Interview Franck Laroze

1- Et si vous me racontiez votre première fois ?
Je préfère imaginer la dernière, puisque j’ignore avec qui ce sera. Si je parle de la première, la personne à laquelle je me suis livré risquerait de vouloir revenir, ce serait fâcheux : tout comme « on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve », on ne replonge pas deux fois dans le même lit du souvenir, si douillet soit-il.
2- Vaut-il mieux parler la même langue ou savoir jouer de la langue ?
Parler des jeux de langue, et jouer de sa langue.
3- Que préférez-vous goûter ?
Ce que j’ignore encore : ce que je connais, je le dévore.
4- Selon vous, coucher, ce n’est pas jouer ?
Qui joue en couchant est un mauvais coucheur : coucher, c’est d’abord se jouer des limites.
5- Est-il plus difficile de regarder sans toucher que de toucher sans voir ?
Le premier précède le second : regarder sans toucher, c’est le désir ; toucher sans voir, c’est le consommer.
6- Un bon coup pour vous, qu’est-ce que c’est ?
Un coup double, où le face à face, et vice et versa, n’hésite pas à verser dans le vice.
7- Etre amoureux et aimer. La différence réside-t-elle dans l’expression ?
Dans la sensation : il y a une angoisse de l’inconnu dans le premier état, une confiance dans le connu dans le second. Le premier est subi, le second doit être entretenu. Être amoureux relève du parachutisme : on voudrait ne jamais arrêter de chuter. Alors qu’aimer procède davantage de la marche de haute montagne : sitôt un sommet franchi, il faut redescendre par des sentiers tortueux avant d’atteindre de nouveau les hauts plateaux.
8- Est-il plus facile d’être regardé sans être touché que d’être touché sans être vu ?
Le plus délicieux reste de se toucher en se regardant.
9- Vous mettez-vous plus aisément à nu que nu ?
La nudité est un paravent pour ne pas se mettre à nu, et quelques aveux bien choisis permettent de taire l’essentiel . Comme tous les théâtreux, je ne suis pas dupe ; mon verbe est un costume de parade et mon corps une toile vierge que j’alterne avec un égal bonheur. Seul l’instant de notre mort nous révèle à nous-même notre véritable nudité, c’est pourquoi il faut la chérir.
10- Quel est le comble du cru ?
Croire que c’est cuit.
11- Plus on éclaire, plus il fait sombre. Cela vous gêne ?
Pas le moins du monde, car plus il fait sombre, plus j’y vois clair.
12- « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand. Je montrais ma lune à tous les passants. Maman me disait « Veux-tu la cacher ! » Je lui répondais « Veux-tu l’embrasser ? » Cette comptine de cour d’écoles qui évoque des choses interdites vous choque-t-elle aujourd’hui plus qu’hier ?
Je la trouve délicieuse : elle m’évoque un des textes érotiques et impertinents de Pierre Louÿs (Manuel de civilité pour les petites filles). Une autre : Si vous trouvez un cheveu suspect dans votre potage, ne dîtes pas : « Chic, un poil du cul ! »
13- Qu’évoque pour vous le mot couple ?
Sa définition en physique : « deux forces égales agissant en sens contraire, soit l’effort en rotation appliqué à un axe ». Cela vaut toutes les approches psychologiques ; Ou, pour faire référence à l’un de mes titres : « des unis vers »…
14- Quel(s) souvenir(s) évoque(nt) pour vous le mot « lit » ?
Rêveries (à voir défiler les nuages par la fenêtre), voluptés (sur les draps), et lectures (sous les couvertures) : l’essentiel de la vie en fait. Tout commence à aller de travers dès qu’on opte pour la station debout : à trop voir les choses de haut, on les manque.
15- Si j’écris le mot « sexe » au pluriel, il devient un palindrome : « sexes ». La lettre « x » en devient le centre. Qu’y voyez-vous ?
Le « y » manquant, pour sonder le centre de ce mystère.
Franck LAROZE pour Cali Rise © Copyright Impudique Magazine
Minimes jetées au vent, Franck Laroze, Sens & Tonka éditeurs










déc 11th, 2008 at 1:51
Voilà quelqu’un qui ne manque pas d’esprit, même pour parler des choses du sexe qui ne semblent pourtant pas être son sujet de prédilection (si j’en crois ceci: http://fr.film.wikia.com/wiki/Franck_Laroze).