Bouge ton cul !

Ses yeux se posent sur une toile d’araignée, là-bas, en équilibre entre deux branches d’un cassissier. On dirait un hamac. Un hamac emperlé de rosée.
Ils sont tous partis. A moins que ce ne soit elle qui soit rentrée ?

Peppermoon chante Les petits miroirs et Scribe se la joue feignasse mode j’ai-pas-envie. « Allez ! Bouge-toi donc le cul plutôt que de t’écouter larmoyer ! » Les coups de pieds au cul de Dam, ça remue. Mais comme il est parti, Scribe se prélasse. Elle a tellement écrit de chroniques la veille ! Il faut dire que son séjour provençal a été prolifique : lecture et écriture à donf.
« Vous lisez un livre par jour ? » lui avait demandé Thomas le barman. « Presque ! » Scribe n’avait pas évoqué l’écriture de son manuscrit. Et puis quoi encore ? Pourtant, l’histoire avançait, les pages se noircissaient. Scribe, parfois, s’étonnait de la facilité avec laquelle les mots s’enchaînaient.
« Vous lisez un livre par jour ? » Est-ce que c’est à cet instant précis que le sosie de son personnage est apparu ? A peine prévenu, Dam avait baptisé l’inconnu, P. Comme s’il portait le même prénom que l’amoureux de L.
Scribe l’avait observé tout à loisir, planquée derrière ses lunettes noires. La ressemblance était hallucinante. Seul défaut : il était plus petit que l’original. « Baise-le en pensant à moi ! » En lisant ce texto, la journaliste avait pouffé. A la table d’à-côté, P. était toujours présent. Il lisait le journal, les pages sportives principalement.
Quand il marchait, P. se mouvait exactement comme elle l’avait imaginé, tel le gars qui a besoin de sentir bouger tous ses muscles. P. déchiffrait ses sms sans laisser transparaitre ses émotions. Idem lorsqu’il y répondait. « Un café et un grand verre d’eau, s’il vous plaît ! » Jolie voix, bien sûr.
Scribe l’avait observé comme elle aurait étudié une chimère. P. était apparu deux après-midis de suite pour disparaître pendant plusieurs jours avant de réapparaître une fois, debout, sous un stand de fringues. Pour un peu, elle aurait cru avoir rêvé. Mais non.
Plus tard, Dam lui dirait qu’il n’avait toujours pas compris pourquoi elle ne l’avait pas baisé.
– N’oublie pas que pour moi, il est impuissant.
– Fort heureusement, je ne me prénomme pas P. Des regrets ?
– Aucuns. Viens!

Dam est parti bronzé ailleurs. Julie Lou n’est pas vraiment dans les parages immédiats. Les autres ne semblent pas vouloir se montrer plus présents. Qu’ils aillent se faire foutre ! Le soleil est encore froid. Soudain, Scribe sourit. « Pourquoi cette punition ? Parce que j’ai douté de toi ? » « Oui. Et pour ta rage. Et pour notre fun aussi. »
Peppermoon a terminé son show privé. Derrière son clavier, Scribe s’étire, façon chat. Puis, la belle se frotte la paume des mains, l’une contre l’autre. « A ton avis, je perdrais des lectures si je n’écrivais plus d’érotique ? »
Scribe s’en fout. Scribe se moque un peu de tout, faut dire. Surtout d’elle. Vous écrivez bien… Merci pour votre papier… Ma chérie, ta nouvelle est bien balancée, je la prends… Bel article dans un joli magazine… Vous gagnerez toute notre gratitude… On pourrait écrire à quatre mains, genre nouvelle mêlant érotisme et terreur… Une ‘tite info ? En Anglais, cela s’appelle understatement de ta part… Persiste ! Le reste, tu dois t’en foutre. Tu le dois !

Il faudrait tondre la pelouse, désherber les plates-bandes, potasser ces annales, cuisiner le chou rouge, traiter le siamois contre les puces, lire les livres qui s’empilent à nouveau. CLAC !
Scribe marche les pieds nus dans l’herbe humide. C’est frais, presque froid. Elle ne voit plus les dernières roses aux pétales ourlés de rose et vert anisé. Elle ne sent plus l’automne arriver. Scribe est déjà là-bas, auprès de Pierre et Lucie. Et Scribe va se bouger le cul. « Tu verras, à ton retour, j’aurai bien bougé. C’est juste un coup de fatigue. Et la trouille aussi. »

 

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