Que le jour recommence d’Annie Lemoine

 Quatrième roman de la journaliste Annie Lemoine, Que le jour recommence est un petit roman de 140 pages dont certaines ne sont recouvertes que de quelques lignes. Etrange. Tout comme le mot de l’éditeur qui s’empresse d’envoyer une mini-accroche pour s’étaler longuement sur Les heures chaudes, son précédent roman. On pourrait presque penser qu’il s’excuse d’avoir laissé paraître Que le jour recommence. Ce qui serait idiot.

*Les gens ne parlaient que de ça. Du dérèglement climatique. Du fait que l’homme avait cassé la machine et qu’il semblait bien incapable de la réparer. Les avis n’étaient même pas partagés. Aucun débat. Peut-être parce que cela aurait demandé de l’énergie et qu’il n’y en avait plus. Depuis deux ou trois jours, le mercure montait trop haut, il tuait jusqu’aux optimistes. On ne trouvait plus personne pour dire que cela allait s’arranger. Que cela redeviendrait comme avant. Avec de la neige certains hivers et une chaleur acceptable l’été. Personne pour le dire, personne pour le croire.

Oui… Première page du livre… Une page blanche et…

*Stella avait renoncé au maquillage. Rien ne tenait sur la peau. Eliminé aussi le foulard chic. Il était posé devant elle, roulé en boule sur la table. Elle avait fini par capituler. Après avoir tenté de dompter une nature de cheveux rebelle accablée par trop de colorations successives, elle s’était décidée à abandonner tout type d’artifice. Elle n’avait lus la force peut-être même plus l’ambition de séduire.
Elle se posait pourtant encore la question : quel était celui, y en aurait-il un, qui arrêterait son regard sur elle assez longtemps pour qu’elle capte son intérêt et tente de composer un début de sourire ?
Elle pouvait toujours compter sur ses yeux pour accrocher. Ils conservaient l’éclat et l’intensité d’un bleu franc, rare, dont on lui avait souvent parlé. Certains avaient même du mal à soutenir son regard trop longtemps. C’était un bleu qui faisait vaciller. Stella avait des yeux dont on se souvenait.

Nouvelle page blanche. A ce rythme-là, je vais avoir du mal à me concentrer sur cette histoire ! Ce fut ma première réflexion. Et puis, j’ai laissé une chance à Annie Lemoine. Allez Annie, emmène-moi ! Je veux comprendre Stella !

L’histoire :

Stella a tout laissé, la ville et un travail qui lui plaisait beaucoup, pour déménager dans un petit village du bord de mer. Elle aimerait tout oublier, tout effacer, tout reconstruire. Différemment. Alors, qu’elle commence à trouver un nouveau rythme de vie, Fred, l’un de ses anciens compagnons surgit. Fred, c’est l’avocat brillant. C’est aussi le flambeur, le menteur, celui avec qui elle s’engueulait de façon fracassante. Pourtant, même si Stella se souvient de ses coups tordus, elle se rappelle aussi de leurs éclats de rire, de leur complicité. Et surtout des enfants de Fred qu’elle a élevés. D’ailleurs, comment leur annoncer qu’ils vivent à nouveau ensemble ?

Que le jour recommence est fait de petits paragraphes. On croirait presque contempler la mer qui vient effacer des mots écrits sur le sable de la plage par une chaleur accablante. Et puis, la température baisse, l’histoire se déroule, l’entente renaît. Chacun évite les sujets qui fâchent. On veut respecter l’autre, alors on se tait. En vérité, on fuit. On fuit l’autre, on se fuit soi. Jusqu’au jour où la vérité éclate. Blanche. Finalement, personne ne change jamais vraiment. Mais il faut parfois une grande claque dans la gueule pour s’en rendre compte. Alors on voudrait ne rien savoir. On voudrait juste que le jour recommence…

*Extraits de Que le jour recommence, Annie Lemoine

Que le jour recommence, Annie Lemoine, Editions Flammarion 140 pages 15 €

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