Les Enfants du Néant d’Olivier Descosse

Dans une autre vie, Olivier Descosse était avocat. Il est aussi le fils d’un anesthésiste et d’une psychanalyste. Sans doute que ceci explique cela. Quant à savoir pourquoi certains disent de lui qu’il est un des maîtres du thriller made in France, il suffit de le lire.

Extrait :
[…]
Une ambiance dépouillée.
Sol blanc, équipements rutilants, lampes halogènes. La cuisine, résolument moderne, donnait dans le fonctionnel. Comme le reste du trois-pièces que François habitait depuis sept ans. Un grand salon den demi-lune prenait les deux tiers de la surface, le reste étant distribué en une belle salle de bains et deux chambres minuscules : une pour lui, une pour Charlotte.
Il avait acheté l’appartement après la mort de Diane, délaissant son loft de la Bastille pour un immeuble de quatre étages dans le quinzième arrondissement. Plantée face à la Seine, à deux pas du paquebot de France Télévisions, cette construction standardisée jouissait d’une vue imprenable. Mais son atout majeur était ailleurs, dans la proximité géographique d’une femme sans qui la suite aurait été très compliquée : sa mère.
D’apparence froide, Gabrielle Marchand n’était qu’un concentré d’amour. Elle avait soutenu son fils dans les épreuves, présence parfois envahissante mais toujours chaleureuse dont la solidité ne s’était jamais démentie. Sans elle, François n’aurait pas pu s’occuper de Charlotte après le drame. Pas plus que maintenant d’ailleurs, compte tenu des horaires à rallonge de son nouveau métier.
Ce soir, d’après le message laissé sur sa boîte vocale, Charlotte avait une fois de plus trouvé refuge chez sa grand-mère. Huit ans après l’assassinat de sa mère, l’adolescente était encore fragile. Elle avait besoin d’un cadre stable, rassurant, a fortiori l’année du bac.
Le profileur se prépara une assiette froide, prit une canette de thé vert et retourna dans le salon. Quinze minutes après avoir poussé la porte de son refuge, il n’avait toujours pas ouvert l’enveloppe. Il en retardait le moment, cherchant d’abord à faire le vide en lui afin d’être concentré au maximum.
Une femme découpée vive.
Un visage prélevé.
Du pur délire.
Il s’installa dans le canapé, pieds en éventail sur la table, et se mit au travail. Avant toute chose, le procès-verbal de premières constatations, les impressions recueillies à chaud qui définissent l’orientation de l’enquête. Sa teinte.
Les gendarmes avaient été prévenus par un couple qui pique-niquait dans le coin. Leur fils était tombé par hasard sur les restes de la victime, après une escapade dans les sous-bois qui l’avait conduit jusqu’à une vieille bâtisse en ruine. Au vu de la configuration des lieux, le meurtrier n’avait pas cherché à dissimuler le cadavre. Pas vraiment. L’endroit, bien que peu e retrait, était à deux pas d’un site touristique ultra connu : le « Sentier des ocres ». Quant à la baraque, elle était couverte de graffitis et jonchée de détritus. Donc accessible. Le sang qui éclaboussait le périmètre démontrait que le meurtre avait été commis sur place.
Le policier picora un morceau de saumon, sans cesser de lire. Les gendarmes avaient pris des photos, fait des croquis, des plans, et relevé les indices apparents. En d’autres termes : figé la scène de crime avant l’intervention des experts de l’unité technique et scientifique. Au rang de ces constatations basiques, il observa que des dizaines d’empreintes marquaient le sol, traces plus ou moins récentes laissées par les semelles des promeneurs. Comte tenu de leur nombre, il serait sans doute difficile d’isoler une piste nette…
François poursuivit sa lecture. Auditions des premiers témoins, de l’enfant qui avait trouvé les restes, de ses parents. Des éléments sans intérêt. Il tomba sur les photos, une série de gros plans en noir et blanc. Malgré la mauvaise qualité du fax, elles lui coupèrent l’appétit. Des morceaux de viande, sectionnés grossièrement par des entailles dans la région des articulations. Certaines parties du corps étaient déchiquetées, laissant penser qu’un animal était passé par là. La présence de vêtements, loin d’atténuer l’horreur, lui donnait au contraire, une réalité insoutenable. A la place du visage, il n’y avait plus que des chairs à vif. Pas de lèvres, pas de nez, ni de paupières. Uniquement la denture, mise à nu jusqu’au sommet des maxillaires.
Le cœur au bord des lèvres, François avala une gorgée de thé et passa à la fiche de levée de corps. Identité présumée de la victime : à déterminer. Les cases annexes avaient quand même été cochées au stylo à bille. Individu de sexe féminin, yeux noirs et cheveux blonds. Les renseignements sur la femme se réduisaient à ces données de base.
Sur l’aspect extérieur du cadavre, le formulaire donnait les précisions habituelles. Taille, corpulence, tatouages, état d’hygiène… Rien de bien passionnant. Un astérisque renvoyait à une note manuscrite. François s’y reporta, découvrant une succession de pattes de mouche tracées sur papier d’une main fébrile.
D’après le légiste, on n’avait retrouvé de la victime que des morceaux épars. Bras, jambes, thorax et tête, tout y était. Mais démembré…
Il tourna la page et plongea dans la dernière rubrique : forme médico-légale supposée du décès. Là encore, rien de neuf. Hormis la certitude qu’il s’agissait d’une mort violente par homicide, le médecin ne s’était pas prononcé sur sa cause. Il avait seulement remarqué la pâleur de la peau et conclu à une absence de sang dans le réseau veineux. Comme l’avait dit Hénon, la femme avait été saignée à blanc…
[…]

Résumé :
François Marchand a été un des meilleurs psychanalystes. Un jour, l’un de ses patients a assassiné sa femme. Depuis, il est devenu flic et surtout, profileur. Toutes les affaires difficiles sont pour lui. Enfin, si le commissaire divisionnaire de l’OCRVP (office central de répression de la violence faite aux personnes), Roger Hénon, le mettait sur le coup.
Un meurtre horrible vient d’être commis. Quand François se rend sur place, il fait la connaissance du jeune lieutenant, Julia Drouot. Tous les deux vont être confrontés à des crimes barbares, commis aux quatre coins de la France.
Il semblerait que le tueur soit un psychopathe dont la folie et l’intelligence n’ait aucune limite. François réussira-t-il à le comprendre ?

Avis :
Plongez dans le monde des Enfants du Néant et vous plongerez en enfer, là où le virtuel fraye avec le réel. Là où les adolescents n’ont pas l’air aussi angélique que leurs apparences voudraient bien le faire croire.
Olivier Descosse déroule son scénario cruel sans faiblir, analysant les failles de l’âme humaine de façon impressionnante. Il faut être un lecteur assidu de thrillers pour deviner, bien avant le profileur, qui est l’assassin. Ce qui n’enlève rien à la puissance du roman. Car, Descosse est un orfèvre : alors qu’on croit discerner la fin, il nous offre la sienne, surprenante.

Parents d’adolescents, nul doute qu’en refermant ce livre, Les Enfants du Néant, vous surveillerez d’un œil plus attentifs vos adolescents que vous croyez bien gentiment occupés à visionner des sites bisounours.
Les Enfants du Néant : la violence et l’horreur ne sont pas que virtuelles : elles sont parmi nous.

Les Enfants du Néant, Olivier Descosse, Michel Laffon  440 pages 20 €

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