OrelSan, la poléNique Perdu d’avance

Aurélien Cotentin est le fils d’une institutrice et d’un directeur de collège. Il a grandi à Alençon avant de partir à Caen après avoir obtenu son bac S. Aurélien Cotentin, ça ne vous dit rien ? Et OrelSan, son pseudonyme ? Ah là, je vous vois réagir. OrelSan, Sale pute, les prises de position des féministes et des politiques de tous bords et dernièrement, sa déprogrammation des Francofolies de La Rochelle.

OrelSan… Le nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand a donne son avis dans la presse : « Orelsan exprime le dépit amoureux, avec des termes qui ne sont pas les miens (…). Je ne trouve rien de choquant ni de répréhensible à la manière dont il le chante. (…) Rimbaud a écrit des choses bien plus violentes et qui sont devenues des classiques, a ajouté le ministre. C’est beaucoup d’agitation pour rien, Orelsan a le droit tout à fait légitime de composer sa chanson et de la chanter où il veut. » Et il n’en faut pas plus pour que certains raccourcissent ses dires et rapportent que le ministre de la Culture voit ce rappeur de 26 ans comme un nouveau Rimbaud. Ha ha.

Le 11 juillet, j’étais aux Francofolies de La Rochelle quand Olivia Ruiz a dédié son show à l’absent, OrelSan. Quelques heures auparavant, Anaïs demandait si des Christina assistaient à son concert. « Qu’est-ce que vous faites là ? » « De toute façon, les Christina ce sont toutes des putes. » La foule hilare a applaudi. Quand on écoute sa chanson Christina, Anaïs n’y va pas avec le dos de la cuillère : « Oh l’enfoiré m’annoncer ça comme ça de but en blanc J’ sais même pas qui c’est cette foutue Christina cette pute en blanc… Une infirmière nan mais j’ te jure Bah faut qu’on t’opère ça c’est sûr Je verrais bien une ablation Sans tes couilles tu seras p’tête moins con… » Ses paroles sont légèrement moins violentes (euh ?) que celles des chansons d’OrelSan mais personne n’a jamais reproché à Anaïs de vouloir émasculer tous les hommes ni d’insulter toutes les infirmières et toutes les Christina de la Terre…

Je n’ai jamais caché que je n’aimais pas spécialement le rap et les rappeurs même s’il m’arrive d’apprécier quelques-uns de leurs textes. En fait, ce que je n’apprécie pas chez certains rappeurs, c’est leur éternel discours : je suis un gars de banlieue, je déteste ces pauvres nazes de keufs et je rêve de tous les buter. Le tout « chanté » avec une diction lamentable. Ben oui, j’aime encore bien entendre ce qu’on me raconte et casser du flic pour casser du flic, ouais ben ça va cinq minutes. Et encore, je suis gentille.

Parlons du phénomène OrelSan, 26 ans et toutes ses dents (hé ho, ne déconnez pas ! Je n’en sais fichtrement rien. S’il a toutes ses dents). Quoi, phénomène ça vous choque ? Le gars signe chez Wagram (au Troisième Bureau), son album Perdu d’avance (ironique le titre, non ?) sort en février 2009 et quelques semaines plus tard, on lui reproche d’avoir écrit une chanson qui date de plus de deux ans et qui ne figure même pas dans cet album ? On se moque de qui, là ?

Ça me rappelle ces politiques qui découvrent (non ?) qui est réellement Le Pen alors qu’il siège depuis un quart de siècle au Parlement européen, qui réagissent avec un décalage certain aux propos de Benoit XVI sur les préservatifs (hormis le fait que le pape pourrait tenir un discours qui colle à son époque, le pape reste le pape. Imaginez le scandale si d’un coup, Benoît se mettait à prêcher l’usage du préservatif et la baise à tout-va !). Tous ces gens vertueux et soi-disant bien intentionnés feraient mieux de bouger leur cul pour agir [réellement] contre les violences quotidiennes faites aux femmes (puisque c’est ce qui est reproché à OrelSan) et aux enfants, pour faire en sorte que l’information sur la propagation du sida ne passe pas à la trappe dès que la Journée Nationale est passée, pour que l’alcool vendu à des mouflets de même pas quatorze ans ne le soit plus, pour que tous les Français mangent à leur faim et possèdent un toit digne de ce nom et pour que des médecins généralistes cessent de distribuer des médicaments dangereux comme s’il s’agissait de sucettes au chocolat ou de boîte de petits pois.

Toutes celles et tous ceux qui partent en guerre contre ce rappeur ont-ils pris la peine d’écouter ses textes figurant sur son album ? Je ne pense pas, non, car ils ne tiendraient pas ce langage.

OrelSan n’est pas le tueur en puissance qu’on voudrait vous faire croire. Ses mots sont durs, tristes ou… drôles. Je reprendrai ici les propos d’Anaïs (notez, notez ! Oui, j’ai eu le même ressenti que la demoiselle en écoutant les chansons d’OrelSan. Dingue !) : « J’ai l’impression qu’on a tendance à oublier qu’Orelsan raconte des histoires, avec une réalité crue, mais beaucoup d’humour, et de recul et surtout d’humanité. »

Extraits :

Etoiles invisibles
[…]
Et il pleut tout le temps dans cette ville de merde
La nuit j’écris mes prises de tête, mes crises de nerfs sur des beats de Skread
Rappeur à la petite semaine, la vie qu’je mène
Y’a marqué « on t’la met profond » entre les lignes de ma fiche de paie
Fort en théorie, nul en pratique
On cherche à vivre des trucs fantastiques mais on fait qu’des conneries
J’ai tout le temps la gueule dans mes ordis
J’ai plus envie de sortir m’éclater, j’voudrais dormir des années
J’suis décalé, j’me lève quand la nuit tombe
A côté de mes pompes j’regarde le monde se dégrader
Noyé dans la pénombre j’compte les secondes
J’voudrais déployer mes ailes pouvoir rejoindre le ciel étoilé
Formaté par habitude, j’m’enferme dans ma p’tite bulle
J’titube, éclairé par la demi-lune, épaulé par mes étoiles invisibles
7ème Magnitude certains rêvent de signer en major pendant qu’on en fabrique une

No life

Une semaine en cours les yeux bloqués sur la pendule
Un samedi soir cinq heures du mat du Whisky Coca ans bulles
Un Poska dans l’bus pour marquer ton territoire
La même histoire depuis trois ans avec la même meuf que tu kiffes sans plus
Un taf qui peu la lassitude et la friture
Un fils de pute de patron qui mérite qu’on lui crache à la figure
Perdu entre les bonnes meufs intouchables, les beaux gosses populaires
Les p’tits bourges prétentieux, les gamines rebelles trop vulgaires
Plus d’air entre les parents, les profs c’est difficiles
Envie d’mettre le feu après un conseil de discipline
Un village paumé qui pue le cafard,
Tu passes tes soirées à boire et à fumer au parc ou au lavoir
C’est pour les poissards, les chats noirs, les brassards numéro treize
Ceux qui portent la malchance sur les plâtres ou sur les prothèses
C’est pour les anorexiques et les obèses,
Ceux qui dorment tout le temps comme des narcoleptiques,
Ceux qu’on pas d’objectifs

Qu’est-ce qu’on s’en branle du futur quand on comprend pas l’présent ?
C’est pour les gens différents, les feignants, les déviants
C’est d’plus en plus dur, c’est d’plus en plus stressant
Pour les névrotiques, les alcooliques, les boulimiques
Qu’est-ce qu’on s’en branle du futur quand on comprend pas l’présent ?
C’est pour les gens différents, les déviants, les feignants
On sait même pas ce qu’on cherche vraiment
Ceux dont les neurones se court-circuitent, quand self-défense rime avec courir vite
[…]

50 pourcents
[…]
J’suis la moitié d’on père, comme si j’avais vidé qu’une seule boule
Jusqu’à ce qu’on s’embrouille j’trouvais qu’ta maman c’était une meuf cool
Mais elle a pris des mauvaises habitudes.
Comme de pas prévenir ses p’tits amis quand elle arrête la pilule
Elle va t’mener la vie dure, elle a un sale caractère
Ça lui donne un côté chienne, j’la kiffais jusqu’à c’qu’elle me laisse en galère
Donc, en gros c’est la guerre entre elle et moi
J’mettrais les voiles avant d’savoir qui a engrossé ta mère
Depuis, elle s’est remise avec l’autre et il croit que c’est ton vrai papa
Parce qu’il sait pas qu’elle se faisait déboiter quand il était pas là
T’es dans de sales draps, tu vas grandir dans une famille de merde
C’est à moitié ma faute, j’dirai plus à une fille que j’l’aime
On s’croisera p’t’être dans un tribunal ou une émission
En attendant moitié de fiston, prends les bonnes décisions
Choisis tes fréquentations, résiste à la tentation
Et si tu baises sans capote… évites de cracher pendant l’action
50 pour cent d’chances d’avoir mis ta mère en cloque
Quand elle trompait ton papa avec moiiiiiiiiii
Personne connaît la vérité sur cette affaire
Donc garde le pour toi, mais j’suis p’t’être ton père
Ou p’t’être pas…
J’suis p’t’être ton papa…

La peur de l’échec

J’ai peur de jamais finir mon album j’ai plus d’inspi
D’façon j’ai plus envie devenir chanteur, j’ai plus quinze piges
Quand j’regarde mes clips j’trouve qu’je fais pitié
C’que j’raconte dans mes chansons c’est des clichés c’est pas la vérité la célébrité m’fait peur

J’ai peur d’me griller les ailes à vouloir briller sous les projecteurs
A fond, j’m’en bats pas les couilles de c’que disent les gens
J’me perds entre ce qu’ils attendent de moi et ce que j’suis vraiment
Tous les jours j’fais l’acteur (j’fais l’acteur), j’fais semblant (j’fais semblant)
J’maquille la peur en plaisantant
J’perds mon temps à m’poser des questions au lieu d’agir
J’ai peur de la dépression, j’ai peur de l’avenir et ses déceptions
Plus j’grandis plus l’temps passe et plus j’suis déçu (déçu)
Sous l’emprise de l’angoisse des futures blessures (blessures)
Plus j’me cherche des excuses plus j’m’enlise
J’m’enivre de négativité et j’me sens vivre
[…]

En conclusion, je dirais que l’album sonne bien, qu’aucun des textes d’OrelSan ne m’a choquée.
Je suis une femme qui respecte les Hommes, tous, quelles que soient leurs couleurs de peau, quelles que soient leurs opinions politiques (je peux être foncièrement contre, ça n’empêche pas), quelles que soient leurs religions et leurs orientations sexuelles. Quand j’entends Isabelle Alonso, dont j’apprécie l’humour français et espagnol, hurler que les hommes préfèrent regarder son décolleté que ses yeux. Je me marre. Faut pas mettre de décolleté dans ce cas, ma jolie ! Une amie sexagénaire consolait l’autre jour devant moi, une jeune trentenaire dont la mère avait critiqué et la tenue vestimentaire et l’attitude soi-disant trop allumeuse : « C’est le rôle d’une femme de séduire les hommes. Cela l’a toujours été et le sera toujours. » Hé oui ! Depuis toute petite, on apprend à la fille à sourire aux garçons, à être gentille et agréable comme on apprend aux petits garçons à être forts, à ne pas pleurer. Vous pouvez râler, regardez autour de vous, parents, grands-parents, et soyez honnêtes ! C’est toujours et encore le cas. Ce qui ne veut pas dire que la fille doive se conduire en salope de première (sauf que les spots publicitaires et les magazines nous incitent/formatent à croire le contraire. Et je ne parle pas de certaines « stars » médiatisées à outrance qui se promènent sans culotte et surtout écartent bien les cuisses en descendant de voiture pour que des photographes immortalisent ce « si important grand » moment). Ce qui ne veut pas dire non plus que le garçon doive se conduire comme un acteur de film porno ou comme si sa petite amie/compagne/femme était un punching-ball.
Sinon, je me marre encore en écoutant tous ces gens vitupérer contre un rappeur. Qu’est-ce qu’ils lui font comme pub gratuite ! Non, parce que les Français sont un peu de grands enfants : plus tu leur expliques que c’est interdit, plus ils sont tentés d’enfreindre le règlement. A mon avis, les ventes de Perdu d’avance ont dû s’envoler.

Perdu d’avance est un album qui se laisse écouter, bien plus que d’autres que j’ai reçus. Je ne l’écouterais pas en boucle, certes, mais pour moi, les textes d’OrelSan reflètent bien ce que pensent beaucoup de jeunes adultes largués dans une société telle que la nôtre. On n’a que les enfants qu’on élève.

Je n’irai pas non plus jusqu’à dire que les chansons d’OrelSan sont de l’Art, certes non. Mais qu’est-ce que l’Art ? C’est parfois la question que je me pose devant un tableau d’un peintre contemporain ou devant un amas de ferraille qu’on me dit être une superbe œuvre d’art…
Ne serait-il pas grand temps que cette stupide poléNique cesse ? Franchement, c’est faire beaucoup de bruit pour un simple disque de rap (rappel : to rap verbe anglais signifiant parler sèchement). Et que je sache, Johnny Halliday n’est pas Jean-Philippe Smet. Pourquoi OrelSan serait-il Aurélien Cotentin ?

Perdu d’avance, OrelSan, Wagram

Myspace OrelSan 

Blog d’OrelSan

 

 

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