Créatures

On dirait qu’une main a essoré le rouge-gorge, il a retrouvé sa taille de printemps. Ça tombe bien, d’ici quelques jours le printemps sera là. Les perce-neiges ont leurs clochettes largement ouvertes, comme si elles cherchaient désespérément la neige de la pointe de leurs pétales. Quelques primevères éclatent déjà gaillardement les plates-bandes encore noires de l’hiver de leurs couleurs jaunes et parmes. Bientôt les narcisses et les jonquilles rivaliseront avec les forsythias. Sur le tamaris, le pic épeiche claque un morceau de bois coincé dans son bec. La Nature piaffe. Tout comme Scribe. Mars est son mois. Et mars attaque.

Cette nuit, PM l’avait entraînée dans une soirée dont il a le secret. Ses dernières conquêtes étaient présentes. Scribe avait cherché du regard Dam qu’elle savait être en balade printanière. De derrière un pilier, elle l’avait observé aux prises avec la reine rouge.

Photographie de Jeffery Scott

Photographie de Jeffery Scott

PM lui apportait un whisky au moment où son amant déposait un baiser sur le téton en cœur de la belle. Le sien fit un bond quand le poète aux cheveux blonds fourra sa langue dans sa bouche. Il se recula, les yeux fendus d’un sourire espiègle. Scribe avala une gorgée de bourbon et, renversant la tête de PM, fit glisser le liquide entre ses lèvres. Le jeune homme se redressa pour l’avaler en toussotant. Scribe eut envie de le goûter. Là, maintenant. Ne prétendait-il pas pouvoir assouvir plusieurs femmes impatientes ? PM joua l’offusqué. Il prétendit mollement avoir abusé d’alcool et de drogues. Elle l’entraîna vers le canapé d’apparat où s’étalait une belle aux bas noirs et aux yeux de baise.

Photographie de Jeffery Scott

Photographie de Jeffery Scott

Scribe caressa le fessier charnu de la belle avant de lui emprunter son long collier de perles. Elle adorait attacher PM. Il adorait qu’elle profite de lui et se laissa lier les poignets sans rechigner. La jeune femme du canapé fit grincer les ressorts de sa taille quand elle prit la fuite, apeurée par les éclairs lubriques qui sortaient des yeux des deux protagonistes. Scribe défit un à un les boutons de la chemise à jabot de son amant du moment. Son pantalon fut enlevé beaucoup plus rapidement.
Elle le fit asseoir sur le velours des coussins, jambes légèrement écartées. Alors qu’il s’attendait à ce qu’elle s’agenouille devant lui, la journaliste posa son index sur ses lèvres pulpeuses. A son oreille, elle lui susurra des explications rapides. Sa robe de bal froufrouta dans le mouvement qu’elle fit pour se retourner. Aucun mot ne fut échangé à voix haute, Scribe leva juste la main et agita son index. Dam abandonna la reine des cœurs et vint les retrouver.
C’est lui qui souleva les nombreux jupons de la robe et les étala autour d’eux quand sa belle s’installa sur les cuisses de PM. PM quant à lui, s’il s’était inquiété de voir arriver Dam, commençait à respirer plus sereinement. Les expériences romantiques, il adorait ça. Scribe approcha ses lèvres tout contre celles de PM. Dam murmurait des mots incandescents aux oreilles de l’une et de l’un. Les langues s’entortillaient et s’enfonçaient de façon délicieuse. Les sexes s’embrassaient de façon vertigineuse. Dam était le chef d’orchestre. PM était le chantre dans leur église. De la gorge de Scribe sortaient des sons mélodiques et envoûtants. Les deux hommes jouissaient pleinement de l’instant présent. Dam jouait de la bouche et des doigts savamment. Tout autour d’eux, les créatures étranges et féminines inventaient un opéra baroque et décadent. Ce n’était que gémissements orgasmiques et bruits de succions et de pistons. Le sexe de PM palpitait contre celui de Scribe sans le pénétrer. Il n’avait jamais connu une telle joute sexuelle. Soudain, leurs trois soufflent s’unifièrent dans un *C’est bon de te faire monter vers l’extase et la clarté, des vagues vont t’envelopper et tu vas pouvoir crier.

Photographie de Jeffery Scott

Photographie de Jeffery Scott

Plus tard, Dam s’éloigna au bras de la reine rouge. PM fut rhabillé et détaché. La tête posée sur ses cuisses, Scribe écoutait la sonate jouée par une marquise au violon, ses doigts entrelacés à ceux de son poète favori. Tout en caressant les cheveux de Scribe, PM fixait rêveusement les perles nacrées qui couraient entre les cuisses de la violoniste.

Photographie de Jeffery Scott

Photographie de Jeffery Scott

Dehors, Scribe respira l’air. Les parfums étaient différents. D’ailleurs, elle portait maintenant Bal musqué. Que du bonheur… Bientôt, elle regarderait couler la Seine. Et les cons.

*Paroles extraites de L’orgasme de Travis Bürki

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Cali Rise

One Response to “Créatures”

  1. J’aime beaucoup les photos de J. Scott, XVIIIème siècle oblige !
    Une bien belle Pompadour moderne et un beau texte. Manon des Gryeux

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