L’obéissante de Cali Rise
Elle a quatre ans.
Le visage enfoui sous les couvertures, elle ferme ses yeux, très fort.
Si elle les rouvre, il fait tout noir dans sa chambre. Et elle a peur du noir.
Si elle ferme les yeux, à nouveau des têtes de femmes et des têtes d’hommes tourbillonnent dedans sa tête. Alors elle resserre son drap un peu plus.
Elle a quatre ans.
Elle entend la porte s’ouvrir. Son cœur accélère. Ses mains se crispent sur le tissu mais elle sait que cela n’aura aucun effet, il va tirer sur les draps et venir allonger son corps nu contre le sien. A nouveau, il va la toucher et l’obliger à tenir son bâton. Ensuite, il lui dira « Je t’aime. Tu es ma princesse. »
Une nuit, elle a promis qu’elle ne dirait jamais rien.
Le jour, il dit souvent qu’elle est une petite fille sage et obéissante.
Elle a dix ans.
A l’école, la maîtresse la montre en exemple.
Elle déteste.
Dans la cour, elle raconte aux autres enfants des histoires qu’elle invente. Ils gobent ses paroles comme si elle était le Messie ressuscité.
Dans la cour, elle rougit quand Marc lui dit qu’ils se marieront quand ils seront grands.
Dans sa chambre, la nuit, la porte s’ouvre toujours régulièrement. Elle sait maintenant que le bâton s’appelle une queue. C’est Denis qui a lâché le mot dans la cour de l’école : « Tu devrais venir voir ma queue quand je trique ». Denis est un gros con.
Les nuits où il pénètre dans sa chambre, elle décampe de sa tête. Et lui, il lui fourre sa queue dans la bouche. La première fois qu’il lui a craché cette chose visqueuse et chaude, elle a vomi. Il s’est fâché et a parlé de punition. Depuis, elle avale.
Dans la journée, il lui caresse les cheveux qu’elle a longs et blonds. « Tu es si obéissante, ma princesse. Tu es si belle. »
Elle le déteste.
Elle a quinze ans.
Ses professeurs s’inquiètent de ses piètres résultats scolaires. A la réunion parents/professeurs, ils ont dit à sa mère qu’elle était sage, peut-être un peu trop.
Elle est amoureuse de Jean-Luc mais elle n’ose pas le lui dire.
Un jour, Vincent l’a embrassée. Et puis, Damien. Et puis, Malik. Et puis, Camille. Elle ne sait plus exactement comment elle s’est retrouvée dans ce petit local jouxtant le gymnase. Elle ne se rappelle plus lequel a mis son sexe dur en premier dans le sien. Mais ils l’ont tous fait. Et ils ne l’ont pas mis que dans sa chatte comme ils disent. Avant de la laisser se rhabiller seule, Vincent l’a menacée de raconter dans tout le lycée qu’elle n’était pas la fille obéissante que tous montraient en exemple, elle était simplement une pute. Une jolie pute obéissante.
Le soir, quand il est venu s’allonger dans son lit, elle a dit d’une voix ferme et définitive : « Si tu me touches encore, je me tue. » Alors il est sorti.
Sa mère raconte à toutes ses copines qu’elle est fière de sa fille si obéissante.
Sa mère est conne. Elle se déteste.
Elle a vingt-cinq ans et lui cinquante. Il a les tempes grises, le ventre plat et de légères rides au coin des yeux quand il lui sourit.
Cela fait cinq ans qu’elle n’a pas revu ses parents.
Parfois, la nuit, son amant l’entraîne dans des endroits glauques. Là, il l’exhibe. Il est si fier qu’elle accepte de se faire prendre par des inconnus alors qu’il mate.
Il lui a interdit de jouir quand un autre que lui la baise.
« Je t’aime. Tu es si obéissante. »
Elle a trente ans. Elle secoue sa main qui referme tout un tas de pilules.
Cela fait maintenant trois ans qu’il est parti. Il vit avec une jeune femme de vingt-cinq. Selon lui, elle est vieille et usée. Et trop obéissante.
Elle avale ces médicaments prescrits sur ordonnance avec une gorgée d’eau avant de s’allonger nue sur son lit trop grand. Trop vide.
Qu’ils crèvent tous !
Je n’ai jamais été obéissante. Ce que tu m’as fait subir pendant des années, immonde salopard, le curé l’a su. Ma conne de mère aussi. Au lycée, je suçais le prof d’anglais. Je doigtais aussi ma prof de maths. Et d’autres encore. Tout cela pour obtenir de bonnes notes. Je n’ai jamais joui quand tu me baisais. Les seules fois où j’ai joui, c’est avec Marc. Marc m’aimait, lui. Marc s’est tué hier. Sa voiture est sortie de la route et s’est encastrée sous un 38 tonnes.
Celle que tu disais si obéissante.
Il relit cette lettre encore et encore. C’est tout ce qui lui reste de sa princesse, cette salope s’est suicidée.






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