Rêve 78 de Hafid Haggoune

Né à St Etienne, Hafid Aggoune est l’auteur de trois romans. Le dernier, Premières heures au paradis, a paru en 2008.

Court roman, très court, trop court (?), Rêve 78 commence par la présentation d’Hervé Babel. Il a trente-quatre ans demain et sera bientôt père. L’espace d’un livre, il découvre pour la première fois l’océan Pacifique et surtout, il contemple une photographie. Cette photo représente une femme et un petit garçon. Cette belle jeune femme qui sourit, c’est sa mère, ce petit garçon, c’est lui, à 8 ans. C’est lui et ce n’est pas lui. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Qu’est-il advenu de ce petit bonhomme ? De cette femme ? Pourquoi, alors que le narrateur s’apprête à devenir père, alors qu’il possède ce cliché depuis des années, pourquoi tous ces souvenirs rejaillissent ?

Et puis, l’homme raconte. Tout petit, son père l’a séparé de sa mère pour le placer dans sa famille en Algérie, pendant deux ans. Là-bas, ils parlaient une autre langue. Là-bas, d’autres bras le serraient.

Hafid Haggoune dit l’absence, la douleur atroce de l’absence, le bonheur des retrouvailles, la découverte de cette mère qui était devenue une étrangère, les cassures, les blessures.

Rêve 78 est une introspection nécessaire et impudique, tendre, brûlante et nostalgique. Un très beau livre assurément.

Extraits :

[…]
Un livre ne prévient pas. Il arrive sans être désiré, un passé indéfini, un avenir infini. C’est le bouleversement.
Quand une personne vous sauve la vie, elle surgit comme une personnification anonyme du Destin. Elle vous tend la main et sauve votre vie avant de s’évanouir dans la nature.
Chaque mot écrit est une main qui me fait savoir que la vie est là. C’est mon souffle, ma respiration.
Chaque mot lu de certains écrivains a été cette main qui m’a éloigné du bord des gouffres.
[…]
Là-bas, je ne savais pas qui j’étais, d’où je venais, où j’allais. Je n’avais ni pays, ni père, ni mère, ni langue. Je n’étais plus français comme je n’étais plus kabyle, juif, andalou. Je n’étais plus le petit Hervé Babel. Je n’étais pas arabe. Mes origines se perdaient sur les sentiers étroits, mon sang coulait dans les ruelles sans que je reconnaisse les miens. J’étais l’enfant de nulle part, l’enfant de personne, une planète isolée, un vagabond sans misère à la recherche de son étoile.
[…]
Aujourd’hui, je sais qu’il y a des amours difficiles, comme hantés par le passé, et qu’il faut parfois savoir attendre l’aube des beaux jours, en silence, que la rosée vienne tout purifier, que le temps fasse son œuvre dans le cœur des fils et des pères.
Ecrire m’apprend à aimer vivre.
Ecrire m’empêche d’avoir peur de vivre.
Ecrire me soulève la poitrine comme si mon corps se situait en bord de mer, l’horizon à porter de regard,
face à tous les possibles.
[…]

Rêve 78, Hafid Haggoune, Collection Joëlle Losfeld, Gallimard 64 pages, 9, 50 €

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