A toutes voiles et sans vapeur de Cali Rise
La jeune femme tourbillonnait sur elle-même entraînant à sa suite cette sorte de rideau qui flottait dans l’air et caracolait telle une feuille morte. Il songea aux amours mortes qu’on ramasse à la pelle. Il songea à sa voisine dont il aimait à contempler la silhouette de sylphide derrière la vapeur de sa douche quotidienne. Du coup, il songea à Renan Luce. Et puis, de là, aux vers de *Baudelaire, Luxe, calme et volupté. A quoi tenait la pensée, parfois ! Comment s’appelait déjà ce poème du grand Charles sans la Gaule. L’invitation au voyage… La gaule ! Depuis combien de temps n’avaient-ils pas fait l’amour elle et lui ? Se poser la question, c’était déjà reconnaître le problème non ? Et il sautait d’une pensée à une autre, glissant d’une idée à la suivante alors que devant lui, sa compagne poursuivait ses jacasseries de pie voleuse, sa ronde infernale de future mariée. Soudain, une grande lassitude l’envahit. Pire que cela. Il eut envie de la tuer. De la faire taire définitivement en l’étranglant dans ses voiles. Il eut une envie viscérale de lui bourrer toute cette blancheur bien profond, à lui éclater les amygdales. Mais ce n’était pas suffisant ! Il voulait du rouge. Du rouge sang. De l’hémoglobine palpitante de vie qui s’échappe sans retenue. Oui, ce fut fulgurant. Il fallait changer de cap et vite !
- TA GUEULE! Tu sais quoi? TA GUEULE! Je me tire.
Il se leva, se dirigea vers la porte, l’ouvrit et la referma derrière lui. Il respirait enfin librement. « Je suis un vrai voyageur » clama-t-il en descendant quatre à quatre les marches de l’escalier. Dans sa tête résonnait une strophe de *La mort des amants :
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux…










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