Les hommes mariés ne font pas les nuits douces de Yaël König

Yaël König a reçu le Premier Prix de Poésie de France à l’âge de 16 ans et dès lors n’a plus jamais cessé d’écrire. Elle est l’auteur de 6 romans et 2 livres jeunesse, d’un document sur la pédophilie et a récemment dirigé un essai sur l’affaire Ilan Halimi.
Les hommes mariés ne font pas les nuits douces est son dernier roman.

Extrait :
[…]
Me voilà donc chez Georges, dans ce bureau incroyable, envahi de livres qui sont à mes inquiétudes une bienfaisante matrice.
Dans cette pièce familière, je me régale des amoncellements de livres calés par le plafond, en équilibre insensé. En quatre ans, la seule pile écroulée fut celle où je prétendis piocher, à un mètre du sol, un ouvrage d’Albert Cohen en coréen. Depuis, je me tiens coite.
Aujourd’hui, nous avons rendez-vous pour déjeuner ; j’aimerais persuader Georges de publier un manuscrit qu’on m’a fait parvenir – je me demande encore comment, et pourquoi moi – et qui m’a convaincue, par la beauté de l’écriture. J’aime ce besoin fluide d’aider l’autre à découvrir son plaisir…
Nous discutons avec enthousiasme de l’avenir de la littérature sous le regard indulgent de Janou, débordée, qui n’a pas une minute pour nous rappeler que nous sommes de patentés rêveurs. Elle éructe dans le combiné téléphonique en replaçant toutes les trente secondes son vieux crayon marron sur le crâne. Elle engueule un auteur. Janou engueule toujours quelqu’un. Pendant ce temps, la moustache de Georges frétille plus que jamais, les ondulations de son torse s’accentuent, comme à chaque fois qu’il parle littérature.
Se souvenant soudain de ses obligations, Georges me demande :
«  A propos Alicia, te rappelles-tu le journaliste qui rédigea le premier article sur ton guide ?
– Joris Gordon? Tu penses! Ça fait partie des premières fois qu’on n’oublie jamais! J’ai souvent relu cet article: «Alicia Meyerson conjugue nature et santé avec talent. D’ailleurs, depuis la parution de son livre, les mots semblent être devenus sa matière première. Comme le potier assis devant son tour, elle les roule entre ses doigts jusqu’à leur donner forme. Jusqu’à provoquer ce jaillissement de création qui emporte le lecteur…»
– Eh bien dis donc, c’est presque polisson! Tu le connais par cœur cet article?
– Quasiment. Je me demandais quel était cet homme qui pouvait écrire de telles choses seulement en lisant un manuel sur le rôle de la nature dans notre beauté et notre santé…
– Il a peut-être su voir quelque chose d’autre, qui sait… C’est le doux viol de la création d’autrui; on se l’approprie et l’interprète à l’aune de son émotion, son implication. Je me souviens d’un incroyable franc-maçon qui m’expliquait que Bach avait été le musicien de variété de son époque et que…
– Ah non Georges, encore cette histoire! Je te rappelle qu’on doit envoyer le manuscrit de ton copain franc-maçon chez l’imprimeur; tu as du boulot, quoi, merde!»
Janou est furibonde. Mais à force d’habitude, on ne s’en émeut plus. Le regard de Georges rigole large. Il me tapote le bras et déclare :
« Quoi qu’il en soit, tu vas rencontrer Joris aujourd’hui. Il a un document à me remettre. Je vais lui proposer de déjeuner avec nous ; tu y vois un inconvénient ?
– S’il est très beau, très rigolo et pas con, aucun!»

Des bruits de voix dans le bureau d’à côté, Janou qui soudain minaude – ça alors ! – puis un pas inconnu jusqu’à nous. Les pas sont des signatures que je n’oublie jamais. L’homme entre. Je me tourne pour le saluer. Vertige. Le bureau tangue.
« Ne fais pas l’enfant, Alicia ! Tu n’es pas héroïne d’un roman ; c’est juste un homme qui a un regard… Ne saute pas dans le vide ! »

Résumé :
Ce roman est le récit d’un adultère.
Alicia qui possède un institut de beauté dans le sud de la France rencontre Joris, journaliste. Aussitôt, c’est l’amour fou. Mais Joris est marié.
Leur relation passionnée est cloutée de mensonges inévitables.

Avis :
La quatrième de couverture ressemble tellement à de la lèche qu’on se demanderait presque s’il n’y a pas anguille sous roche entre Yaël et lui. Je serai moins dithyrambique que l’éditeur, bien sûr, mais je dois bien reconnaître que ce livre est très bien fichu.  
Les hommes mariés ne font pas les nuits douces est le récit d’un adultère, je l’ai déjà dit et je le répète, dès fois qu’une lectrice penserait y trouver une histoire à l’eau de rose où les « héros » finissent toujours par vivre ensemble et avoir beaucoup d’enfants. Haha. L’heure des contes est terminée ! Enfin presque. Pour ces schémas, il suffit de lire, par exemple, un Marc Levy. C’est mieux qu’un Musso. Si, si.
Mais parlons de ce roman, Les hommes mariés ne font pas les nuits douces.
Yaël König réussit à raconter la passion amoureuse qui unit Alicia à Joris de telle façon qu’elle en devient énervante, voire nauséeuse. La passion amoureuse, pas Yaël König. Plusieurs fois, j’ai eu envie d’attraper Alicia, de la secouer en la poussant sous une douche froide et de lui crier « Hé ma belle, réveille-toi ! Il se fout simplement de ta gueule ! » Quant à Joris, qu’en dire ? C’est un homme qui aime les femmes, qui en rencontre une qu’il croit sincèrement aimer d’un amour capable de franchir toutes les montagnes. Sauf que Joris est très lâche. Ah, j’entends d’ici les « Comme tous les hommes ! » Hum, je serais plus nuancée car, pour être adultère, il faut être deux et il arrive aussi que la femme adultère soit mariée et n’arrive pas à quitter son époux.
Bref, Les hommes mariés ne font pas les nuits douces n’apportera aucune aide aux adultères, n’incitera pas les craintifs à se lancer dans une liaison « coupable », n’invente pas l’adultère qui existe depuis la nuit des temps, non. Mais la plume de Yaël König retrace parfaitement les états d’excitation et d’abattement successifs dans lesquels une femme amoureuse d’un amant manipulateur se retrouve. D’où ma question : le fond de ce livre ne serait-il pas la vengeance d’une femme envers un homme qui l’a trompée ? Et je ne parle pas de l’épouse de cet homme mais bien de sa maîtresse.

 

Les hommes mariés ne font pas les nuits douces, Yaël König, éditions Yago 270 pages 20 €

 

2 Commentaires
  • LVE

    septembre 7, 2009 at 1:44 Répondre

    Wouh, le titre ne me semble pas très heureux…

  • Sophie

    octobre 8, 2009 at 7:04 Répondre

    Je viens de le lire , les destin a du guider ma main vers ce roman ….

Poster un commentaire