Les rapines du duc de Guise de Jean d’Aillon
Lundi 7 janvier 1585, lendemain de l’Epiphanie
Olivier Hauteville rentrait chez lui fort contrarié. Il n’avait pas trouvé le père Jean Boucher, recteur de la Sorbonne et curé de Saint-Benoît de la Sainte-Trinité, au rendez-vous que le religieux lui avait donné.
Le jeune homme lui avait écrit avant les fêtes de Noël afin de convenir d’une date pour la soutenance de sa thèse en philosophie. La lettre avait été portée par Gilles - son valet - et le recteur avait répondu verbalement qu’il le recevrait à tierce le 7 janvier devant l’imprimerie de la Sorbonne.
Il n’y était pas, et Olivier l’avait attendu en vain avant de se rendre à la cure de Saint-Benoît, près de Sainte-Geneviève, où habitait Jean Boucher. Personne ne s’y trouvait, pas même un domestique !
Alors qu’il s’approchait du Petit pont, Olivier vit une foule agitée entre le Petit-Châtelet et les grèves qui descendaient vers la rivière.
- Que se passe-t-il? demanda-t-il à un huissier du Palais, en robe et bonnet noirs, qui s’était arrêté comme lui.
- C’est un libraire, je crois, un huguenot. Il vendait des libelles contre le Mgr de Guise. On va le jeter à la Seine.
Curieux, Olivier s’approcha afin de ne rien rater du spectacle qui s’annonçait.
Avec une corde, une bande de clercs du Palais tirait sur la grève enneigée un homme sans connaissance qui n’était plus qu’une plaie.
Olivier se sentit brusquement mal à l’aise. Quelqu’un à côté de lui se signa et se mit à prier.
- Vous le connaissez? demanda Olivier.
- Oui, c’est mon voisin. Je ne comprends pas… il n’est pas huguenot!
Des cris et des hurlements retentirent. Une femme en robe noire et tablier parvint à traverser la foule. Son fichu lui avait été arraché et ses cheveux gris flottaient au vent.
- Laissez-le ! hurla-t-elle en se jetant sur le clerc qui tirait la corde.
- C’est la femme de l’hérétique ! vociféra un homme.
Aussitôt, on se jeta sur elle pour la frapper et lui arracher ses vêtements. Des femmes se joignirent à la curée.
Olivier regardait, tétanisé. Des archers qui gardaient le Petit pont s’étaient approchés pour commenter la rixe. Armé d’un bâton, un homme asséna un violent coup sur la tête de la femme. Le sang jaillit et elle s’écroula. Plusieurs mains saisirent alors les deux corps inanimés et, s’approchant de la rivière, les jetèrent à l’eau. Ils furent aussitôt emportés par le courant glacé. Des enfants, vite imités par les clercs, se mirent à leur jeter des pierres pour les faire couler.
Maintenant que tout était terminé, des groupes de badauds commentaient et approuvaient bruyamment l’exécution des hérétiques. Depuis la Saint-Barthélemy, il était légitime de jeter les disciples de Calvin à la Seine, répétaient-ils à plaisir.
- Ils avaient qu’à aller à la messe! assura une matrone à la hure de hyène dont la bouche féroce exprimait toute la méchanceté du monde.
Malgré son dégoût, Hauteville opina.
- Mort au Bougre! Vive Guise! criaient les clercs, tout fiers d’avoir fait justice en voyant les corps sombrer dans les remous du fleuve.
- Au couvent, le Bougre escouillé! Mort aux hérétiques! répliqua un homme vivement applaudi.
Olivier haussa les épaules pour se donner une contenance et reprit son chemin vers le Châtelet, tandis qu’arrivait par le pont Saint-Michel une troupe de gardes du roi et que la foule se dispersait.
Les clercs avaient eu raison, tentait-il de se convaincre. Heureusement que Mgr de Guise était là ! Comme l’avait fait son père, François de Guise, le duc les protégerait de leur bougre de roi et des hérétiques qui voulaient exterminer les bons chrétiens.
Sur le Petit pont, par un espace entre deux maisons, il regarda la Seine. Les corps avaient réapparu, ils allaient sans doute s’accrocher dans les piles de bois du pont Saint-Michel. Alors qu’il contemplait ce triste spectacle, des souvenirs enfouis affleurèrent à la mémoire d’Olivier.
Résumé du livre :
1585. Trois hommes se disputent le royaume de France. Le roi Henri III veut conserver son trône mais n’a pas d’héritier. Son successeur légitime Henri de Navarre (le protestant) veut faire valoir ses droits mais Henri de Guise (l’ultra-catholique) refuse de laisser la couronne à un hérétique. Le duc de Guise aimerait bien imposer le cardinal de Bourbon, sa marionnette.
La guerre civile rend la misère encore plus grande et c’est à ce moment que la bourgeoise catholique parisienne prête allégeance en grand secret à Guise : la Ligue, la sainte union, est née.
Tandis que le roi Henri III demande à ses derniers fidèles de découvrir pourquoi les impôts du royaume diminuent autant, Nicolas Poulain, lieutenant du prévôt d’Ile-de-France, rejoint la Ligue. Seul M. de Richelieu sait que Poulain devient ligueur pour mieux espionner la Ligue de l’intérieur.
Alors que la Ligue tente de réunir assez d’argent pour lever une armée catholique, les huguenots cherchent à l’arrêter. Le surintendant, Philippe de Mornay, homme d’Henri de Navarre, envoie sa fille Cassandre enquêter à Paris. Elle va y rencontrer Olivier Hauteville, fils de François Hauteville notaire secrétaire du roi et contrôleur des tailles qui vient d’être assassiné par les gens de Guise.
Aidés de Isabeau de Limeuil, épouse du banquier Sardini et ancienne puterelle de Catherine de Médicis, Poulain, Olivier et Cassandre vont mener l’enquête. Pourtant, rien n’est gagné dans cette alliance, ni l’amour ni l’amitié car chacun a des motivations secrètes.
Jean d’Aillon n’est pas historien mais romancier. A l’instar du grand Alexandre Dumas, il n’a de cesse de mélanger les détails authentiques à son roman poussant le luxe jusqu’à introduire dans son histoire des extraits de textes historiques en citation ou en les transformant en dialogues ou même, en les incorporant au déroulement du récit. En plongeant dans Les rapines du duc de Guise, le lecteur se retrouve à une autre époque, ce qui est le synonyme de la réussite.
Les rapines du duc de Guise, Jean d’Aillon, JC Lattès
La guerre des trois Henri, T1.
La guerre des amoureuse, T2, paraîtra en février 2009












avr 2nd, 2011 at 12:02
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