L’obéissante de Louise Gabriel
À la tombée du jour, elle partait à son rendez vous d’amour,
Toutes ces nuits, pour quelques heures, elle devenait l’éternelle fiancée, une belle dans la parfaite nudité, dépouillée jusqu’à l’extrême, perméable jusqu’au suprême.
Ces moments ou la pénombre se mue épaisse et sombre,
La main attardée sur l’écorce d’un chêne dans le silence nocturne, elle partait nu pied, l’allure frêle, la vêture légère.
Ces pas avaient connu la mollesse de la neige, l’infinie douceur du gazon naissant, la chatouille délicate des pétales de pâquerettes du plein cœur de l’été, la chanson gémissante des feuilles mortes d’automne. Elle poursuivait son chemin.
Tremblante d’émotion, à l’écoute du moindre frisson, les doigts posés sur la poignée glacée, elle entrait dans un palais, dans cet antre aux odeurs térébenthine.
Ces parfums entêtants elle les respirait à plein poumons, à tourner sa tête, à contourner la vraisemblance, à faire onduler le silence, à chahuter les souffrances, assise sagement sur son tabouret, elle malmenait la cohérence, elle découvrait l’obéissance. Elle attendait ;
La transe intense, la rencontre, leur rencontre, cette fusion, la fission des atomes, l’énergie sublime, à délier sa gestuelle dans l’opulence, son regard planté dans le sien ;
Immobile.
Elle le caressait dans l’onctueux de la matière, elle dessinait l’arrondi musclé de ses épaules du bout de ses doigts, séquestrait l’étincelle de son sourire, emprisonnait la grâce masculine et féline de ses mains.
Ses mains, ces si fameuses et fabuleuses mains, leur chaleur éclairée d’orange et d’or, l’esquisse de ses vertiges en raies de lumière, sa raideur angélique à la saveur démoniaque, elle était orgiaque, vorace, elle le dévorait des yeux, du cœur et de la bouche, capturait l’essence du geste. Jamais elle ne désobéissait, jamais elle ne lui fit faux bond, pas une fois elle n’hésita, toutes les nuits elle revenait. Au point du jour, les cuisses grandes ouvertes, une main plongée dans le gouffre de l’envie, une autre sur sa toile ; elle peignait la puissance de l’émoi.
La peau éclatée de lumière dans les lueurs naissantes, elle jetait sur le lin brut son allégeance, sa divine obéissance.
Texte de Louise Gabriel






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