Le stress du raton-laveur

L’averse dégouttait sur les arbustes et les fleurs. Le jaune vert de l’alchémille rivalisait de brillance avec les diamants de pluie qui s’accrochaient à ses feuilles semblables à celles des géraniums. La lumière crue obligeait à fermer à demi les yeux. Surtout après une nuit courte. Scribe fumait sur le pas de sa porte. Le chant des oiseaux envahissait son silence sans vraiment la gêner. Elle claqua la porte, son mégot à la main.

Il lui restait à terminer de lire Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites. La jeune femme avait préféré délaisser Elle s’appelait Sarah, ce roman lui tirait trop de larmes. Allongée sur le canapé orange, Scribe était totalement plongée dans sa lecture, ses pieds nus posés sur l’accoudoir. Sous ses jambes, le siamois dormait les quatre fers en l’air, occupant sa place habituelle. Hier, elle avait commencé sa lecture dehors, au soleil. « Vous m’aviez dit que c’était à nouveau du Marc Levy. ;-) Je le lis, je le ressens… Je vous préviendrai quand l’article sera en ligne. Et je vais pouvoir vous lire en lézardant sur ma pelouse, le pied, non ? »

A une heure du matin, Scribe avait achevé le roman. La rédaction de la critique viendrait plus tard. Elle songea un instant à son père à qui elle n’avait pas parlé depuis plus de vingt ans. Il était peut-être mort ? Et puis, c’était lui qui était parti sans laisser d’adresse. Elle éteignit la lampe et parcourut les pièces dans le noir. Le chat avait choisi de sortir depuis longtemps. En ouvrant la fenêtre sur la nuit, le cri du chat-huant lui parvint, le coassement des grenouilles aussi. Vendredi, Scribe prendrait la route. Pour une semaine. Il était grand temps qu’elle rende visite à sa mère. Ce putain de cancer leur laisserait bien un peu de répit. Pourquoi pas, après tout ? Une semaine, c’était si peu. C’était si… tant.

« Tu me manques ». Avait-elle rêvé ces mots ou Dam les avait-il réellement prononcés ? Le souvenir d’une lame effilée courant sur sa peau brunie la fit sourire. Même pas peur ! Ses doigts glissèrent entre ses cuisses pour remonter rapidement à ses narines. Son odeur l’envahit à nouveau. « Alors oublie. Oublie ta veste, sa doublure, ma robe et la photo de mon cul. Oublie tes pulsions… Une lame, oui. Et toi. » « Mais toi d’abord. Toi. »

Un raton-laveur est un animal nocturne. Comme le chat. Même stressé, un chat pouvait ronronner. Et un raton-laveur ? Un jour, elle porterait un masque noir bordé de blanc. Scribe se le promit. Baiser masquée… Avec Dam, tout était permis.

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Cali Rise

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