On the outskirts of

A gauche, rien. A droite, rien non plus. Scribe franchit le stop et après s’être avancée sur le parking, gara son véhicule à l’arrache entre une voiture noire et une autre voiture noire. Elle n’y connaissait absolument rien en races de voitures racontait -elle à qui voulait bien la croire. En vérité, Scribe s’en moquait. Quatre pneus en état, une clé de contact, un poste radio et un lecteur de CDs, seul cela lui importait. Et roule ma poule !

Sauf que mademoiselle Scribe aimait la vitesse tout autant que les belles carrosseries et dès qu’elle pouvait appuyer sur  un accélérateur, elle s’en donnait à cœur joie. Ce qui n’était pas toujours du goût de son passager avant. Surtout quand un  « connard de routier » déboitait juste devant son nez sans avoir pris la peine de le signaler auparavant et qu’elle devait freiner brutalement en priant intérieurement que la voiture qui lui « collait au cul » depuis des kilomètres en fasse autant.

– Sais-tu que ces abrutis sont les principaux responsables des accidents graves qui surviennent sur cette autoroute ? Ceux qui conduisent comme les pires des sagouins, ce sont les Espagnols.
– Hum, je dirais que les Belges et les Luxembourgeois ne sont pas mal non plus.
– Je te parle de routiers pas de conducteurs de voitures de luxe! Ils devraient avoir des autoroutes réservées ou tout du moins des voies. Et interdiction de se doubler !
– Tu n’as jamais d’accident ?
– Tu trouves que je conduis mal ?
– Non, tu as une conduite très sportive mais tu es parfaitement concentrée sur la route et pas seulement sur ce qui se passe juste devant toi. J’ai pleinement confiance en toi.
– Mon moniteur m’a appris à anticiper toujours plus avant et à garder une vision de 360°. Le seul pète que j’ai eu, c’est en manœuvrant sur un parking. J’ai avancé et reculé plusieurs fois en utilisant mes clignotants mais un jeune con qui conduisait une mobylette a tenu à me doubler par la droite. Il a explosé mon rétro et s’est retrouvé projeté au sol. Je suis sorti blanche comme un linge, je croyais que je l’avais tué ! C’était au tout début de mon permis mais depuis, j’évite au maximum de manœuvrer pour me garer. Et lorsque je vois un jeune en mobylette, je flippe!

Scribe gravissait les marches. Devant le magasin de bricolage, un homme fumait nerveusement sa cigarette. De dos, sa silhouette était attirante. Quand il se retourna pour écraser son mégot, Scribe tourna rapidement la tête. sont passés les beaux hommes ?  La porte s’ouvrit automatiquement devant elle, elle entra sans changer d’allure. Quelques mètres plus loin, la jeune femme longeait le rayon décoration. Elle n’y trouverait pas ce qu’elle cherchait, trop de beiges et de bruns fadasses ! Voilà ! Ces boutons de porte feraient l’affaire.

Cinq minutes plus tard, Scribe patientait aux caisses. Elle avait aussi pris une sorte de photophore : des petits pots en verre transparent posés dans des louches creuses étaient suspendus par des tiges plates et rigides à une barre verticale devant laquelle revenait une sorte de large tuile arrondie, formée d’un fin grillage argenté. Une fois débarrassé de ces détails inutiles et vissé au mur à l’horizontal, le grillage terminerait sa vie comme porte-revues.

– C’est à vous la Fiat Bravo ? lui demanda l’homme aperçu à son arrivée.
Jamais personne ne lui a appris à dire bonjour ?
– La Bravo? Je n’y connais rien en voiture. Quelle couleur ?
– Bleu foncé.
– Indigo, outremer ou marine ?
– Je n’y connais rien en couleurs.

L’homme la suivait toujours. Scribe s’arrêta pour ouvrir sa portière.

– Donc c’était bien votre voiture !
– Pour aujourd’hui, oui.
– Je vous offre un verre ?
– Non.
– Vous êtes directe.
– Le plus souvent.
– Que faites-vous dans la vie ?
– Je vis. Et vous ?
– On ne vous a jamais dit que vous étiez une peste ?
– Si, parfois.
– Alors, que faites-vous dans la vie ?
– A cette heure-ci, je suis décoratrice.
– Oh ! Et tout à l’heure ?
– Au revoir.

Sans attendre, Scribe s’installa dans sa Bravo et claqua la portière. Le pignouf avait rallumé une cigarette. Pignouf ! Elle adorait ce mot mais exécrait les personnes qui se conduisaient comme tel. Et Charlie Winston chantait. Oh, *like a hobo from a broken home Nothing’s gonna stop me.

*vidéo de mytaratata

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