Frédéric Mars a déjà publié plus d’une quarantaine de livres dans divers genres, dont six romans. Certains ont été traduits dans plusieurs langues. Le livre du mal (Le sang du Christ) paraîtra le 19 octobre chez J’ai Lu dans sa version poche. Extrait de NON STOP :  - I - DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2012 8 H 15 - NEW YORK CITY - [...]

Sur la plage de Chesil de Ian McEwan

Ian McEwan est considéré comme l’un des écrivains anglais les plus doués de sa génération. On lui doit L’enfant volé, Sous les draps, Le jardin de ciment, Un bonheur de rencontre, L’innocent, Expiation.
Voici Sur la plage de Chesil, un chef d’oeuvre.

Extrait :

Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible. Mais ce n’est jamais facile. Ils venaient de s’installer pour dîner dans un minuscule salon au premier étage d’une auberge de style géorgien. Dans la pièce voisine, visible par la porte ouverte, se trouvait un lit à baldaquin étroit, dont la courtepointe d’un blanc pur s’étendait, incroyablement lisse, comme si aucune main humaine ne l’avait touchée. Edward n’avoua pas qu’il n’était encore jamais allé à l’hôtel, alors que Florence, après ses nombreux voyages avec son père dans son enfance, était une habituée. En apparence, tout leur souriait. Leur mariage à l’église St Mary d’Oxford s’était bien passé : la cérémonie religieuse avait été sans fausse note, la réception, festive, les adieux de leurs copains de fac et de lycée, aussi bruyants que chaleureux. Contrairement à ce qu’ils redoutaient tous les deux, les parents de Florence n’avaient pas regardé les siens de haut, et sa mère à lui n’avait commis aucun impair ni complètement oublié la signification de cette journée. Les mariés avaient pris la route dans une petite voiture appartenant à la mère de Florence, et ils étaient arrivés en début de soirée à leur hôtel sur la côte du Dorset, par un temps indigne de la mi-juillet et de l’occasion, mais parfaitement convenable : s’il ne pleuvait pas, il ne faisait pas non plus assez chaud, selon Florence, pour manger sur la terrasse comme ils l’avaient espéré. Edward pensait que si, mais, poli à l’extrême, jamais il n’aurait osé la contredire un soir pareil.

L’histoire :

1961.
Après un an de fréquentation, Edward et Florence viennent de se marier. Un an pendant lequel Edward a espéré que Florence se laisserait embrasser avec la langue, oserait le toucher. Un an pendant lequel Florence a cru pouvoir supporter les attouchements d’Edward tout en redoutant qu’il réclame d’aller plus loin.
Tous les deux viennent de famille où l’on se tait, où l’on ne parle pas. Et surtout pas de sexe.
Tous les deux portent en eux le poids de leur « mauvaise » éducation.
Dans cet hôtel, au bord de la plage de Chesil, un drame conjugal va se jouer qui va influer sur toute leur vie. Et si ? Cette question, Edward tout comme Florence se la poseront jusqu’à la fin de leur vie.

Virtuosité :

Dans ce roman dérangeant, tour à tour poisseux et cynique, naïf et plein de bonne volonté, où les pensées de l’un succèdent à celles de l’autre marquent le rythme de l’histoire, où la nature déploie toute sa beauté obsédante, où le vécu de l’enfance influe sur les premiers pas vers la liberté et l’autonomie de jeunes adultes, Ian McEwan distille l’ambigüité autant qu’il pointe le doigt sur des révélations troublantes.  

Sur la plage de Chesil est la preuve écrite que tout ne peut pas être dit. Magistral !

Sur la plage de Chesil, Ian McEwan, Gallimard 16, 90 €

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Cali Rise

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