Interview de Denis Boulard

Denis Boulard est l’auteur de Prière de pardonner. Il est aussi journaliste politique. J’aurais dû me souvenir, pour l’avoir déjà pratiqué, que Denis maniait aussi bien l’humour qu’il fait parler les bénitiers. Aurais-je moins de mémoire qu’un bénitier du IXe siècle ?

1. Qu’est-ce qui vous a décidé à choisir ce narrateur atypique comme personnage principal de votre roman ?

Il était le seul à avoir une telle mémoire… et le seul, ainsi, à pouvoir faire des parallèles entre la situation contemporaine et ce qui s’est déroulé dans le passé. C’était donc un narrateur idéal.

2. Savez-vous si l’histoire de Prière de pardonner a été mal reçue par certaines personnes ? Je pense notamment à ces grenouilles de bénitier ou aux intégristes, par exemple.

Les échos que j’en ai sont plutôt curieux ou étonnés. Jusque-là, nul ne m’a insulté et nul n’a voulu me conduire au bûcher ! Mais, bien évidemment, tous les lecteurs n’ont pas pris le temps de me donner leur avis !

3. Au cours de l’écriture de votre manuscrit, vous est-il arrivé de penser comme un bénitier ?

Parce que l’on se connaît bien à présent, chère amie, je vais vous pardonner cette étrange question… et même tenter d’y répondre ! Non, je le confesse, je n’ai jamais pensé comme un bénitier… même s’il peut m’arriver d’être lourd !

4. Etes-vous de ces auteurs qui doivent pénétrer intimement le milieu dans lequel leurs personnages vont évoluer ?

Certes… si non, comment serait-il possible de faire des descriptions plausibles et de dépeindre des ambiances ? Je n’ai clairement pas assez d’imagination…

5. Certaines scènes du roman sont très violentes. Etiez-vous sous l’emprise d’une drogue lorsque vous les avez écrites ?

Je vais vous décevoir. Ou vous effrayer. Mais non, je ne travaille sous l’emprise d’aucune drogue, en dehors du silence et d’eau minérale pétillante.

6. Le pape a réuni des centaines de milliers de personnes il y a peu de temps à Paris. Quel orateur serait capable d’en faire autant actuellement, ou accessoirement, de dépasser ce chiffre et pourquoi ?

Réunir du monde de nos jours, c’est-à-dire, pour faire simple, sortir les gens de devant leurs écrans de télévision, impose de « vendre » du rêve… après, chacun a ses rêves ! Certains vont les chercher dans la spiritualité, d’autres dans des compétitions sportives, par exemple. D’autres prennent soin de préserver leur jardin secret et les rêves qui y vivent…

7. Avoir la foi signifie-t-il l’imposer aux autres ?

Malheureusement, les deux vont trop souvent ensemble ! Et rares sont les officiants religieux qui font vraiment preuve de tolérance. Et acceptent les différences. C’est bien dommage qu’ils lisent si mal les textes qu’ils veulent trop souvent imposer aux autres…

8. Si on observe l’Histoire, la plupart des guerres ont souvent été déclenchées par des histoires de religion. Religion et respect sont-ils deux mots obligatoirement antagonistes ?

J’aimerais ici insister sur un point de Prière de pardonner. Je ne m’attaque pas dans ce roman à la religion, sous quelque forme que ce soit ! En revanche, et c’est le sens de vos deux dernières questions, oui je dénonce ceux qui font preuve d’intolérance. Plus que tout autre domaine philosophique, la religion devrait être, de mon point de vue, le siège du respect d’autrui. Est-ce le cas aujourd’hui ? Etait-ce le cas hier ? C’est l’une des questions de ce roman. Pour la réponse, je laisse chacun en juger !

9. Le bénitier aime son vieux prêtre et détient beaucoup de secrets. D’année en année, l’Eglise catholique déplore le peu d’engouement des jeunes hommes pour embrasser la prêtrise. Que lui faudrait-il changer, selon vous, pour que de nouvelles vocations naissent ?

Soyons clairs : je n’en sais rien. Et ce n’est d’ailleurs pas mon problème ! De ma planète, lointaine, le Vatican devrait sans doute se montrer plus progressiste, c’est-à-dire accepter de regarder la société telle qu’elle est, et non telle qu’il voudrait qu’elle soit ! Je pense ici, par exemple, au célibat des prêtres…

10. Qu’aimeriez-vous que les Hommes pardonnent aujourd’hui ? Et vous, qu’avez-vous / qu’auriez-vous le plus de mal à pardonner ?

Là encore, je vais répondre à votre question du bout des lèvres. Qui suis-je pour donner des leçons ? Asséner des vérités ? Que chacun pardonne ce qu’il veut pardonner ou peut pardonner ! Certains sont bien incapables de pardonner, considérant que c’est une lâcheté, une suprême lâcheté. Pour ma part, mais c’est une réalité déjà maintes fois évoquée, je tente d’écrire pour ne pas avoir à dire. Reste à savoir si certaines personnes sont capables de me pardonner cela… mais cela ne vous regarde pas, chère, très chère amie !

Prière de pardonner, Denis Boulard, Editions de l’Aube

 

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Cali Rise

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