Toi aimer moi
« Moi vouloir toi moi vouloir toi de haut en bas de bas en haut sans bas ni haut sans haut ni bas moi vouloir toi » Scribe chantonnait cette vieille chanson de Françoise Hardy depuis que Dam lui avait posé ces questions : « Quoi toi dire ? Toi aimer moi ? » Scribe savait très bien botter en touche quand elle le voulait. « Et toi, toi aimer moi ? » avait-elle rétorqué. Typiquement féminin de répondre à une question par une autre question, avait souri Dam en lui collant un carton jaune. Typiquement masculin de ne pas se mouiller quand il s’agit de répondre à ce genre de question, avait-elle paré en se félicitant de ne pas avoir reçu de carton rouge. C’était quoi la punition d’un carton jaune, d’abord ? Aujourd’hui, ça signifiait être nue, à 4 pattes, dans une chambre tamisée et vingt minutes pendant lesquelles Dam aurait carte blanche.
Scribe savoura par avance ce temps imparti. Vingt minutes pendant lesquelles elle lui serait totalement soumise. Vingt minutes pendant lesquelles il aurait tous les droits. Vingt minutes de contacts évasifs ou appuyés, de dégustations, de possessions, oui, elle s’en pourlécha l’âme, ivre d’une intense soif de lui.
Dehors, la pluie incessante bat les ailes des oiseaux en habits noirs sans chapeaux claque. Dehors, des voitures frémissent sur la peau humide de l’asphalte. Le rideau est tiré devant ce voile dégoulinant et dans la pénombre feutrée, Scribe se déshabille devant Dam. La pose prise, elle attend le cœur fébrile. Lui aussi patiente. Il la reluque docile. Vingt minutes. Vingt belles et bonnes minutes. Il la contemple encore et s’avance, tout en souplesse, parce qu’il sait déjà que ces vingt minutes vont être trop courtes, beaucoup trop courtes.
Scribe soupire et gémit, ronronne et râle. Pendant vingt minutes, Scribe déguste ses caresses en se mordant les lèvres, en crispant ses doigts dans l’épaisseur du tapis. Elle voudrait le toucher. Elle le voudrait tellement. Son corps se cabre et se libère. Vingt minutes de perversions et de luxure complice. Vingt minutes pendant lesquelles Scribe profite de toutes les occasions pour le lécher ou le manger dès que le corps de Dam frôle sa bouche. Elle le savoure. Elle le savoure tout en imaginant ce qu’elle lui fera subir plus tard, quand les vingt minutes… Et pourquoi seulement vingt minutes, d’abord ?
« Cela te poserait un problème si moi aimer toi ? » « Je crois que non. » Ils sirotaient leur verre, assis dans un fauteuil. Un jour, Scribe lui ferait goûter de la Belle Cream ou une Diva. Un jour. Quand ils douteraient un peu moins. Un tout petit peu moins. Elle le laisserait choisir s’il la voulait volage, impertinente. Eclatante ou sophistiquée. Ou naturelle, sur des glaçons. Quoiqu’un Grande Champagne âgé de 32 ans avec une goutte d’eau minérale plate… C’était juste une question de portes à franchir ou à claquer. Sans crainte.





Leave a Reply