La fontaine mélancolique par Sylvain Kornowski
-« Ton amour et tes fleurs de lis, moi, ils ne me font rien, par contre, le champagne m’excite », dit-elle avec autorité en posant la coupe sur la table du salon, et elle déboucha savamment la bouteille. En se servant, elle me fixa et glissa avec une perversité qui me laissa pantois pendant quelques longues secondes : « Toi, tu ne boiras pas de champagne, tu me boiras, moi ! »
Je n’ai pas pu ni voulu cacher ma réaction immédiate à cette proposition à l’indécence troublante, elle l’a vue, on s’est souri, elle a pris une pile de kleenex qui se trouvait sur une des chaises et l’a posée sur la table en verre du salon : « Tu essuieras ton visage avec, après… ».
N’en pouvant plus, j’ai esquissé un mouvement vers elle, mais d’une main autoritaire, elle me fit signe qu’il me fallait encore attendre. Elle a bu lentement sa coupe de champagne, laissant chaque bulle imprégner sa peau qui se hérissait peu à peu de désir. Elle a détaché son bracelet, enlevé ses bagues, ôté ses boucles d’oreilles, et elle a jeté ses précieux bijoux à l’autre bout de la pièce avec un dédain propre aux femmes pour qui l’argent n’est pas un souci.
Elle me fit face et m’adressa un sourire que je pris pour une invitation. Une invitation à me jeter sur elle, à faire glisser avec avidité les bretelles de sa robe sur ses hanches rondes, à pétrir ses seins sublimes, à téter ses tétons fins et dardés de plaisir, à l’embrasser goulument pour partager la fraicheur de sa coupe au creux de sa langue virevoltante. Mon chibre me brûlait de désir, et j’aurais aimé la prendre, là, sur la table, sur la chaise, par terre, peu importait où, tant que je calmais cette ardeur tendue. Comme si elle entendait mes pensées, elle posa ses fesses sur la table, leva sa robe, écarta ses cuisses, « maintenant, tu me bois… ! ».
Alors, je lui ai obéi, léchant son con , ouvrant ses lèvres de ma langue experte, écoutant attentivement ses glapissements jusqu’à ce qu’ils deviennent des feulements, pinçant de mes dents son clitoris pointé et ému, caressant son ventre essoufflé, écartant plus encore ses cuisses en saisissant ses fesses humides. Ses hanches rebondissaient, répondant au besoin instinctif et impérieux de satisfaire son désir, je cherchais des yeux son visage mais il avait disparu derrière la cambrure de ses reins. Et puis, ses gémissements se sont transformés en hurlements, en cris animaux, jusqu’à ce qu’un jet chaud et huileux asperge mon visage maintenu avec force par ses deux mains compulsives. Je bus tout ce que je pus boire d’elle.
Son plaisir cessa rapidement, elle se redressa, constata avec amusement que mon visage était trempé, me tendit un kleenex dont je m’essuyais jusqu’au cou, après quoi elle releva ses cheveux en un chignon savant. Le désir me consumait toujours l’entrejambe, et un certain agacement me poussa à jeter dédaigneusement le mouchoir maculé à ses pieds. Je constatais alors que, dans l’action, une bride de ses chaussures à talons s’était défaite.
Elle s’assit sur une chaise et, pendant un moment d’absence élégante, ne m’offrit plus que son corps comme interlocuteur à mon désir, ce désir que j’avais extrait de mon pantalon, espérant la faire réagir, mais là, sa coupe de champagne à la main, les yeux dans le vide, les seins nus, elle me fit réaliser que l’amour avec elle était plutôt une fontaine mélancolique.
Sylvain Kornowski
3 romans publiés aux éditions Le Manuscrit : Télépathie, Disent les femmes et Les guerriers au repos. Romans disponibles sur les sites de librairie online comme Alapage, Amazon, France Loisirs, etc.






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