Des roses et des orties, Francis Cabrel
Palabrez sur Francis Cabrel l’humaniste serait indécent. Quand un nouvel album de cet artiste paraît, il faut toujours s’attendre à s’en prendre plein la tête. Avec Des roses et des orties, on s’en prend plein la gueule. Certaines personnes plus que d’autres, nettement. Ou alors, elles sont définitivement sourdes et aveugles.
« Qu’un homme dorme su le bitume Ça n’a pas l’air d’inquiéter Les cardinaux en costume Derrière les vitres teintées » (Les cardinaux en costume). « Adossé à un chêne liège Je descendais quelques arpèges En priant Dieu, Bouddha que sais-je Est-ce que tu penses à nous un peu ?… On a dressé des cathédrales Des flèches à toucher les étoiles Dit des prières monumentales Qu’est-ce qu’on pouvait faire de mieux ?… Sommes-nous seuls dans cette histoire Les seuls à continuer à croire Regardons-nous vers le bon phare Ou le ciel est-il vide et creux ? » (Le chêne liège). « Elle marche d’une manière Qui amuse les passants Comme, comme si on vivait pour plaire Sous leurs applaudissements Elle n’a plus toute sa tête Ce n’est plus qu’un pantin Nous n’en sommes peut-être pas loin… Un mari qui la frappe Un fils trop tôt parti Et le cygne s’échappe / Et je vous suis » (Le cygne blanc). « Vous, vous êtes et nous, nous sommes Des hommes pareils Plus ou moins nus sous le soleil Mêmes cœurs entre les mêmes épaules Qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école Si on y oublie l’essentiel ? On partage le même royaume Où vous, vous êtes et nous, nous sommes… » (Des hommes pareils). « Est-ce que l’Europe est bien gardée ? Je n’en sais rien Est-ce que les douaniers sont armés ? On verra bien Si on me dit, c’est chacun chez soi Moi je veux bien, sauf que chez moi Sauf que chez moi y’a rien Pas de salon, pas de cuisine Les enfants mâchent des racines Tout juste un carré de poussière Un matelas jeté par terre Au dessus… Inch’allah Vous vous imaginez peut-être Que j’ai fait tous ces kilomètres Tout cet espoir, tout ce courage Pour m’arrêter contre un grillage » (African Tour)
Vous l’aurez compris, l’album contient des chansons qui sont loin d’être insouciantes. Interrogez-vous semble nous dire Francis Cabrel : « Vers quel monde, sous quel règne / et à quel juge sommes-nous promis ? » (Des roses et des orties). Francis Cabrel prend position et taille des costards avec précision : les hommes politiques et autres bien-pensants donneurs de leçons, aux orties. Les roses, c’est l’amour et la tendresse, la poésie : La robe et l’échelle (sa première chanson érotique !), Né dans un bayou (adaptation rock d’une chanson de John Forgerty) et Madame n’aime pas (adaptation plus que groovy d’une chanson de J-J Cale) et surtout, surtout Mademoiselle aventure dans laquelle Francis Cabrel parle à la mère de la petite fille qu’il a adoptée « Mademoiselle l’aventure Vous avez posé sans bruit Roulé dans sa couverture Un petit ange endormi On arrivait de nulle part On l’a serré contre nous Ce qui ressemble au hasard Souvent est un rendez-vous Mademoiselle le mystère Evanouie pour toujours Vous serez toujours la mère Nous serons toujours l’amour… Vous êtes sûrement très belle Comme ce petit miroir de vous qui s’endort contre mon aile C’est tout ce que je sais de vous ».
Des roses et des orties, un album piquant et parfumé. Dense. « On ferait des chansons A la société Pour en dénoncer les dérives Et les absurdités Comme tirer sur un oiseau qui chante Une cartouche en plein cœur Mais on fait / des petites chansons hésitantes Et on regarde ailleurs. On dirait des choses essentielles Et de toute beauté Comme on serait né avec des ailes ça serait pas compliqué On aurait des mots qui touchent / et qui transpercent Les traîtres et les menteurs Mais on fait des petites chansons / pour le commerce Et on tremble de peur » (Des gens formidables). On disait que vous êtes un Maître, Monsieur Francis Cabrel, que vos mots font bouche et que cet album, Des roses et des orties, est à écouter avec intensité.
Des roses et des orties, Francis Cabrel, Sony BMG
Site officiel de Francis Cabrel















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