Interview Andy Vérol
1- Et si vous me racontiez votre première fois ?
Parlons de la première fois d’Andy Vérol oui. Ça me paraît très bien. Un passage à l’acte. Mais avant toute chose, j’étais un excité de la pudeur. Il m’était inconcevable de me mettre à poil devant qui que ce soit… C’est sans doute plus excitant et intéressant de parler de l’avant-première fois. L’excitation qui engonce le corps, le sexe, le cœur au point de faire de toi une bête folle… Alors dans ce climat intime particulier, tu n’as plus qu’à foirer ta première fois.
« C’est comment à l’intérieur de quelqu’un d’autre ? C’est gluant ? Il y a du sang ? Des graines ? De la salive ? Ça bouge ? Est-ce que je vais trouver le trou ? »
Voilà la première fois pour moi : l’angoisse de ne pas trouver le trou. Alors face à cette complication et ce questionnement existentiel, je me suis retrouvé, adolescent, avec une fille qui avait daigné m’offrir son sexe. Pour moi, il y avait les seins, la bouche, et le sexe. Rien d’autre ne m’intéressait alors. Si bien que j’y suis allé à fond : bouche, seins, chatte. Hop ! C’était empalé, enquillé, enivrant… Je n’ai eu, en fait, aucun problème pour trouver le passage… Et je n’ai eu, alors, aucun mal pour éjaculer en quelques minutes… Bref. Une première fois mémorable par son approche purement mécanique et « a-sensuelle »…
2- Vaut-il mieux parler la même langue ou savoir jouer de la langue ?
Les deux. Mais tout dépend. Je ne suis pas un féru des relations humaines rapprochées. Disons que je n’ai pas le culte de l’intime avec l’autre. Bien au contraire. Jouer de la langue, dans certaines situations est largement préférable aux palabres insensées.
Je pense même que les échanges intellectuels entre êtres humains de classe bourgeoise ou de classe moyenne, sont inutiles, vains, fatiguant. D’un certain point de vue, je regrette les années 70 en cela qu’elles ouvraient le champ de la sexualité. On ne s’éreintait pas avec des « techniques de drague » formatées, … Enfin je dis ça. Rien n’empêche de le faire, de le réaliser de nouveau. En fait, je préfère regarder les autres jouer de la langue, bien planqué derrière mon rideau de fenêtre, à reluquer/caresser… Je préfère ça et le silence lié au confinement dans la solitude.
Enfin je suis pour la mixité sociale obligatoire, donc le fait de parler la même langue n’est, pour moi, qu’une façon commode de s’interdire des expériences sociales inédites…
3- Que préférez-vous goûter ?
Les tissus et le jus des gens… J’aime goûter aussi aux perversités des « gens biens »…
4- Selon vous, coucher, ce n’est pas jouer ?
Peu importe. Oui sans doute. Mais cette question me fait un peu penser à ces tests qu’ils te mettent dans les pages des magazines féminins, masculins, etc.
« Votre homme est-il un bon coup ? », « Comment relancer la passion sexuelle ? », « Etes-vous sex-toys ou fooding ? » Etc.
Coucher, ce n’est ni jouer, ni s’emmerder. Pour moi, c’est s’évanouir, disparaître. C’est aussi se libérer, totalement… Je préfère la folie aux jeux…
5- Est-il plus difficile de regarder sans toucher que de toucher sans voir ?
De toucher sans voir… C’est une question de mécanique intérieure ça. Le voyeuriste est inexorablement incapable de savourer s’il touche sans voir. Non ? Ceci dit, j’ai vraiment l’impression de ne dire que des conneries. Tu peux tout aussi bien apprécier d’avoir les yeux bandés, et de jouer de tes mains, de ta peau, de ton corps… Mais tu peux aussi marcher au feeling sur ces questions, et faire comme ça te vient, au moment où ça se passe. Bon là, je ne sais pas quoi répondre en fait.
6- Un bon coup pour vous, qu’est-ce que c’est ?
Quelqu’un qui ne reste pas trop longtemps ensuite…
7- Etre amoureux et aimer. La différence réside-t-elle dans l’expression ?
J’ai une phrase pour définir ce concept : l’amour est une supercherie à laquelle on adhère ou pas. On peut voir ça comme un habillage indispensable à la formation de la famille, en vue de reproduire simplement l’espèce. L’amour rend l’œuvre de reproduction plus digne et permet d’y adhérer plus facilement.
8- Est-il plus facile d’être regardé sans être touché que d’être touché sans être vu ?
La première hypothèse me correspond mieux.
9- Vous mettez-vous plus aisément à nu que nu ?
Corporellement oui, dans l’intime. Publiquement non, jamais. Dans mes écrits, je n’ai aucune pudeur. Je ne m’autorise aucune limite de ce point de vue.
10- Quel est le comble du cru ?
Je n’en sais rien en fait. Je pense que je suis quelqu’un de très cru, en permanence. Ça n’empêche pas un peu de finesse. Mais je ne m’encombre pas de fioritures et de politesses, de formules politiquement et sensuellement correctes. Le comble du cru, à certains moments, c’est ma façon d’être et de parler.
11- Plus on éclaire, plus il fait sombre. Cela vous gêne ?
Non. J’aime être ébloui. En fait je m’en fous.
12- « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand. Je montrais ma lune à tous les passants. Maman me disait « Veux-tu la cacher ! » Je lui répondais « Veux-tu l’embrasser ? » Cette comptine de cour d’écoles qui évoque des choses interdites vous choque-t-elle aujourd’hui plus qu’hier ?
Oula non. Loin de là. J’écris un roman pseudo-biographique qui développe cette comptine à l’extrême… « Robert de Niro n’est plus un héros » est un faux roman initiatique, mais un vrai voyage dans les méandres de la primo-sexualité (entre autres choses). J’espère qu’il sera publié en 2009.
En revanche, je pense que cette comptine en choque inévitablement plus d’un aujourd’hui, plus encore qu’il y a quelques décennies. L’époque est à la réaction, et toutes les tentatives de libération sexuelle ont été réduites à néant… Les années 2000 sont les pires années sexuelles et sensuelles depuis la seconde guerre mondiale en Occident.
A côté de ça, tu as du cul à foison, des ados à moitié à poil partout, des stylistes de fringues qui « putisent » les gosses tandis que le discours ambiant consiste à jeter l’opprobre sur les libertés individuelles et criminaliser des pratiques sexuelles, mais aussi les expressions artistiques.
13- Qu’évoque pour vous le mot couple ?
Le mot est merdique. Il est laid, et il symbolise tout un tas de choses négatives. C’est un mot très utilisé par des gens qui ne sont pas de mon bord. Ils parlent sans cesse de famille, de patrie, de travail, de couple… Je n’aime pas non plus tandem. En fait, je n’en use que pour être violent contre les relations homme-femme, femme-femme, homme-homme… Ce mot cadenasse les relations, les enveloppe dans le corps expéditionnaire social qu’est la morale générale latente…
Le couple, plus froidement, c’est la réunion provisoire de deux individualités. Dès lors que l’on se « met en couple », il est certain que l’on va, à deux, à notre propre perte.
Donc dans le cas où l’on rencontre un individu avec qui l’on partage l’envie, le vit et la vie (désolé c’était facile), il faut impérativement bannir ce mot, et continuer à faire comme si ça n’était pas le cas.
14- Quel(s) souvenir(s) évoque(nt) pour vous le mot « lit » ?
Ça dépend des étapes de la vie. Des souvenirs de migraines, d’étouffements et de trouilles.
Ce sont aussi des souvenirs de combats sexuels salvateurs sur ce round confortable qu’est le plumard. Des souvenirs oui, mais que je garderai pour moi…
Dans mon roman, les Derniers Cow-boys français, le personnage principal est sur son lit, dans son appartement vide. Sa femme vient de se barrer avec son gosse. Alors le lit devient l’espace où il vit presque lucidement sa misère sexuelle… Ses souvenirs sur ce lit, ce sont surtout des heures de solitude et de désarroi. On veut toujours raconter des choses héroïques quand on parle de sa sexualité, du moins pense-t-on qu’il faut être un brillant du plumard pour bien vivre. Mais le lit ça évoque aussi des échecs sexuels, des coups nazes, des dos à dos désespérants.
Je pense qu’il y a plus de souvenirs explosifs et jubilatoires en dehors du lit…
15- Si j’écris le mot « sexe » au pluriel, il devient un palindrome : « sexes ». La lettre « x » en devient le centre. Qu’y voyez-vous ?
Le X ne me fait penser qu’au porno. Film porno, bd porno, roman porno… C’est pas mal le porno, parce que ça n’est pas seulement une affaire de sexe. Comme le rappelait un ami lecteur (Christian pour le citer) : « La pornographie est la « représentation complaisante de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique»
Réponses d’Andy Vérol Cali Rise © Copyright Impudique Magazine
Les derniers cow-boys français, Andy Vérol, Editions Pylône










déc 18th, 2008 at 12:35
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