Pudding Morphina

La bruine mouille le paysage. Le temps n’en a rien à foutre de l’hiver. Scribe n’en a rien à foutre de Noël. Les mésanges et les pics n’en ont rien à foutre de ce Jésus mort sur la croix pour sauver l’humanité. Ils picorent comme leurs oiselets picoreront un jour. Une éternité.

Depuis des heures, son imprimante noircit des pages. Un manuscrit est déjà parti par la poste, les autres partiront lundi ou mardi. Pour l’instant, Scribe est dans la merde. Elle bloque sur la suite de son nouveau roman. Pourtant, ses deux personnages évoluent devant elle. Le jeune homme tue. Il ne supporte pas que des hommes violent sa compagne. Tous les deux ont un vécu d’enfants maltraités qu’ils se traînent comme un boulet explosif. Oui, mais voilà, Scribe n’a jamais excusé les assassins qui prétendaient avoir mal vécu leur bébéitude. C’est bien pour cela qu’elle a choisi de raconter ce road-movie. Le trop facile, Scribe n’aime pas.

Bouche pute sort de ses baffles et ce sont les lèvres de Dam que Scribe imagine. Sa bouche à pipe contre *sa bouche de pute sale jusqu’à la rage. Là, de suite, elle voudrait son homme slave délié mais pas détaché. **And I was born dead in your home. « Les mots et les courbes qui viennent de toi sont toujours emprunts d’un aura épicé qui aurait le goût de l’interdit. » « C’était juste pour te murmurer qu’il était agréable pour moi de te savoir revenir dans mes parages. » Depuis ces chuchotements caressants, combien de jours et de nuits avaient-ils mis tous les deux à construire leur monde ? Et si Dam n’était jamais revenu frapper à sa porte ? La Terre n’aurait certainement pas cessé de tourner et Scribe n’aurait pas stoppé ses promenades. Mais.

« Dam est amoureux. » « C’est quoi être amoureux pour vous ? Pour lui, c’est encore pouvoir en réchapper. Aimer, ce serait donc mourir ? Aimer, c’est mourir et renaître, non ? Qu’est-ce qui vous fait dire que Dam est amoureux ? »

L’imprimante a craché la dernière feuille. Scribe a éjecté Doré du lecteur pour le remplacer par Snow Patrol.

Il m’a redit « Je t’aime. » en ajoutant « dans notre monde ». Je ne te l’ai jamais dit, n’est-ce pas ? Je ne me souviens pas te l’avoir dit. Je te l’aurais dit, je m’en souviendrais, non ? Le moindre de tes regards, le moindre de tes sourires, le moindre de tes gestes, le moindre de tes râles, tout est gravé. Indélébile. Je te connais et pourtant, tu ne cesses de me surprendre. Tu apparais et disparais au gré de tes envies, de tes voyages, de ton autre vie. Je t’attends sans jamais t’attendre. Aucune obligation, jamais. Je vais m’absenter pendant quatre jours sans possibilité de lire mon courrier. Le manque de toi deviendra encore plus mordant, presque blessant si.
Effacer.

Sous l’avant-toit, Scribe fume les yeux perdus dans la brume de la pluie fine. Une douche brûlante et son corps tout contre le mien. Son sexe qui cherche le mien. Ma raison qui chavire quand se bouche réclame. Ses sens qui brûlent quand je pisse sur ses reins, juste avant de partir à l’assaut de son joli cul, langue et doigts pointés… Dedans, les Snow Patrol chantent The lighting strike. Et le siamois part en chasse.

* Extrait de Bouche Pute, Julien Doré
** Extrait de Pudding Morphina, Julien Doré

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Cali Rise

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