Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l’auteur de Surhumain. La ligne de tir sort le 24 mai 2012. Extrait Un matin, alors que Jade prenait son petit déjeuner sur la terrasse, son compagnon de villégiature apparut, nu, le visage marqué par la douleur et par la peur. Un jeune homme à l’œil droit maquillé, à [...]

Une éducation libertine de Jean-Baptiste del AMO : un roman fleuve !

Jean-Baptiste Del Amo est un jeune écrivain né à Toulouse. Une éducation libertine, qui raconte le destin du jeune Gaspard, est son premier roman.

 

Une éducation libertine mérite d’être appelé un roman fleuve, ne serait-ce que pour l’omniprésence de la Seine qui sédimente tout le récit. Bizarrement, le titre initial, Fressures (NDLR : fressure : ensemble des gros viscères d’un animal de boucherie), a été changé pour le titre actuel, Une éducation libertine. Or, ce titre-ci n’est pas sans rappeler celui du célèbre roman de Gustave Flaubert, L’éducation sentimentale. Pour la petite histoire, il faut expliquer que Jean-Baptiste Del Amo a la même manie que Flaubert : il déclame ses phrases à haute voix pour ensuite, pouvoir les affiner. Faut-il lui rappeler que cette habitude a joué un mauvais tour à son illustre prédécesseur puisque l’un de ses personnages féminins mène une grossesse qui dépasse en temps celle d’une éléphante ? Il faut dire que captivés par ce récit narratif, peu de lecteurs le remarquent.

 

Revenons à Une éducation libertine, mélange du Père Goriot d’Honoré de Balzac de par l’ambition de Gaspard qui n’est pas sans rappeler celle d’Eugène de Rastignac –ce bâtard Napoléonien aurait écrit Marthe Robert – , du Ventre de Paris d’Emile Zola – si ce n’est que Jean-Baptiste Del Amo ne décrit pas les Halles mais les quartiers de l’île de la Cité et du Pont des Changes – , du Parfum, histoire d’un meurtrier de Patrick Süskind – sauf que les parfums et les odeurs de Süskind sont beaucoup plus luxuriants que ceux dont parlent Del Amo – le tout saupoudré d’un nuage de sadisme qui pourrait éventuellement rappeler celui du marquis.

 

Qu’est-ce que vraiment ce roman ? Un exercice de style dans lequel Jean-Baptiste se serait essayé à approcher au plus près les plumes de ces glorieux écrivains ? Une immense page d’écriture sur laquelle Del Amo aurait tenté d’utiliser une majorité des mots figurant dans le Dictionnaire des mots rares et précieux (cf. : coruscant (brillant), breneuse (merdeuse), clepsydre (horloge qui indique la marche du temps par l’écoulement d’une certaine quantité d’eau, pupe (nymphe enclose dans le tégument du dernier stade larvaire) etc.) ?

 

Que penser de ce roman ? « Je lis Une éducation libertine. Tu en as entendu parler ? » « Ah oui ! Ce jeune écrivain que toute la critique encense ! J’ai reposé le livre au bout de 30 pages. Infect ! Et toi ? » « J’ai dépassé ces 30 pages où il décrit Paris sous un soleil de plomb, la sueur qui dégouline de partout s’accrochant à la puanteur et à la crasse en me demandant à quel moment il allait me la cracher sa Valda ! Et il a fini par me la montrer mais alors…c’est lent et pas à la portée du grand public qui le jugera d’un chiant incommensurable ! »

Au XIXième siècle, Jules Barbey d’Aurevilly avait descendu L’éducation sentimentale de Flaubert, jugeant utile d’oublier cet auteur fini : […]*Tel est ce chef-d’œuvre, selon les jeunes réalistes de ce temps, où le Réalisme, qui ne veut que peindre l’objet, est souffleté par le Matérialisme et sa morale ! Eh bien, j’ose dire, moi, qu’il n’y a pas du tout de chef-d’œuvre ici ! Je dis qu’il n’y a là qu’un livre médiocre : médiocre de talent d’abord, ennuyeux d’atmosphère, fatiguant de peinture pointue, grossier et monotone de procédé, ignoble souvent de détails, et dépassé dans ce genre par sa conclusion. Je dis qu’il n’y a là qu’un livre matérialiste de fond, matérialiste de forme, matérialiste de sécheresse, un livre comme le matérialisme en fait et n’en peut pas faire d’autres, puisqu’il nie la moitié, au moins, de la créature humaine ! […]

 

Et Une éducation libertine me direz-vous ? Et bien, c’est vraiment un roman fleuve qui coule aussi lentement et aussi noir que s’écoule la Seine à la veille de la Révolution française. En 1790, Gaspard abandonne Quimper. Il a regardé son père se noyer sans lui porter secours et il a oublié sa mère vieille chose puante et sénile sous le manteau de la cheminée. Il n’a pas 20 ans et n’a connu que les cochons et le purin. Et les livres qu’un vieil homme lui fournissait. Un jour, sa route va croiser celle d’un certain Etienne de V.

Etienne de V. dont le tout Paris parle en ces termes : « **C’est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n’a que faire des conventions, rit de la morale. Ses mœurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n’ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. On ne compte plus les mariages détruits par sa faute, pour le simple jeu de la séduction, l’excitation de la victoire. Il est impudique et grivois, vagabond et paillard. Sa réputation le précède. Les mères mettent en garde leurs filles, de peur qu’il ne les dévoie. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l’amour, il les méprise soudain car seule la volupté l’attise. On chuchote qu’il aurait perverti des religieuses et précipité bien d’autres dames dans les ordres. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n’être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s’en méfier comme du vice. »

Gaspard tombe amoureux d’Etienne de V. et n’a de cesse de lui ressembler. Mais peut-être que l’élève va dépasser le maître ? Peut-être que Gaspard n’est pas aussi fort psychiquement que l’aurait espéré Etienne de V. ? Alors que Rastignac s’élève dans la société par les femmes, c’est par les hommes que Gaspard accédera au plus haut. Et la morale dans cette histoire ? Il suffit d’aller jusqu’au bout du roman, la fin est savoureuse pour qui sait apprécier Sade.

 

 

* Extrait de la Critique de L’Education sentimentale par Barbey d’Aurevilly, 18 novembre 1869
** Extrait de Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo

 

Une éducation libertine, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard

 

 

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Cali Rise

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