Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l’auteur de Surhumain. La ligne de tir sort le 24 mai 2012. Extrait Un matin, alors que Jade prenait son petit déjeuner sur la terrasse, son compagnon de villégiature apparut, nu, le visage marqué par la douleur et par la peur. Un jeune homme à l’œil droit maquillé, à [...]

Pattaya Beach de Franck Poupart

Quand Franck Spengler (directeur éditorial des Editions Blanche) évoque Pattaya Beach, il s’enorgueillit qu’il ait été reconnu comme « le meilleur livre érotique de ces dix dernières années » par un ensemble de critiques anglo-saxon. Je serais plus incisive. Pattaya Beach n’est pas un roman érotique, c’est un livre bourré de fric, d’alcool, de sexe, de drogue et de nuits sans sommeil. Pattaya Beach est notre histoire.

Pattaya Beach est avant tout un documentaire réaliste, un road movie exotique où des hommes crevant de solitude sous le ciel livide et glacé européen découvrent sur les rivages du golfe de Thaïlande qu’ils ne sont pas encore morts.

A l’origine, Pattaya est un petit village de pêcheurs thaïlandais, au sud-est de Bangkok. Ce sont les militaires américains qui l’ont fait connaître pendant la guerre du Viêt Nam. Fin des années 60, les bungalows et les restaurants poussent comme des champignons et dès les années 80, les touristes affluent. Russes, Indiens, et Chinois y viennent en masse, suivis de près par les Européens. Beach Road et Second Road sont les deux avenues parallèles qui découpent Pattaya. Elles sont toutes les deux reliées par des rues perpendiculaires appelées soi. L’activité y est frénétiquement axée sur le divertissement sexuel au travers de bars, de cabarets et de discothèques où se produisent des travestis, des chanteurs et des danseurs et où fleurissent des bar girls (filles de bar) qui se vendent au plus offrant pour un short time (passe durant de quelques minutes à deux heures) ou un long time (passe d’une nuit). La plupart de ces money girls (prostituées) recherchent l’homme idéal au jai dam (bon cœur). Ces filles redoutent le butterfly (l’homme volage, infidèle, papillon) et encore plus les Farangs (Occidentaux), ces pak waan (bouche sucrée, flatteur, homme promettant beaucoup aux filles) qui sont, la plupart du temps, de vrais pingres.

On pourrait croire que Pattaya Beach est un hymne au tourisme sexuel. Or, il n’en est rien. Pattaya Beach est une quête initiatique. Au travers de destins croisés réunis par des rêves inaccessibles, Franck Poupart décrit parfaitement l’extrême solitude, la recherche du grand amour et la face cachée des grandes entreprises françaises qui annihilent la personnalité de leurs employés.

Faut-il pour autant plonger dans les nuits interlopes d’une plage thaïlandaise pour se trouver soi-même ? En tout cas, c’est ce qui arrive dans ce roman au personnage principal, marié et père de deux enfants.

Ecrit au scalpel, Pattaya Beach résonnera longtemps en vous après que vous en ayez tourné la dernière page. Certains coups de poings dans la gueule méritent d’être donnés et reçus pour qu’ensuite, on regarde la vie avec différemment. Vivent les rééditions !

Pattaya Beach, Franck Poupart, Editions Blanche 364 pages 13 €

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Cali Rise

7 Responses to “Pattaya Beach de Franck Poupart”

  1. Un ami me l’avait conseillé. Je l’ai acheté hier après midi à la FNAC rue de Rennes et impossible de le lâcher avant la dernière page. Difficile de le résumer. Bien sûr on pense à Céline pour le style et à Houellebecq pour le thème. Il y a quelques maladresses de premier roman, quelques phrases un peu trop longues qu’il aurait fallu élaguer mais au final on est captivé de bout en bout. Ce n’est pas vraiment un bouquin de cul ni une histoire d’amour même si la figure féminine de Toy domine on sent bien qu’elle n’est que la cristallisation de ce que projète le narrateur. Je ne connais pas la Thaïlande mais elle nous imprègne par tous les sens, à commencer par l’odorat. Il y a beaucoup d’odeurs dans ce livre inclassable : odeurs de cuisine thaïlandaise, de sexe, de corps, de merde. D’ailleurs ça commence par un « remugle de chiasse sucrée ». L’auteur a la quarantaine et se retrouve à Pattaya un peu par hasard en y rejoignant un ami un peu paumé. Le vrai héros du livre ce n’est pas lui, ni l’ami nommé Gustin, ni même les filles de bar que l’on croise mais à mon avis la ville. Pattaya est décrit comme une chose vivante, monstrueuse et sacrée, une sorte de vortex marécageux où les destins s’entassent, grouillent, meurent. Pattaya ressemble à une initiation qui va métamorphoser le narrateur. Il y a clairement un avant et un après. Après c’est le retour en France, l’impossibilité de voir les choses comme avant, de reprendre le travail, la vie d’avant comme si rien ne s’était passé. La fin est déconcertante, elle apporte plus de questions que de réponses.

  2. La réédition en poche est une excellente nouvelle pour les aficionados. Pattaya beach ou plutôt Pattaya bitch ;-) c’est selon… n’était plus disponible en édition originale et se vendait à des tarifs de spéculateurs sur Ebay. Je garde précieusement mon exemplaire original.

    Paru chez Blanche en 2004, ce roman déjanté est très vite devenu culte chez tous les drogués de Pattaya et la vie nocturne thaïe. Il a été adapté à l’écran par Arte sous le titre de « Lady Bar » par Xavier Durringer dans une forme légèrement différente et allégée. Ecrit à la première personne et clairement autobiographique, on y suit au jour le jour l’errance thaïlandaise d’un Français moyen englué dans le marasme occidental : couple en crise, entreprise en restructuration, vie devenue vide, perspectives sombres. Les Américains parleraient de MAC (Middle Age Crisis). Néons rouges des gogos bars, prédatrices en freelance, marines US en bordée, transexuels à tête de mort. Un étrange voyage au bout de la nuit siamoise.

    Publié après Plateforme de Houellebecq, à mon avis, Pattaya beach est bien plus qu’un roman érotique. La description de la mécanique du tourisme sexuel est très supérieure à celle décrite par Houellebecq qui s’intéresse peu à la psychologie des filles de bar. La seconde dimension qui fait de se livre un chef d’œuvre est l’analyse sans concession du malaise de la société occidentale. C’est d’ailleurs ce cocktail qui a déconcerté certains des amis auxquels j’avais prêté le livre car ce roman n’appartient à aucun genre connu. On va de scènes de sexe anal les plus crues à des passages d’une grande poésie en passant par des analyses politiques niveau troisième cycle universitaire.

  3. Dites, outre le fait que vous avez une sacrée plume, vous seriez aussi le réalisateur et scénariste ou vous préférez vous cacher derrière son nom ? ;-)

  4. J’ai filé l’acheter. Impossible de le lâcher avant la dernière page. J’étais en Thailande l’hiver dernier ! Et bien je viens d’y retourner à trainer dans les soi avec les odeurs de riz frit, les chiens galeux, les filles souriantes, les néons et les idées qui se bousculent dans ma tête. Et puis le sexe, on est venu pour ça même sans vouloir l’avouer. Oscillation entre grande dépression et exaltation aigue ! La Thailande a été un choc pour moi, je vois que je n’ai pas été le seul. Juste un regret quand on tourne la dernière page et que c’est déjà fini, qu’il faut reprendre le quotidien gris en attendant le prochain voyage ou le prochain bouquin

  5. Plateforme et Hauteforme
    Un petit cadre en chute libre fuit sa vie de banlieue de merde entre couple en perdition et entreprise carcérale. Il glisse dans un Pattaya nocturne : Gogos bars aux néons rouges, filles caramel aux fentes somptueuses, nuits blanches. Le pauvre type ouvre les yeux étonné de respirer encore, de ne pas être déjà mort. L’escapade putassière devient vite une initiation qui le conduit vers une métamorphose lumineuse où les princesses aux yeux bridés réaniment un mort-vivant. Mais le micheton doit rentrer vers son Paris « nécropole » au ciel de plomb. Rien ne sera plus comme avant !
    Très grand texte ! On pense au Michel de Plateforme qui célèbre “l’appel immuable et doux de la chatte asiatique” lui aussi quadragénaire en pleine MAC (middle age crisis). Là où Houellebecq propose une analyse économique du tourisme sexuel, Poupart fouille les âmes, sort les tripes de tous ceux qui rodent dans les sois glauques.. avec la merde qui vient avec. Au travers des errances de ses personnages, Poupart instruit le procès du féminisme et du totalitarisme économique qui ont selon lui détruit Travail Famille et Patrie.. Il rejoint Houellebecq dans le désamour d’une société occidentale devenue invivable, une société prison où impose d’issue possible sauf la fuite, l’exil, se “tirer de ce merdier aussi rapidement que possible”.

  6. j’ai adoré ce bouquin,il ne m’a rien appris de plus et n’a fait que renforcer ma perception du quotidien ,je traîne mon ennui en France entre 2 voyages en Asie,j’ai découvert Pattaya il y a 10 ans,j’aime et je haïs cette ville en même temps et pourtant j’y reviens toujours sans doute pour rompre une routine si bien décrite dans le livre,avoir l’air d’exister or d’un système bien rodé et qui nous broie au profit d’une minorité,je n’attend qu’une chose,l’instant ou je prendrais mon billet sans retour…

  7. Juste un grand livre qu’on prend en pleine gueule.

    En fait il y a deux livres en un. La partie thaïlandaise est un concentré de sexe et de réflexions sur le tourisme sexuel.

    Mais la partie qui a le mieux vieilli est la partie française avec la description du système économique des firmes qui broie le personnage principal.
    La crise actuelle fait de cet auteur un visionnaire d’une lucidité terrifiante.

    Un regret? Qu’il n’y ait pas eu de suite à cet opus paru en 2004.

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