Le manoir aux chats
Perdu au milieu du grand Tout, il existe un manoir où seuls quelques êtres peuvent se rendre. Nul ne sait vraiment comment ils en dénichent l’adresse exacte mais le fait est que ces hommes et ces femmes se reconnaissent et finissent par y accéder. Bien sûr, autant ces personnes sont rares autant leur manoir l’est.
Elle l’imagine de briques rouges comme Hatfield House avec une chapelle entourée d’une roseraie et de buis taillés ou tout vêtu de pierres blanches avec une chambre où trônerait un immense lit à baldaquins à la parure écarlate. Elle l’imagine peuplé des fantômes de Jane Grey et de Thomas Wyatt et parfois, de celui d’Ann Boleyn, sa maîtresse. Lui, le visualise telle une gentilhommière normande cernée d’eaux brumeuses et de grands arbres aux feuilles mouvantes, l’intérieur tout de poutres de chêne, de planchers craquant sous leurs pas et d’immenses fenêtres aux yeux loin voyant. Un doigt posé sur ses lèvres charnues, la jeune femme lui ordonne de se taire : « Chut ! Ecoute ! ». Alors, elle lui raconte leur manoir :
C’est une grande maison dont les murs sont envahis de baies vitrées et de colombages noirs. Par endroit, une vigne vierge mange la façade. Dans le parc arboré se nichent une chapelle, une imposante orangerie et un colombier, courent de nombreux ruisseaux. L’air est saturé de parfums de différente nature. Le hall d’entrée est vaste, un escalier majestueux dessert les chambres. Dans la cuisine, la cheminée occupe tout un pan de mur. Le salon est occupé par des divans nappés de coussins colorés. A l’intérieur, la lumière du jour y est tamisée par de savants voilages. La nuit, l’éclairage indirect nimbe les lieux d’un doux éclat. Tu m’attendras dans la salle de bain, entièrement nu, le corps huilé, debout face au grand miroir. Quand j’arriverai, le reflet de ma silhouette harnachée de cuir te tirera un gémissement, accusant ta cambrure. Les talons de mes cuissardes accéléreront un peu plus les battements de ton cœur. Dans ton dos, mes mains gantées caressant tes fesses, je murmurerai des insanités au creux de ton oreille. Tu me verras défaire un gant, puis l’autre, les jetant au sol juste avant que mon majeur n’appuie sur ta lèvre, juste avant qu’il ne s’enfonce dans ta bouche. « Suce, ma garce, suce. Ce soir, je me paie ton joli cul. » Et pour appuyer mes dires, je sortirai d’entre mes seins une poignée de billets que je frotterai à ta raie, à ton sexe. L’éclat de tes yeux deviendra encore plus brillant. Tu émettras une plainte déguisée en râle quand tu apercevras le fouet, pendant à mon poignet. C’est en te tenant par ta queue épaisse et dure, longue et douce, que je t’entraînerai dans une autre pièce.
La lune rousse frappera aux carreaux. Un feu brûlera dans l’âtre, gerbant de temps à autres de petites étincelles rouges et jaunes sur le plancher. Du plafond pendra une chaîne et au bout de celle-ci, un cerceau étrange muni d’un mécanisme savant qui me permettra d’obtenir des rotations et des révolutions. Je t’installerai dedans tel l’Homme de Vitruve, mains à hauteur de ta tête, jambes légèrement écartées. Ainsi crucifié, tu seras totalement à ma merci. Je jouerai du fouet, de la langue et des doigts, des paumes et de la voix. Je t’insulterai, te claquerai le cul. Je te giflerai avant de t’embrasser ou de te lécher. Ta raison quittera la Terre pour laisser libre cours à ton animalité. Tu pleurnicheras des « encore » et des « prends-moi ». Je jouirai de mon pouvoir absolu, te traitant de catin et de pute en manque, toi, mon mâle. Te sortant de cette roue de luxure, je t’habillerai de dentelle et de soie et te maquillerai les lèvres d’un rouge gras pour te faire ramper ou marcher à quatre pattes, roulant du cul ainsi qu’une traînée chaloupant sur un trottoir. Ecartant ton string, je glisserai mon visage entre tes deux globes de chair pour mouiller ton anus avant d’y enfiler le manche de mon fouet. Tu seras penché à la fenêtre ouverte, gueulant de plaisir à en réveiller les morts. Puis, seul, tu me vamperas, m’offrant un strip-tease des plus lubriques. Tu ne garderas que tes bas. Nous retournerons alors dans la salle d’eau transformée en étuve pour découvrir sous la douche, au milieu des vapeurs, une shemale à la peau caramel. Il ne me faudra pas beaucoup insister pour guider ta bouche sur son gland violacé. Vorace, tu l’aspireras en une gorge profonde. Je te laisserai la pomper, m’occupant et de sa bouche et de son cul. Plus tard, je lui offrirai le tien. Cramponnée à tes hanches, elle te labourera à grands coups de reins. A ce moment-là, nous serons tous les trois sur ce grand lit à baldaquins, dans la chambre à coucher. Mon corps sera sous le tien, ma bouche soudée à la tienne, buvant tes feulements, noyant les miens.
Dans ce manoir aux chats, où les lâcher-prises sont de mise, où seuls toi et moi pouvons pénétrer, où les murs changeront de place au gré de nos envies, il existera aussi des scènes liquides où accroupie devant toi, ma langue se fera coupe pour recevoir ta pisse, des scènes liquides où à genoux face à moi, tes yeux enregistreront la seconde à laquelle les miens te signaleront l’arrivée de ma pluie dorée, mousseuse et pamplemousse. Et toujours, dans un recoin de mon cerveau, je me demanderai à quel instant précis tu reprendras la main pour m’imposer ta loi, toi, mon putain de mec.





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