L’homme livre

Je voudrais écrire sur ta peau. Ou plutôt, je voudrais qu’à la fin de notre histoire, si fin il y a, ta peau soit gravée de tous nos échanges, que tout notre vécu soit écrit à l’encre invisible sur ton corps et sur ton être. Mieux même, je voudrais qu’il soit gravé dans ta chair et dans ton âme, à l’épreuve du temps et des Hommes. Je voudrais qu’après nous, ou même maintenant, que les hommes et les femmes te regardent différemment. Ceux et celles qui le peuvent, ceux et celles qui ont l’œil. Ils te contempleraient, étonnés. Oui, quelque chose en lui à changer, mais quoi ? Aucun d’entre eux ne saurait poser le doigt dessus. Non, je n’aimerais pas qu’un autre ou qu’une autre puisse lire mon écriture. Quelque part, là, seulement là, tu m’appartiens. Pourtant, je suis pleinement conscience que jamais, jamais, rien n’est acquis.
Je te séduis, tu me séduis, il me séduit, nous nous séduisons, vous me séduisez, ils puent de la gueule et de la queue.
J’aime toi. J’aime ton rire, ton regard sur la vie, tes blessures et même celle qui partage ta vie. J’aime la profondeur de ton âme, ton désir, nos jeux, nos aveux, nos silences, ta bouche à pipes, ton joli petit cul, ton sexe. J’aime ta façon d’enjamber mes barrières ou de les contourner, toujours je te regarde, les yeux mi-clos, j’abaisse ou non ma garde. J’aime ton infini respect, tes colères, ton calme énervant, ta violence sous-jacente. J’aime que tu m’aimes. J’aime nos baises incandescentes, toutes, les vécues, les avortées, les fantasmées. J’aime te parler librement, sans filet, sans voile, sans mur, de tout, de rien. J’aime que tu m’écoutes, que tu me rassures, que tu me taques, que tu me bouscules, que tu m’appelles beauté, que tu rêves de mon cul, de mes lèvres sur ta queue, de mes doigts en toi, de mon souffle ton contre ta bouche. J’aime que les autres ne comprennent pas, les hommes, les femmes, les chiens, les curés, les bien-pensants, les yaka fokeu, les mal-baisés par-devant et par-derrière masculins et féminins. J’aime. Je t’aime. Nous…

– Que fais-tu?

Scribe pose son stylo et lui sourit. Dam s’approche, félin. La jeune femme se lève, arrache les pans de sa chemise, l’ôte de ses épaules et, tout en passant la pulpe de ses doigts sur la peau de son torse et de son ventre, lui murmure à l’oreille « Rien que tu ne saches déjà. Je te lis. Je t’écris. Je nous invente. » Dam passe ses paumes sous sa jupe, caresse fermement ses fesses nues. « J’ai revu La piscine. Romy est magnifique. » « Delon aussi » Scribe déboutonne son jeans, glisse sa main sur son sexe turgescent. « Personne n’est jamais acquis. Personne. »

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