L’attente de Cali Rise
Mes pas clapotent sur le bitume des trottoirs mouillés. Vois-tu, je sais que tu m’attends. Je viens. Je viens vers toi et je te dessine déjà à contre-jour, là-bas, derrière une fenêtre donnant sur la rue. Oui, je sais que tu m’attends.
Tu ne m’espères pas, non, tu n’en seras jamais rendu à cette extrémité. Tu ne te trémousses pas encore non plus. Ce sera pour plus tard. En ce moment même, tu vas et viens de la salle de bain à la chambre. Tu essaies plusieurs tenues. Cette guêpière noire qui t’enserre la taille ou ce string qui met ton cul en valeur et mes sens en émoi. Où trouve-t-il toutes ces dentelles me suis-je demandé quelque fois.
Si chaque individu croisé pouvait savoir où je me rends, que dirait-il exactement ? Combien de personnes jugeraient trop hâtivement ce qu’ils ne connaissent pas. Ce qu’ils ne connaîtront jamais. Car en face d’eux, physiquement je suis une femme. Et toi, un homme.
Tu n’es pas travesti, non. Primo, ce serait trop facile. Secundo, je ne viendrais pas à toi. Nous sommes au-delà de leurs clichés à l’emporte-pièce : ces pervers qui se revêtent des vêtements de l’autre sexe, ces désaxés qui jouent à des jeux non conventionnels, ces pauvres hères qui ne savent plus où ils en sont et se pervertissent sexuellement. Tu es homme si mâle, amour. Tu es femme si féline, ma beauté. Tu dis : « Tu as un pouvoir infini, le sais-tu ? Tu dois foutre un trac immense aux hommes qui le sentent. Tu es sensibilité et pouvoir et peu d’hommes osent jouer ces deux cartes à fond. Je suis ton homme, l’homme de ces passions quasi-impossibles. Et je suis cette femme. Ta femme » Je réponds : « Je sens rapidement qui est en face de moi et j’aime leur peur ou elle m’indiffère. Oui, tu es mon homme. Tu es ma femme. Avec toi, je suis lesbienne. Avec toi, je suis homosexuel. Tu es ma Ladyboy. »
Et dans cette chambre d’hôtel où tu m’attends, je sais qui je vais trouver. Non pas une caricature, un semblant de femelle mal affublée, mal affûtée. Non. Lorsque je vais ouvrir la porte, je vais te voir femme raffinée. Je vais te toucher femme. Tu auras la croupe d’une femme et une cambrure à rendre jalouse toute la gente féminine, à rendre fou tous les hommes habitant la planète, à saccager Lilith et Isis. Lorsque j’ouvrirai la porte, tu seras ma Vierge dévergondée, ma Princesse des luxures, ma Pute royale. Je serai ton Baal- Zebub.
Mes bottes évitent les flaques brillantes. Je me rapproche de nous et plus je me rapproche, plus la transe augmente. Je te sens. Je te renifle. Tu t’impatientes. Tu m’impatientes.
Je sais ta transformation qui va jusqu’au changement de l’odeur de ta peau, jusqu’au changement de sa texture qui devient douce et soyeuse comme le satin le plus fin. Par-delà les mètres qui nous séparent encore, mon esprit entrelace déjà le tien. Il l’embrase. Oui, nos esprits s’embrassent de plus en plus étroitement. Nous ne formons déjà plus qu’un. Tu es devenu moi. Je suis devenu toi. Et c’est un homme qui pousse la porte d’entrée de cet hôtel, un homme fier, sûr de son charme et de ses gestes. Ma voix qu’entend le concierge est plus grave que d’habitude. Je gravis les marches lentement, respirant une dernière fois mon attente. Ton attente. Plus que quelques secondes encore et l’image de ma femme frappera mon regard.
Tes mains en appui sur le rebord de la fenêtre, ton cul galbé dans un collant noir au porte-jarretelles accroché m’offre ton indécence. Je prends en plein ventre ton envie d’être prise, là, debout, le visage écrasé dans le voile léger des rideaux. Je bande rien qu’à l’idée de contempler prochainement ta danse de Salomé. Je mouille d’entendre ton cri sourd quand mes paumes se posent avec gourmandise sur tes fesses avant de les écarter pleinement.
Milady, tu vas aimer mes gestes et mes injonctions. Milady, nous allons nous baiser de bien des façons et de bien belle façon. Milady, ce soir, c’est moi qui fais l’homme. L’attente est terminée.






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