La fille du rabbin de Reva Mann

Reva Mann est la fille d’un des rabbis les plus respectés de Londres et la petite-fille d’un des rabbins fondateurs d’Israël. Elle vit aujourd’hui à Jérusalem avec ses trois enfants et tient une chronique hebdomadaire pour le Jewish News London et le Jewish Advocate Boston.
La fille du rabbin est un livre document. Comme le précise l’auteur au tout début, les noms et autres détails permettant d’identifier les gens dans ce livre ont été changés afin de protéger leur vie privée. Certains évènements ont également été condensés, développés, ou chronologiquement modifiés pour mieux refléter la perception particulière qu’elle avait de leur sens et de leur importance.
Quoi qu’il en soit, La fille du rabbin raconte avec une rare franchise (cf. En souvenir du Dr Alfred Seyman (Gershon) qui m’a encouragée à tout dire, tel quel.) l’itinéraire chaotique d’une jeune fille juive sans cesse déchirée entre rébellion et piété, tradition et modernité.
Reva Mann mène une adolescence sex, drugs and rock n’roll à Londres aux côtés de son père, un rabbin qui ne refuse pas le monde actuel, et de sa mère dépressive et alcoolique. Aucun des deux ne soucient particulièrement de comment se passent ses journées. Délaissant ces vêtements de jeune fille de bonne famille, Reva revêt mini-jupe et talons aiguilles pour se réfugier dans des squats où elle, sous l’emprise de la drogue, elle s’offre sans retenue aux goys qui se trouvent là.
Lasse de cette vie de luxure, Reva se sépare d’avec Chris son petit ami non-juif et part s’installer à Jérusalem pour étudier le métier de sage-femme. Elle espère aider des femmes à accoucher sans qu’elles aient à supporter des accidents tel que celui que sa mère a eu à subir lors de la naissance de sa sœur aînée, Michelle. A Jérusalem, Reva va très vite intégrer une yeshiva dans laquelle on observe les règles juives orthodoxes. Terminés les vêtements à la mode occidentale, ici, le port des jupes longues et des tuniques informes qui recouvrent le corps est obligatoire. Celui du fichu aussi. Bien qu’elle souffre terriblement de ce carcan qui l’enferme, la jeune femme veut à tout prix réussir à trouver Dieu. Elle pense y accéder en acceptant un mariage arrangé avec Simcha, un étudiant repenti tout comme elle.
Dans La fille du rabbin, tous les rituels (mikvé ou bain purificateur, rapports de couple codifiés) sont décrits avec justesse et intelligence, sans concession. Plein d’humour, ce livre explique comment Reva va avancer dans son chemin de vie en finissant par divorcer de son mari après avoir été abandonnée par un nouvel amant cocaïnomane, en réussissant à faire la paix avec Dieu, ses parents et, surtout, elle-même. Un portrait osé qui n’hésite pas à dire que les femmes juives orthodoxes peuvent avorter s’il en va de leur bien-être. En nous racontant son histoire brutale voire même choquante, Reva Mann nous introduit dans l’univers secret du judaïsme orthodoxe sans jamais dénigrer les uns ou les autres.
« C’est ainsi que je dois vivre pour trouver la paix, réunir le sacré et le profane, les fondre l’un dans l’autre au lieu de ricocher sans cesse de l’un à l’autre… Tout en fredonnant « C’est une mitzva d’être toujours heureux », je nous regarde, mes trois beaux enfants et moi-même, vivant mon rêve de toujours, et je me dis que ce soir, enfin, j’accomplis une mitzvah. » Extrait de La fille du rabbin de Reva Mann
La fille du rabbin est un très beau témoignage d’amour et de respect. Passionnant, fort et émouvant.
La fille du rabbin, Reva Mann, Editions JC Lattès 350 pages 20 €











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