SCANDALES !
Thionville, 17 novembre 2008. Fin de matinée dans un petit immeuble. Les voisins ont tout entendu, tout vu. Un CRS en retraite pleure : « la jeune femme tentait de lui échapper, elle m’a demandé d’appeler la police. Il a réussi à la rattraper sur le balcon. Il l’a battue puis a sorti son arme et a visé la tête. »
Cet assassin, c’était le député UMP et ancien maire, Jean-Marie Demange. C’était, parce que cet homme s’est tiré une balle dans la tête juste après son geste fatal envers son ex. Car la jeune femme, mère de deux enfants, n’était plus vraiment avec Demange. Déjà les médias crient au drame passionnel ! Mais le pire dans toute cette sordide (et malheureusement banale) histoire, n’est-ce pas la minute de silence réclamée par ses confrères à l’Assemblée nationale ?
Depuis quand les assassins ont droit à une minute de silence ?
Quand cessera-t-on de chercher une excuse à ces hommes qui tabassent leurs femmes, voire les tuent, uniquement parce qu’elles veulent vivre autrement, ailleurs, sans eux ?
Il me semble qu’en France, pour ces morts victimes de la vindicte machiste d’hommes pas encore sortis de leur caverne (tu es MA femme, MA chose, tu M’appartiens), il existe différents poids et mesures.
Ainsi, Bertrand Cantat n’a-t-il pas été décrié comme LE monstre incontrôlable à enfermer à perpétuité alors que des hommes politiques tuent leurs compagnes et ressortent du tribunal blanchis ? Est-ce parce qu’il était un chanteur adulé du public que certains voulaient à tout prix le descendre ?
La mort de Marie Trintignant restera toujours pour moi un accident. Ils s’aimaient passionnément, ils buvaient et se droguaient, ils s’engueulaient violemment et ce jour-là, en une fraction de seconde, tout a basculé. Aucune arme de poing.
Seulement, entre une dispute comme celle-ci où une gifle (ou une bousculade) entraîne un acte irréversible et un tabassage en règle qui est donné pour détruire, la différence est grande pour moi, très grande.
Je peux comprendre qu’en état de colère intense, on perde ses mots. Je n’excuserai jamais le geste volontaire qui annihile une existence. Ces morts innocents me révoltent et me révoltent encore plus fortement si ces crimes sont perpétrés contre des enfants.
Quant au suicide, s’il faut avoir du courage pour se donner la mort, l’acte en lui-même est pour moi une forme d’incommensurable lâcheté. Là, je ne parle pas des personnes atteintes de maladies incurables qui souhaitent mourir dans la dignité, ce qu’elles devraient avoir le droit de faire, mais des êtres qui refusent d’affronter la vie. Cela dit, plusieurs de mes proches se sont suicidés et le fait que je sois en vie et spectatrice de la douleur de leur père, de leur mère, de leur frère, de leur sœur ou de leurs enfants en plus d’avoir à supporter la mienne, m’autorise à écrire ces mots. Ou ceux-ci :
Elle s’appelait Colette. C’était une brave femme. Pensez ! Elle avait élevé trois enfants et bossait comme une bête de somme du matin très tôt au soir très tard pendant que son mari rendait visite à ses maîtresses. Petite fille, j’allais l’aider à traire ses vaches dans les prés, à nourrir ses veaux et ses pintades.
Un matin, en sortant de chez moi pour aller à l’école, j’ai aperçu des véhicules de police, là-bas, dans la ruelle qui menait aux écuries. A 11 h 30, les commérages allaient déjà bon train pourtant le téléphone portable n’était pas encore né. Un nom circulait. Un nom que je ne voulais pas entendre comme le sien. Ce n’était pas possible. La morte ne pouvait être que la vieille, sa belle-mère, la morte ne pouvait pas être Colette !
Plus tard, tout le monde apprendrait le déroulement des faits. A 6 heures, ce jour-là, son mari et elle s’étaient disputés. Il avait sorti son fusil. Elle avait tenté de fuir, de le fuir. Il l’avait blessée d’une balle. Elle s’était réfugiée sous une remorque, dans l’écurie. Il était reparti pour mieux revenir « l’abattre comme un chien » selon l’expression même de sa mère. Je la revois encore, cette mère éplorée. Je les revois tous les deux, elle et son mari, ces anciens ayant connu les horreurs de la guerre de 40. « Louise, que va-t-on devenir ? D’abord, il y a eu son horrible geste et maintenant leur fille, notre petit fille qui s’en va vivre avec cet ancien légionnaire ! Un ancien de la Légion étrangère ! Ce boche ! Dieu sait ce qu’il a fait pour être entré à la Légion ! Ils vont nous tuer, Louise. Ils vont nous tuer… » disait Marguerite à ma grand-mère qui me serrait la main.
Cet assassin a été condamné à une peine de 10 ans. Son avocat a plaidé le crime passionnel. Au bout de même pas 7 années, il ressortait pour bonne conduite et filait épouser une de ces maîtresses. Un crime passionnel… Pourtant, il ne s’était pas contenté de blesser Colette, il était revenu après avoir rechargé son fusil et l’avait abattu comme on abat un chien enragé.
Jean-Marie Demange a battu Karine Albert avant de l’abattre. Elle s’était réfugiée sur le balcon où elle appelait désespérément à l’aide, plusieurs témoins ont assisté à la scène sans pouvoir rien faire d’autre qu’appeler la police. Demange l’a rattrapée et bang ! Puis bang !
Est-ce que cet homme, ce médecin, cet élu, ce notable, était à ce point demeuré pour ne pas se rendre compte que tirer une balle dans la tête de cette femme allait entraîner un état irrémédiable et surtout, qu’en saisissant une arme et en la pointait sur une personne il commettait un acte criminel ? Et d’où venait cette arme ? Il l’avait apportée avec lui ?
Alors oui, il était (peut-être) déprimé parce qu’il n’avait pas été réélu comme maire aux dernières municipales. Et alors ? C’est une excuse valable pour tuer quelqu’un ? Est-ce que Ségolène Royal a cherché à tuer quelqu’un parce qu’elle s’était fait battre par Nicolas Sarkozy aux dernières présidentielles ? Pourtant, rater ces élections-là, ça a dû lui en mettre un sacré coup au moral ! Remarque, quand j’assiste depuis à toutes ses guignolades, je pense plutôt que c’est à sa raison que cet échec a dû coller un claque et une sacrée claque.
De toute façon, personne ne saura jamais exactement pourquoi Jean-Marie Demange a assassiné Karine : il est mort.
Il y a peu, une assistante-maternelle et son mari étaient arrêtés pour avoir battus les enfants qui lui avaient étaient confiés. No comment. Même si je pourrais vous faire tout un laïus sur ce que je pense de ces soi-disant [humains] qui exercent un métier où toute la journée (voire la nuit), ils sont en contact avec des enfants et se conduisent d’horrible façon envers eux.
Dans quelques jours, le 25 novembre exactement, aura lieu la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. En France, le 25 novembre est plutôt connu comme étant le jour de la Ste Catherine où tous les bois prennent racines. Où comme le jour où les jeunes [vielles] filles de 25 ans coiffent un bonnet. Ça fait marcher le commerce !
En vérité, la date du 25 novembre a été choisie en mémoire des trois sœurs Mirabal, militantes dominicaines, assassinées sur les ordres du chef d’Etat Rafael Trujillo.
Vous me direz, des journées de ce type, il en existe à la pelle autant que de groupes sur Facebook. Et ça ne fait pas vraiment progresser les mentalités. De demander à quand la journée internationale contre les trous du cul non plus.
Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes ou pas, il faudra bien qu’un jour, on cesse de croire que l’autre est quantité négligeable, quel que soit son sexe d’ailleurs, et quelle que soit sa religion ou sa couleur de peau. Sœur Emmanuelle disait toujours en souriant malicieusement : « Je te tutoie parce que tu es mon frère. » et cela même si ce frère était un président de la République. Ou un monarque. (Tiens, là, je me demande : tutoyait-elle le pape ?)
Oui, l’autre est mon frère, en ce sens, qu’il est mon semblable. Et quand un accès de colère me vient, je n’attends pas d’atteindre la fureur noire qui me ferait voir tout rouge pour sortir prendre l’air et marcher, voire courir jusqu’à m’être calmée. Sinon, je serais déjà derrière les barreaux depuis belle lurette parce que j’aurais assassiné [sans ordre de « préférence »] ces soldats tortionnaires qui excusent leurs gestes en prétextant que c’est la faute à la guerre, ces tueurs d’enfants, ces violeurs, ces pédophiles et puis ma conseillère ANPE parce qu’elle me menace de sécher mes Assedic si je ne retrouve pas rapidement un travail, ma boulangère parce que son pain est trop cuit ou pas assez, mon barman préféré parce qu’il m’a fait attendre trop longtemps mon thé, mon amant parce qu’il prétend travailler en étant connecté à MSN mais qu’il n’y « parle » à personne.
Damned ! Je suis un assassin en sommeil, une sorte de Belle au bois dormant à la Kalachnikov fantôme (j’aime pas la gueule d’un Glock et tant qu’à faire, ce fusil d’assaut qui ne s’enraye ni dans l’eau ni dans le sable ni à l’humidité (putain quel inventeur ce Kalachnikov !) et possède une option tir en rafale très rapide serait parfaitement économique en temps, si je réussissais à aligner tout ce petit monde contre un mur) et, si ensuite je me flinguais pour X raisons que j’emporterais avec moi dans ma tombe, personne ne demanderait une minute de silence en souvenir de mon passage sur Terre : je suis une femme du peuple, une inconnue, une misérable, pire : je suis simplement une femme. Et à cette heure, je suis une femme indignée par toutes ces conneries !
Bordel ! J’accuse ces députés qui ont demandé cette minute de silence pour Demange de manquer de respect envers Karine et envers ses enfants.
J’accuse les médias qui ont déjà taxé ce crime de « drame passionnel » de manipulation mentale.
Je prie les personnes qui liront ce papier et qui pourront être choquées par mes propos de m’excuser.
Aux enfants de Karine et à ses proches, je présente toutes mes condoléances et toute ma sympathie.
A la famille de Jean-Marie Demange, je souhaite qu’un jour, elle arrive à lui pardonner son geste.










nov 20th, 2008 at 3:07
Pas choqué, non.
Juste sans voix.
nov 20th, 2008 at 5:10
Merci pour L’article, Bravo!!, Je suis d’accord avec vous..
C’est étonnant le mutisme de Sarkozy, Pas un mot pour les enfants, de cette femme sauvagement battu et assassiné par le député UMP, et privés à tout jamais de leur mère!
Pas de condamnation grandiloquente, Et pourtant, c’est un thème cher a Sarkozy, à chaque faits divers il répète régulièrement sa volonté de défendre les victimes. “Moi, ma priorité, c’est les victimes”.
Et bien l’assemblée Nationale aurait honoré, Jean-Marie Demange l’assassin, par une minute de silence!
nov 20th, 2008 at 10:55
j’aime ces saines colères !
j’accuse le gouvernement de jouer avec les sentiments des personnes choquées par des événements dramatiques seulement quand cela sert leur politique.
J’accuse les entreprises de priver de revenus leur ouvriers par le chômage technique pour garantir aux actionnaires leurs 15% de dividendes et la prime de noël de leurs patrons.
Toutes ces vexations sont une violence faite à l’intelligence du peuple.
nov 21st, 2008 at 11:32
alors là bravo !! je suis d’accord absolument avec tout ce que tu dis de A à Z . Sur Cantat, j’ai la même opinion depuis longtemps, quand au reste…rien ne me choque plus que la violence qu’elle soit conjugale ou familiale…et les excuses sont souvent trop faciles!
nov 21st, 2008 at 5:24
Sur Cantat, les avis sont partagés, entre ceux qui considèrent qu’il n’a pas été assez puni (fin de peine après 4 ans) et ceux qui, comme toi, ont une autre lecture des faits (en ce qui me concerne, je ne prends pas position, je vois du drame passionnel mais je vois aussi de la violence envers une femme).
Je n’arrive pas à comprendre ceux qui, désespérés, tuent avant de se tuer, femme et parfois enfants. Je comprends qu’on puisse être désespéré mais pourquoi cette haine, cette violence, vers les autres ?
On trouvera peut-être quelques exceptions, mais ce sont pratiquement toujours des hommes qui sont à l’origine de ces faits divers sanglants.