un petit garçon, d’une femme, d’un tueur en série, d’une mère, d’une salope et j’en passe, le tout avec des teintes aussi nuancées que peuvent l’être la haine, l’indifférence ou la passion, c’est tout simplement du talent !

Extraits (Je ne vous indique pas le titre de chaque nouvelles, vous lirez le livre pour les reconnaître !) :

« Je suis une salope.

Ma mère m’a toujours affirmé qu’il ne fallait pas jamais dépendre d’un homme. Que la vie de couple était une guerre dans laquelle il y avait toujours un gagnant et un perdant. Et que les femmes de la famille ne devaient jamais être vaincues. »

« Et puis je t’ai imaginée nue, avec un autre homme. La première fois, bizarrement, ça m’a excité. Je suis sorti d’un rêve où je te voyais faire l’amour. Je me suis réveillé avec une érection mais, quand j’ai refermé les yeux, j’ai bien cru que j’allais mourir. Comme dans un film, il y a eu un zoom arrière et le visage de celui qui te dévorait le ventre n’était pas le mien. »

« Dans la vie d’un garçon, il n’y aura jamais rien de plus important que de manger les fesses des filles… »

« Dans Marie-Claire, j’étais même « livre du mois ». Bon, je n’étais pas persuadé que la chroniqueuse avait vraiment aimé mon livre. Ou si elle avait préféré ma peau. Car, bien entendu, pour être sûr d’avoir une bonne chronique, je l’avais séduite. Je lui avais fait le grand jeu, petit déjeuner au Flore, dîner sur une divine petite terrasse cachée au fin fond du XVIIe arrondissement et une nuit torride à l’hôtel Murano. Elle n’était pas très jolie, mais je m’étais appliqué. Et quand j’ai vus ses orgasmes monter dans ses yeux, j’ai su très vite que j’avais toutes les chances d’être bombardé « livre du mois » . Le seul problème, c’est que mes talents d’auteur n’ont pas dû peser lourd dans la balance. Et que c’est ma langue et mon sexe qui sont livre du mois de mars dans le magazine Marie Claire. Pour mon ego, je reconnais que ce n’est pas très bon… Mais il paraît que c’est comme cela que ça marche. Je me demande si Marc Lévy a été obligé de faire la même chose pour avoir de la presse lors de la sortie de son premier roman. Remarquez, il a des critiques vraiment mauvaises, le Marco. Il vend des centaines de milliers d’exemplaires, mais il se fait tailler par tout le monde ou presque. A croire que c’est un amant déplorable… »

« Je pousse la porte du bureau et je m’affale sur mon fauteuil. Comme toujours, je suis la première arrivée. Pour une fois, c’est pas plus mal. Je n’ai pas dormi de la nuit et je sens que je suis à bout, prête à fondre en larmes à la moindre contrariété. Il est 8 heures du matin, j’ai envie de vomir, envie de pleurer, envie de partout sauf ici, mais il faut que je tienne le coup… »

« Très chère, vous avez perdu votre pari. Je viens de me taper le cousin d’Antoine. Petite bite mais langue très agile…

- T’es vraiment grave, Camille, tu sais que sa femme est enceinte de sept mois ?

- Bien sur que je suis au courant. J’adore… »

20 nouvelles douces, amères, fondantes, cruelles, cyniques, passionnantes, plaisantes. 20 nouvelles pendant lesquelles Bruno Godard nous plongent dans la vie de personnages qui nous ressemblent tant mais que tous nous nierons être nous. Manipulateurs, maladroits, misérables, flamboyants, non, non, non, cela ne se peut pas, nous ne sommes pas ainsi. Or, nous sommes tous humains et devant l’amour, tous aussi démunis. Ou presque.

Regarde-moi quand je t’aime, à posséder d’urgence pour savoir comment épater les filles. Ou les garçons ? Et surtout, à lire ! Non parce que, finalement, le fait que Bruno Godard mange des tripoux au petit-déjeuner, porte des chemises à rayures et éteint la Tour Eiffel d’un claquement de doigts, on s’en moque ! Et c’est même pas vrai d’abord ! Personne n’éteint la Tour Eiffel d’un claquement de doigts, si ? Z’êtes sûrs ?

Regarde-moi quand je t’aime, Bruno Godard, Hugo&Cie 240 pages 18 €

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Cali Rise

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