Histoire de culs

Elle était arrivée juste à temps pour mettre la main à la pâte. La voix de Rachid Taha se répercutait entre les murs. Té avait monté le volume sonore et s’activait derrière le bar. Scribe souriait. Les réunions unisexes, ce n’était pas trop son truc, sauf celle-ci. Quelques visages lui étaient familiers et encore, - le groupe s’était renouvelé -, les filles se déversaient dans la pièce en grappes polymorphes et polychromes. Avant, Scribe suait en leur compagnie dans une salle sous les injonctions rythmées et musicales de leur prof préférée. Justement, Ji arrivait les bras chargés d’une jarre transparente qui contenait visiblement de la sangria. Ji, toujours aussi mince. Ji toujours aussi maquillée. Seule sa coiffure avait légèrement changé.

La soirée s’annonçait bruissante de rires. Les tables furent installées dehors, pour profiter de la chaleur estivale. Les voisins allaient être contents. Il suffisait de quelques verres d’alcool pour que Té entame des débats. « Ils ne pouvaient pas instaurer les vacances mardi au lieu de terminer l’année jeudi ? » Beaucoup travaillaient dans les écoles. Qui était institutrice. Qui était prof. Qui était aide-maternelle. Un brouhaha s’ensuivit où entre deux exclamations, Scribe capta que tout était de la faute des parents qui éduquaient mal leurs enfants, qu’avant on n’apprenait pas mieux à lire ou à écrire et que, de toute façon, peu de personnes étaient scolarisées, surtout chez les filles. Une goutte de sangria tomba sur sa robe bleu turquoise. « Elle a écrasé mon chien » « Vu son poids, elle ne doit pas sentir son pied appuyer sur l’accélérateur » Té alla jusqu’à demander à une amie de Ji pourquoi elle ne venait plus à la gym. « Je suis trop prise. Tir. Club canin » « Tu dresses qui ? » « Son chien, Té. Pas son mec. » A la repartie de Scribe, Té manqua de s’étouffer. « En fait, c’est une femme qui a du chien » « Ouiii. Tu as raison. Tu es une femme qui a du chien… J’ai jamais compris quel plaisir pouvait ressentir une femme en manipulant une arme » « C’est un milieu très masculin » Scribe observait la tireuse. A part son maquillage fondu, rien ne la distinguait vraiment d’un homme au niveau vestimentaire. Cul plat. Hanches droites. Des bourrelets de graisse. Beurk. Elle n’avait jamais trop apprécié cette fille. Peut-être parce qu’elle était trop proche de Ji. Ou du mari de Ji, Jan. De quand datait cette soirée où Jan avait laissé échapper que s’il pouvait, il l’embrasserait ? « J’adore ta bouche, Scribe. Tu as une bouche qui… » « Embrasse-moi, alors… »

D’un coup, on décida d’abandonner les amuse-gueule et le vin pour aller prendre ce fameux cours de danse orientale. Sabine, d’origine kabyle, distribua des foulards de crêpe ornés de sequins avant de chercher dans tous ses morceaux de musique un air où la derbouka n’imprimait pas un rythme trop rapide. Nus pieds, toutes les filles tentèrent d’imiter ses pas et ses déhanchements. « Arrête tes gling gling, je n’entends pas les miens ! » « Tiens, c’est cela d’avoir un cul bien large. Quand je remue les hanches, ça s’entend ! » « Remontre ton mouvement d’épaules ? » « Mais comment vous faites ? Hé ! Mais comment vous faites ? » « Regarde, tu remontes la hanche comme cela. Puis l’autre. Encore. Encore. Maintenant, avance… Allez, on rentre et on sort le ventre ! » « Hé ! Mais comment tu fais ? Hé ! » « Regarde Scribe, elle y arrive parfaitement »

Plus tard, Scribe avait allumé une cigarette. Le bout rouge avait clignoté dans la nuit. Elle rentrait pieds nus, les lunettes de soleil dans une main. Le macadam était chaud sous ses pas. Son téléphone vibra. Toi et ta robe bleue… Je te veux, toi, cette robe, pieds nus, dans ma chambre ! Ce n’est pas pour autant qu’elle accéléra son allure.

Dans la pelouse reverdie par la dernière pluie d’orage, le pic épeiche sautille à la recherche de vers suicidaires. Deux jours ! Cela va faire deux jours qu’il n’a pas donné de nouvelles. Va te faire voir, Dam ! Moi aussi, je sais me faire désirer. Putain de lui ! Scribe saisit l’album de Rodrigo y Gabriela. Stairway to heaven. Les dieux s’étaient penchés sur leurs berceaux, aucun doute ! N’empêche, elle lui offrirait bien la photo de son joli postérieur juste pour…

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Cali Rise

No Responses to “Histoire de culs”

  1. Et à son pauvre admirateur parisien, Scribe n’a jamais eu envie de lui envoyer une photo de son joli postérieur ? ;-)

  2. Rires. Scribe est un personnage. Personne ne peut la prendre en photo.

  3. “Un a posteriori est un a priori favorable d’un homme envers une femme qui a un beau postérieur.” Marc Escayrol

    L’avantage de ce beau personnage est qu’il possède exactement les formes qui en font à mes yeux, la femme parfaite…

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