Un hiver avec Baudelaire, Harold Cobert

Paris, le 12 mai 2009

Pour Cali Rise,

Cet hiver avec Baudelaire, pour trouver de la fraîcheur à l’ombre de l’été, et de la chaleur au cœur de l’hiver.

Impudiquement vôtre !

Harold

C’est toujours avec un réel bonheur que je reçois un nouveau roman et quand, heureuse surprise, j’ai la joie de découvrir une dédicace personnalisée en ouvrant le livre, certaine fois, il m’arrive de rougir. Ce fut le cas ce jour-là lorsque j’ai sorti du carton d’emballage, cet ouvrage de Cobert, Harold de son prénom, Un hiver avec Baudelaire. J’ai lu les mots qui m’étaient adressés et j’ai commencé la lecture de ce roman dont l’éditeur précise en couverture que l’on y « découvre qui est le meilleur ami de l’homme. »

Né à Bordeaux, Harold Cobert a déjà publié un recueil d’essai, Mirabeau, le fantôme du Panthéon, et, en 2007, un premier roman, Le remaniement de Patrick Treboc. Il écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision.

L’histoire :
Philippe a connu Sandrine lorsqu’ils étaient étudiants. Bien vite, la jeune femme s’est retrouvée enceinte. Horreur ! Sandrine et Philippe n’étaient pas du même milieu. Il a fallu réparer, ils se sont mariés. Et Claire est née.
Les années ont passé. Les parents de Sandrine continuent de détester Philippe. Sandrine a éloigné de leur couple tous les amis de son mari. Ils ne voient pratiquement plus ses parents. Le bonheur de Philippe ? Sa fille, sa princesse. Et leur rituel : tous les soirs, le papa raconte à sa fille une histoire. Souvent la même d’ailleurs. Claire insiste.
Un jour, Sandrine met Philippe à la porte. Ils sont divorcés depuis deux mois, il devait se trouver un appartement. Et là, tout s’enchaîne. Philippe démissionne de son CDD et se retrouve sans emploi. Sans emploi, pas de logement. Sans logement, pas d’emploi. Devenu SDF, Philippe découvre la loi de la rue. Et la solitude, l’indifférence, la honte, la violence.
Le lendemain d’une nuit où un corniaud vient à sa rescousse, sa vie d’errance change petit à petit. Ce chien, c’est Baudelaire.

L’avis :
« Je chante les chiens calamiteux, soit ceux qui errent, solitaires, dans les ravines sinueuses des immenses villes, soit ceux qui ont dit à l’homme abandonné, avec des yeux clignotants et spirituels « Prends-moi avec toi, et de nos deux misères nous ferons peut-être une espèce de bonheur ! » Charles Baudelaire.
Plusieurs fois dans son roman, Harold Cobert cite ce poème en prose de Charles Baudelaire, Les bons chiens. Et lorsque je lis l’histoire de Philippe, je songe à la suite de ce poème « Où vont les chiens, dites-vous, hommes peu attentifs? Ils vont à leurs affaires.
Rendez-vous d’affaires, rendez-vous d’amour. A travers la brume, à travers la neige, à travers la crotte, sous la canicule mordante, sous la pluie ruisselante, ils vont, ils viennent, ils trottent, ils passent sous les voitures, excités par les puces, la passion, le besoin ou le devoir. Comme nous, ils se sont levés de bon matin, et ils cherchent leur vie ou courent à leurs plaisirs.
Il y en a qui couchent dans une ruine de la banlieue et qui viennent, chaque jour, à heure fixe, réclamer la sportule à la porte d’une cuisine du Palais-Royal; d’autres qui accourent, par troupes, de plus de cinq lieues, pour partager le repas que leur a préparé la charité de certaines pucelles sexagénaires, dont le cœur inoccupé s’est donné aux bêtes, parce que les hommes imbéciles n’en veulent plus.
D’autres qui, comme des nègres marrons, affolés d’amour, quittent, à de certains jours, leur département pour venir à la ville, gambader pendant une heure autour d’une belle chienne, un peu négligée dans sa toilette, mais fière et reconnaissante.
Et ils sont tous très exacts, sans carnets, sans notes et sans portefeuilles
. »
Pourquoi ? Parce qu’Harold Cobert est un poète. Il nous offre une plongée sans fard dans le quotidien des plus démunis. C’est beau comme un homme à la dérive. Cobert n’en rajoute pas, il peint ce et ceux qui nous entourent en mêlant poésie et vérité sociale. Qui n’a pas connu l’absurdité de la réalité des ANPE et des Assedic (aujourd’hui, Pôle Emploi), ne sait rien. Qui n’a pas vraiment regardé un clochard comme un être humain, ne connaît pas l’équilibre précaire de sa vie.

Un hiver avec Baudelaire n’est pas un livre où l’humour déborde à chaque page. Non. C’est un livre où la tristesse et la violence se mêle aux éclats de bonheur. Et parfois, il suffit d’une seule rencontre pour que la vie ait de nouvelles couleurs. Philippe a tout d’abord rencontré Baudelaire, un chien, et ensuite, d’autres belles personnes. Moi, j’ai rencontré l’écriture d’Harold Cobert et je lui dis merci. Merci pour cette leçon de vie. Oh oui !

PS : une partie des droits d’auteur de ce livre est reversée au Fleuron Saint-Jean, la péniche dont il est question dans les pages de ce roman. Un des rares endroits où les personnes sans domicile fixe sont accueilli avec leur compagnon à quatre pattes.

 
Un hiver avec Baudelaire, Harold Cobert, Editions Héloïse d’Ormesson 272 pages 19 €

 

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